Après une hausse de l’inflation sous-jacente (core CPI) plus forte qu’attendu, la poursuite de la remontée des prix de l’énergie et la hausse des rendements obligataires à long terme, nous anticipons désormais que le FOMC relèvera ses taux directeurs de 25 points de base, à 3,75-4%, alors que nous tablions auparavant sur un statu quo. Dans le thermomètre ci-dessous, nous présentons les différents scénarios possibles pour la réunion du FOMC et la conférence de presse de cette semaine.
Selon nous, il est peu probable qu’une ou même plusieurs hausses de taux suffisent à réduire les pressions inflationnistes, celles-ci étant principalement alimentées par l’énergie, les droits de douane et l’intelligence artificielle, plutôt que par les salaires. Néanmoins, après que le président Warsh a abaissé le seuil d’une hausse de taux lors du symposium de Jackson Hole et que le FOMC a souligné que sa décision dépendrait des données économiques, ne pas relever les taux mercredi ferait peser un risque sur la crédibilité institutionnelle de la Réserve fédérale et pourrait entraîner une nouvelle hausse des rendements à long terme. Nous nous attendons donc à un ton résolument restrictif («hawkish») lors de la conférence de presse de Jerome Warsh. L’objectif ne sera pas de dépasser les anticipations du marché en matière de hausses de taux, celui-ci intégrant déjà un nouveau relèvement d’ici décembre et près de deux hausses supplémentaires d’ici octobre 2027, mais plutôt de réaffirmer l’engagement de la Fed en faveur de la stabilité des prix et de l’ancrage des rendements à long terme.
Les gouverneurs Waller et Bowman devraient quant à eux être peu enclins à soutenir une hausse des taux. L’indicateur privilégié par Christopher Waller, à savoir le taux annualisé sur trois mois du déflateur PCE sous-jacent, devrait rester compatible avec un maintien du statu quo. Il est difficile de savoir si les deux gouverneurs seront suffisamment convaincus pour défendre cette position jusqu’au vote final, mais nous ne serions pas surpris d’observer deux votes dissidents en faveur d’une approche plus accommodante. Nous anticipons par ailleurs très peu de changements dans le communiqué de politique monétaire, hormis ceux nécessaires pour refléter la hausse des taux, conformément à la préférence du président Warsh pour des communiqués concis et une limitation des indications prospectives («forward guidance»).
«Journée Kohn ou journée Bernanke?»
Dans son discours de Jackson Hole, Jerome Warsh a évoqué deux types de relèvement des taux. D’un côté, une marche longue et rigoureuse vers des taux plus élevés, qu’il a qualifiée de «Kohn Day»; de l’autre, un rythme bien plus modéré, comparable à une simple promenade sur des sentiers sinueux, qu’il a baptisée «Bernanke Day». Les nouvelles projections économiques (Summary of Economic Projections, SEP) nous permettront de mieux comprendre comment les membres du comité envisagent la trajectoire future: une hausse unique, un cycle de resserrement limité ou une remontée plus prolongée.
Comme il ne reste que deux réunions d’ici la fin de l’année, le graphique des prévisions individuelles de taux («dot plot») pour 2026 sera particulièrement instructif. Nous prévoyons que la médiane indiquera deux hausses de taux au total cette année, portant les Fed Funds à 4-4,25%. Le principal risque est toutefois que les membres du comité n’anticipent aucune hausse supplémentaire au-delà de celle de cette semaine. Les membres les plus restrictifs du FOMC, principalement les présidents de Réserve fédérale régionaux, devraient prévoir au moins deux hausses de taux cette année, tandis que les gouverneurs devraient en anticiper entre zéro et deux au maximum. Le taux neutre de long terme, actuellement estimé à 3,1%, pourrait également être révisé à la hausse à mesure qu’un nombre croissant de responsables remet en question l’hypothèse d’un taux neutre aussi faible.
Paradoxalement, la prévision d’inflation PCE sous-jacente pour 2026, actuellement de 3,3%, devrait être révisée à la baisse afin de tenir compte des changements méthodologiques à venir, tandis que l’inflation PCE globale devrait être relevée en raison de la hausse des prix de l’énergie. Nous anticipons peu de modifications concernant la croissance du PIB, mais une révision à la baisse du taux de chômage.
Le dernier rapport sur l’inflation (CPI) ainsi que la hausse de taux attendue ne modifient pas fondamentalement notre scénario d’inflation et de désinflation. Toutefois, la hausse des prix de l’énergie, si elle devait se prolonger, constitue désormais un risque haussier plus marqué. Nous doutons que le FOMC réagisse directement à cette évolution, mais les responsables de la Fed surveilleront de près la possibilité que des coûts durablement plus élevés finissent par alimenter les pressions inflationnistes sous-jacentes et influencer les anticipations. Au-delà de septembre, une nouvelle hausse des taux en décembre pourrait ainsi s’avérer justifiée.
