La nouvelle hausse des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) qui se profile jeudi, selon les marchés, risque de pénaliser le pouvoir d’achat des ménages et une croissance déjà sous pression.
Certains secteurs économiques, comme les banques ou les assureurs, pourraient toutefois bénéficier de ce renchérissement du coût de l’argent, qui serait le deuxième depuis juin. Voici un tour d’horizon des perdants et des gagnants.
Conditions d’emprunt durcies
La BCE pourrait relever son taux de référence d’un quart de point à 2,5% pour freiner l’inflation, au plus haut depuis trois ans en zone euro (+3,3% sur un an en août). La direction que prendra la Réserve fédérale américaine le 16 septembre est moins claire.
Une hausse des taux, auxquels la BCE prête aux banques commerciales à court terme, se répercute sur les taux d’emprunt des ménages et des entreprises.
Avec un crédit plus cher, les entreprises investissent moins et les ménages consomment moins. Cela refroidit la machine économique.
«En France, les gens vont voir leur taux d’emprunt sur leurs créances hypothécaires, s’ils négocient un nouveau prêt ou s’il négocient leurs prêts existants, monter et perdre une partie de leur pouvoir d’achat», commente Frederik Ducrozet, responsable de la stratégie et de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management, interrogé par l’AFP.
Une croissance «encore fragile»
En augmentant ses taux, la BCE veut empêcher l’inflation provoquée par l’envolée des cours du pétrole de se propager au reste de l’économie.
Jusqu’à présent, l’économie des pays de l’eurozone s’est montrée plutôt résiliente malgré un contexte chahuté, donnant à la banque centrale davantage de latitude pour opérer un resserrement monétaire.
«Les produits raffinés, notamment le diesel, le gaz, les produits énergétiques influencés par les prix du brut: c’est un vrai problème» dans une Europe encore en quête d’indépendance énergétique, souligne M. Ducrozet.
«La BCE a peur qu’il y ait des effets d’entraînement, que l’inflation s’installe en Europe de manière plus domestique, par des négociations salariales» notamment, ajoute-t-il.
Mais un renchérissement du coût de l’argent demeure «un choc négatif pour l’économie, alors qu’en France comme Europe, la croissance est encore fragile».
Effet amplificateur
Le relèvement de taux attendu jeudi en augure-t-il d’autres?
«Poursuivre un resserrement monétaire de manière préventive (...) comporte des risques croissants pour l’économie de la zone euro», souligne Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN AMRO Investment Solutions, dans une note.
Or, les marchés anticipent en majorité une ou deux hausses supplémentaires d’ici un an, après celle attendue jeudi, ce qui peut avoir un effet amplificateur pour l’économie.
«Si vous anticipez que (les taux) montent encore, et si les taux longs de la dette française et de toutes les dettes européennes montent encore plus, cela durcit davantage les conditions financières et d’emprunt que ce que les deux hausses de la BCE (en juin et peut-être en septembre) seules auraient fait», remarque M. Ducrozet.
Des Etats fragilisés
De quoi fragiliser davantage les Etats parmi les plus endettés de la zone monétaire unique, dont la France même si la BCE n’influence pas directement leurs conditions d’emprunt à long terme.
Comme les Etats-Unis et le Japon, ils subissent déjà une hausse de leurs taux de référence, sous l’effet des pressions inflationnistes, d’inquiétudes sur les trajectoires budgétaires et d’importants besoins en financement, en concurrence avec les méga-investissements des géants de la tech.
Les obligations d’Etat françaises à 10 ans promettent autour de 4,20% de rendement aux investisseurs, augmentant la charge d’intérêt du pays et réduisant ses marges de manoeuvre budgétaires, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027.
Epargnants et banques gagnants
En revanche, les épargnants tireraient leur épingle du jeu. Une hausse des taux de la BCE profite aux placements comme les nouveaux comptes à terme ou les fonds en euros, principalement composés d’obligations dont le rendement augmente.
Ce serait vrai aussi pour les assureurs qui ont de l’argent à placer.
Quant aux banques commerciales, elles pourraient voir leur marge nette d’intérêt s’améliorer, les taux des nouveaux crédits accordés à leurs clients augmentant plus rapidement que la rémunération des dépôts.
Les liquidités qu’elles placent auprès de la BCE seraient aussi mieux rémunérées.