Les midterms se jouent sur les taux, pas dans les urnes

Arthur Jurus, ODDO BHF

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Le paradoxe de cette élection est qu'un Congrès hostile à la Maison-Blanche pourrait être plus favorable aux marchés qu'un Congrès aligné sur l'exécutif.

 

Le résultat des élections de mi-mandat influencera moins les marchés actions que la trajectoire des taux d'intérêt américains. Dans une économie confrontée à des déficits records, à des besoins d'investissement massifs dans l'intelligence artificielle, la défense et les infrastructures énergétiques, toute expansion budgétaire supplémentaire risque aujourd'hui de faire davantage monter les taux longs qu'elle ne soutiendrait les bénéfices des entreprises. Les investisseurs obligataires sont devenus le véritable contre-pouvoir de Washington.

Le paradoxe de cette élection est qu'un Congrès hostile à la Maison-Blanche pourrait être plus favorable aux marchés qu'un Congrès aligné sur l'exécutif. Une majorité démocrate au Congrès ou un Congrès divisé réduirait les probabilités de nouvelles mesures de relance et limiterait la hausse des besoins de financement fédéraux. A l'inverse, une victoire républicaine à la Chambre et au Sénat ouvrirait la voie à davantage de dépenses et de baisses d'impôts, soutenant la croissance mais risquant d'alimenter inflation et remontée des taux, avec un impact potentiellement négatif sur les valorisations boursières.

Le véritable enjeu est moins politique qu'obligataire. Quel que soit le résultat du scrutin, l'administration conservera une influence importante sur les droits de douane et l'immigration, deux facteurs structurellement inflationnistes. Les marchés intègrent déjà une Fed restrictive pendant une période prolongée. La question n'est donc pas de savoir si l'inflation restera élevée, mais si le prochain Congrès ajoutera une dose supplémentaire de relance budgétaire à un régime économique déjà marqué par des déficits persistants.

Quatre scénarios se dessinent aujourd'hui. Le plus probable reste une prise de contrôle démocrate du Congrès, suivie d'un Congrès divisé. Le scénario le moins intégré par les marchés est celui d'un maintien des deux chambres sous contrôle républicain, qui constituerait selon nous le principal risque de hausse des taux longs. Enfin, un scénario extrême verrait les démocrates contrôler la Chambre des représentants et atteindre une majorité des deux tiers au Sénat, leur permettant théoriquement de mener à terme une procédure de destitution présidentielle. Une telle issue provoquerait probablement une forte volatilité politique et financière, mais sa probabilité demeure aujourd'hui extrêmement faible.

Les investisseurs devraient donc regarder les adjudications du Trésor davantage que les résultats électoraux. Les enquêtes montrent qu'une majorité d'électeurs désapprouve la politique économique actuelle, que la participation pourrait être particulièrement élevée et que 26% des Américains ne se reconnaissent dans aucun des deux grands partis. Pourtant, pour les marchés, le déterminant central restera inchangé: la capacité ou non des Etats-Unis à financer des déficits toujours plus importants sans provoquer une nouvelle tension sur les taux longs. Le 3 novembre clôturera une séquence politique, mais ce sont les marchés obligataires qui continueront de fixer les règles du jeu.

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