Le regretté Alain de Greef eût été parfait pour résumer l’état d’esprit du marché en ce vendredi matin. Son célébrissime «ça va paaaaaaaaaas» attribué à sa marionnette par les Guignols de l’Info est de circonstance.
En effet, ce matin rien ne semble aller dans le bon sens, quelle que soit la classe d’actif que l’on observe. La faute au pétrole, qui ne cesse de grimper, le baril de Brent cote légèrement au-dessus de 105$, les nouvelles du front US / Iran ne sont pas rassurantes, l’inflation est dans tous les esprits, hier la BCE a relevé ses taux en délivrant un message clairement faucon, cet après-midi sera publié le très attendu indice des prix à la consommation aux Etats-Unis, dernier espoir des colombes que la Fed ne relève pas ses taux à son tour mercredi prochain, autant dire que ce n’est pas gagné, la publication hier de l’indice des prix à la production a envoyé un message plutôt faucon. Le marché craint donc comme la peste d’être laissé en plan sur le quai de la hausse par les principales banques centrales du globe, Fed en tête. Or sans le concours monétaire bienveillant de ces dernières, le joyeux royaume des actions ne sait plus comment monter, héritage malsain des programmes d’injections massives de liquidités post crise financière de 2008, le marché s’est accoutumé à ces injections quotidiennes de liquidités, le manque guette.
Le plus inquiétant peut-être se trouve dans le marché obligataire, qui relève de plus en plus le sourcil, agacé comme rarement par les dettes gouvernementales qui explosent un peu partout avec en vedette les Etats-Unis, mais aussi inquiet de la hausse des cours de l’énergie. Le rendement du 10 ans US testait le niveau de 4.80% depuis quelques séances (l’image du bélier contre la porte du château fort), à force cela a cassé et pas qu’un peu. Nous voici ce matin à 4.94%, 5.00% here we come! Scott Bessent a beau affirmer que le marché est en excellente forme et minimiser les inquiétudes dans les salles de marchés au sujet du rachat de dette effectué hier moins important qu’annoncé, le fait est que les courbes de taux se tendent un peu partout. En France par exemple, le 10 ans OAT grimpe à 4.42%, on croit rêver, de plus le spread entre le 10 ans OAT et le 10 ans Bund allemand décolle à 92 points de base. Même en Suisse le rendement du 10 ans Confédération grimpe à 0.50% contre 0.22% le 30 juin.
La flambée de 10% du Brent provoque donc cette semaine une hausse généralisée des rendements obligataires et entraîne dans son sillage les actions, l’or, l’argent et même le franc suisse. Habituellement, les obligations amortissent la baisse des actions, mais cette relation ne fonctionne plus: l’indice Bloomberg représentant un portefeuille composé de 60% d’actions et de 40% d’obligations recule également, signe que la diversification traditionnelle n’offre plus la protection attendue. Cette situation s’explique par la combinaison du choc pétrolier, des importants besoins de financement des Etats et des investissements massifs liés à l’intelligence artificielle. Face à cette concurrence croissante pour les capitaux et au risque inflationniste, les investisseurs exigent une rémunération toujours plus élevée pour prêter, ce qui fait monter les taux et baisser simultanément plusieurs classes d’actifs.
La hausse brutale du pétrole et des rendements obligataires commence à peser directement sur les actions. Après un mois d’août très calme, la volatilité remonte des deux côtés de l’Atlantique, car l’augmentation des taux ne reflète plus seulement la solidité de l’économie, mais surtout le regain du risque inflationniste provoqué par l’énergie. Cela réduit mécaniquement les valorisations acceptables pour les actions et fragilise les marchés à l’approche du week-end. En Asie, le recul est amplifié par le poids important des fabricants de matériel pour l’intelligence artificielle, alors qu’une nouvelle avancée de DeepSeek remet en question l’idée d’une pénurie durable de capacités informatiques. A long terme, les inquiétudes budgétaires peuvent encore favoriser les actions par rapport aux obligations souveraines, mais la rapidité actuelle de la hausse des taux, conjuguée à celle du pétrole et au durcissement attendu des banques centrales, laisse présager une volatilité accrue sur les marchés actions.
Face à la hausse des prix de l’énergie provoquée par la guerre au Moyen Orient, la BCE relève hier son taux de dépôt de 25 points de base, à 2.5%, sa deuxième hausse de l’année. L’inflation de la zone euro a atteint 3.3% en août, son plus haut niveau depuis 2023, tandis que l’inflation sous-jacente ralentit légèrement à 2.4%. Christine Lagarde avertit que l’inflation devrait rester durablement supérieure à l’objectif de 2% et laisse la porte ouverte à un nouveau resserrement, sans toutefois s’y engager. La BCE craint notamment que le choc énergétique se propage aux salaires et aux prix. Elle maintient sa prévision d’inflation à 3% pour 2026, relève celle de 2027 de 2.3% à 2.5% et améliore légèrement sa prévision de croissance pour 2026 à 0.9%. Christine Lagarde affirme enfin n’avoir rien à annoncer concernant un éventuel départ anticipé et rejette toute annulation des dettes publiques détenues par la BCE (coucou Jean-Luc…).
