Peu de sociétés européennes rivalisent avec la Chine et les USA

Yves Hulmann

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Pour David Ross, gérant de fonds chez LFDE, seule une poignée de groupes européens sont concurrentiels dans les technologies clés du moment.

David Ross, gérant d’un fonds global consacré aux actions de croissance sur le plan global à La Financière de l’Echiquier (LFDE), accorde beaucoup d’importance aux «megatrends» dans son processus de sélection de titres. L’Américain explique aussi pourquoi très peu d’entreprises européennes ne trouvent grâce à ses yeux. 

Vous êtes très attentif aux grandes tendances globales, ou «megatrends», dans votre processus d’investissement. Pourquoi faut-il en tenir compte?

Tenir compte des «megatrends» vous oblige à réfléchir sur la durée. Nous regardons une entreprise en nous projetant trois ans à l’avance. Tenir compte des «megatrends» permet de planifier ses investissements et de conserver une vraie discipline de sélection de titres. Actuellement, nous mettons l’accent sur trois tendances de fonds – l’intelligence artificielle, la digitalisation et la croissance des marchés émergents – qui transformeront en profondeur une multitude de secteurs et d’activités.

«Il est très difficile de générer de la performance
en allant à l’encontre d’une tendance de fond.»
N’est-il pas possible de sélectionner individuellement de bonnes sociétés, indépendamment de leur secteur d’activité?

En théorie, oui. Mais peu d’entreprises échappent aux grandes tendances de fond qui affectent leur secteur d’activité ou l’économie dans son ensemble. Pour la petite histoire, quand je travaillais aux Etats-Unis, j’avais investi dans une entreprise qui fabriquait du papier. C’était la meilleure entreprise au monde de ce domaine, dotée d’un excellent management. Toutefois, la tendance de fond allait à l’encontre du secteur du papier. Et il est très difficile de générer de la performance en allant à l’encontre d’une tendance de fond. Comme on le formule en anglais, «the trend is important, not the story».

Si l’on reprend les trois tendances que vous avez citées auparavant, quel sera l’impact de l’intelligence artificielle (IA) et comment un investisseur peut-il exploiter ce thème?

L’IA aura un impact très important, non seulement pour les entreprises qui la fournissent, mais aussi pour celles qui l’utilisent. Dans le passé, les puces électroniques RFID ont, par exemple, non seulement permis aux concepteurs et aux fabricants de puces de croître; cette technologie a aussi contribué à révolutionner toute la logistique. De même l’IA devrait avoir un impact positif sur l’ensemble de l’économie. Dans les trois grandes tendances évoquées précédemment, on trouve des sociétés qui parviennent particulièrement bien à exploiter les nouvelles possibilités offertes. Microsoft utilise l’intelligence artificielle dans de multiples domaines. Adobe, jusqu’ici surtout connu pour son logiciel Acrobat Reader, parvient, grâce à l’intelligence artificielle, à extraire des données de sites web afin d’effectuer des achats automatisés. Amazon a su mettre à profit les possibilités de la numérisation pour l’e-commerce et le «cloud computing». En Chine, l’assureur Ping An ou le géant du commerce en ligne Alibaba comptent parmi les gagnants de l’essor des pays émergents. C’est aussi le cas du fabricant japonais de moteurs électriques NIDEC. L’idée est d’identifier les sociétés qui tirent le mieux parti de ces tendances fondamentales.

«L’aspect culturel est un frein en Europe.»
Concernant les valeurs technologiques, l’humeur des marchés change parfois très rapidement. Amazon a, par exemple, perdu environ le quart de sa valeur entre fin septembre et fin novembre. Comment s’y préparer?

Bien sûr, il faut tenir compte de ces changements de cap souvent très rapides. Le poids accru des fonds systématiques ETF tend à accélérer de tels mouvements de baisse. A l’inverse, la phase de liquidation ou «sell-off» se termine aussi plus vite. Après de telles périodes de baisses, nous n’augmentons nos positions que si la valeur des titres concernés correspond réellement à nos estimations de la fair value de l’entreprise.

Il y a très peu d’entreprises européennes dans votre fonds – moins d’un dixième en 2018. Pourquoi?

Nous détenons effectivement seulement quatre entreprises européennes en portefeuille. D’une part, car la croissance reste très faible en Europe. D’autre part – et c’est fondamental – parce qu’il y a très peu d’entreprises européennes dont le «business model» est réellement disruptif. L’aspect culturel est un frein en Europe.

Pour quelle raison?

Un analyste de Wall Street m’a fait part de son observation au sujet de la question rituelle posée par les analystes lors des conférences de présentation des résultats. En Europe, elle se rapporte toujours aux marges des entreprises. Aux Etats-Unis, les analystes s’intéressent en premier lieu aux revenus («top line») et à leur croissance. C’est pour cela qu’il n’y a pas eu de Facebook ou d’Amazon créés en Europe!

Le problème ne vient donc pas en premier lieu du manque de réformes? 

Non, à mon avis, il tient à l’état d’esprit des entrepreneurs. Il y a bien évidemment d’excellentes entreprises en Europe, start-up et mid cap, mais très souvent, celles-ci sont rachetées par de grands groupes venant d’ailleurs. Et quand il y a de véritables leaders européens – comme le fabricant de logiciels SAP en Allemagne -, ils deviennent souvent rapidement très chers.