Ce matin les Fed Funds prédisent 71% de probabilités que la Fed relève ses taux de 25 points de base mercredi prochain, 77% de chances d’une rebelote de la BCE le 29 octobre puis 91% de 0.25% de plus le 17 décembre. Au Japon la BoJ se réunit le 18 septembre, le marché estime qu’une hausse interviendra dans une probabilité de 97%. Enfin en Suisse c’est le calme plat, les intervenants n’attendent absolument rien de la réunion du 24 septembre. Cela est peut-être dû à l’affaiblissement notable du franc depuis quelques temps, ce matin la paire eur/chf cote 0.9443, ce qui fait les affaires de la BNS, le carry trade semble avoir déménagé du Japon à nos belles montagnes.
La séance de trading de Wall Street d’hier laissera des traces, la configuration technique de la quasi-totalité des indices se détériore. Le S&P500 (SPX) repasse sous sa moyenne mobile à 50 jours à la cloche, le breadth est déplorable, la volatilité remonte de 8%, le VIX revient à 17.84, un niveau encore bien faible. Le Nasdaq100 (NDX) casse ses 50 et 100 jours, le Russell2000 (RTY, les petites capitalisations) traverse sa 100 jours. Apple progresse de 3.6% au lendemain de la présentation de son premier iPhone pliable, lors du premier grand événement dirigé par son nouveau patron, John Ternus. TSMC recule de 1.7% malgré une hausse de 53% de ses ventes en août sur un an, tandis que Macy’s perd 4.7% malgré de solides résultats et le relèvement de ses prévisions annuelles.
Le CAC 40 est le mauvais élève de l'Europe cette année, qui perd désormais du terrain en 2026.
L’or remonte légèrement à 4’346 dollars l’once après avoir perdu 1.8% hier et se dirige vers une troisième baisse hebdomadaire consécutive. Les tensions au Moyen Orient soutiennent son statut de valeur refuge, mais la flambée du pétrole et le risque d’un nouveau resserrement de la Fed pénalisent cet actif sans rendement. Après la hausse de 0.4% des prix à la production américains, la publication du CPI aujourd’hui sera déterminante.
La paire eur/usd cote 1.1608, sa moyenne mobile à 200 jours veille au grain à 1.1634. L’euro peine à se maintenir au-dessus de 1.1600 dollar, pris entre le discours restrictif de la BCE et la hausse des anticipations de relèvement des taux de la Fed. La paire reste donc peu volatile avant la publication décisive de l’inflation américaine.
On l’aura compris, la séance macro-économique sera principalement rythmée par la publication de l’inflation américaine à 14h30, une statistique déterminante pour les anticipations concernant la prochaine décision de la Fed. A 16h00, les investisseurs suivront également la première estimation de la confiance des consommateurs américains mesurée par l’Université du Michigan, ainsi qu’une intervention de Christine Lagarde, qui pourrait apporter de nouvelles indications sur l’évolution de la politique monétaire de la BCE.
Volkswagen pourrait provisionner jusqu’à 16 milliards d’euros pour financer ses suppressions d’emplois et fermetures d’usines. Nestlé renforce ses achats de cacao au Brésil et UniCredit approuve une augmentation de capital destinée à financer son offre sur Commerzbank. Enel finalise l’acquisition de centrales solaires américaines pour 760 millions de dollars, DHL étudie l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le commerce international et le Kenya autorise la vente à Asahi des activités locales détenues par Diageo. Adobe recule de 2% après ses trimestriels. Microsoft prévoit de plus que tripler la capacité de ses centres de données, Accenture remporte un contrat de 480 millions de dollars auprès de l’armée américaine et BYD abandonne son projet d’usine d’assemblage en Malaisie.
Cette nuit et ce matin en Asie les indices traitent en baisse. Tokyo perd 1.93% à la cloche, Hong Kong recule de 0.63%, Shanghai abandonne 1.18%, Séoul recule de 1.76% et le Nifty50 se replie de 0.56%. Les futures SPX et NDX progressent de 0.4%, ce qui peut paraître étrange dans cette ambiance de type «Famille Addams». Oracle publie des résultats supérieurs aux attentes hier soir après la cloche, portés par la hausse de 121% de ses revenus d’infrastructure cloud et par un carnet de commandes record de 664 milliards de dollars. Après avoir perdu 5.4% en séance, le titre rebondit de plus de 7% hors marché. Cette réaction soutient probablement le future NDX ce matin, surtout par son effet positif sur le thème de l’IA, mais elle compense seulement en partie la pression exercée par le pétrole, les taux et l’attente du CPI.
Tout le monde sur le pont à 14h30 pour la publication du CPI américain!