Alors que le mois d’août touche à sa fin, nous entrons dans la période de l’été qui correspond traditionnellement au pic de l’accalmie estivale dans l’hémisphère nord - une période où les marchés se caractérisent généralement par une faible liquidité, une évolution des cours atone et un flux d’actualités clairsemé. Pourtant, c’est souvent au cours de ces périodes calmes que se dessinent des tendances, à mesure que se révèlent les voies de moindre résistance, donnant le ton et l’orientation pour le dernier trimestre.
Sur le marché obligataire, les obligations d’Etat ont sous-performé par rapport aux obligations d’entreprises, une tendance qui devrait, selon nous, se poursuivre. Sur le plan économique, la solidité des données d’activité à l’échelle mondiale a entraîné des révisions à la hausse des prévisions de croissance, tandis que la tendance à la désinflation a perdu de son élan au cours de l’été et montre désormais des signes timides de reprise.
Le Japon a été le marché obligataire le moins performant en août après que la Banque du Japon (BoJ) a laissé entendre qu’elle pourrait accélérer la normalisation de sa politique monétaire dès septembre, alors que le consensus tablait sur un prochain ajustement en décembre. Les swaps d’indice au jour le jour (OIS) laissent désormais entrevoir une probabilité de 85% d’une hausse de 25 points de base (pb) en septembre1.
En Europe, le segment long de la courbe a sous-performé, la tolérance budgétaire étant la principale préoccupation. Cela s’est manifesté très clairement la semaine dernière, le premier débat de la campagne présidentielle française ayant été dominé par des querelles sur la manière de gérer l’endettement croissant du pays et l’urgence de réduire le déficit budgétaire2. Les investisseurs s’accordent à dire que la Banque centrale européenne (BCE) procédera à un resserrement de 25 pb en septembre. La véritable question est de savoir s’il s’agit là de l’ajustement définitif. Pour l’instant, les cours des OIS laissent entrevoir une nouvelle hausse de 25 pb, à 2,75 %, en mars 20271.
Aux Etats-Unis, les responsables n’étaient décidément pas en vacances et ont dominé l’actualité du mois, les investisseurs devant s’adapter au nouveau style du président du Comité fédéral de l’open market (FOMC), M. Warsh, qui affiche une orientation restrictive et privilégie explicitement une ambiguïté constructive dans la communication sur la politique monétaire, tout en laissant le marché effectuer le travail à la place du comité.
Dans le même temps – et en opposition directe avec le comité, le secrétaire au Trésor Bessent met tout en œuvre pour plafonner les rendements des obligations d’Etat américaines ou, à tout le moins, ralentir leur hausse. Si l’on se base sur le bilan du mois d’août, Bessent a remporté la partie, les taux américains ayant surperformé et la courbe s’étant légèrement aplatie dans un contexte haussier. Le marché des OIS continue de ne prévoir aucun ajustement de politique monétaire avant décembre 20261.
Sur le marché du crédit corporate, les obligations high yield ont surperformé, soutenues par des résultats solides, des révisions à la hausse des prévisions de croissance et un calendrier d’émissions peu chargé, ce qui, ensemble, a contribué à resserrer les spreads. Parallèlement, les obligations investment grade libellées en dollars américains ont bénéficié de la baisse des rendements des bons du Trésor. Nous continuons de penser que les échéances courtes de la dette des marchés émergents et les obligations high yield offrent une stratégie constructive pour se positionner en vue du dernier trimestre de 2026.
Du côté des matières premières, le pétrole reste le marché le plus surveillé et un indicateur clé de la situation en Iran. Le Brent est globalement inchangé par rapport à la fin juillet, ce qui reflète assez fidèlement l’état d’avancement des négociations. Du côté positif, l’Iran et Oman se sont rapprochés d’un accord provisoire sur la gestion du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, et le New York Times a rapporté que le Département d’Etat américain s’apprêtait à renvoyer des diplomates dans la région3. Cependant, un accord à long terme entre l’Iran et les Etats-Unis semble pour l’instant au point mort.
Le fait que le pétrole brut n’atteigne pas de nouveaux sommets montre clairement que, indépendamment des efforts diplomatiques, le pétrole continue de transiter par le détroit - selon nos estimations, à un rythme compris entre 5 et 9 millions de barils par jour4. Parallèlement, le secrétaire au Trésor Bessent a déclaré que les États-Unis avaient acheminé 130 millions de barils via Ormuz au cours des 14 derniers jours5.
Au-delà du brut, et peut-être négligé par des investisseurs obsédés par le pétrole, le gaz pourrait offrir de meilleurs indices sur ce que réserve le dernier trimestre. Les prix du gaz en Asie et en Europe ont doublé depuis le début du conflit avec l’Iran. Le choc d’approvisionnement lié à Ormuz est le facteur dominant, mais le risque résiduel lié à la Russie et la vague de chaleur extrême qui a perduré en Europe en juin et juillet ont stimulé la demande en climatisation.
Sur les marchés alimentaires, les cours du blé et du maïs ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis plus de trois ans. Les affrontements entre la Russie et l’Ukraine ont provoqué des perturbations majeures des exportations céréalières des deux pays ces dernières semaines, venant s’ajouter à un contexte déjà difficile pour les prix agricoles, déjà sous pression en raison de l’émergence du phénomène El Niño, de la sécheresse qui a frappé l’Europe cet été et des perturbations des exportations d’engrais en provenance du Golfe.
Du côté des métaux, l’or a connu son meilleur mois depuis 1999, tandis que les métaux industriels se maintiennent à des niveaux proches de leurs records historiques. Le cuivre a atteint 14 300 dollars américains la tonne à Londres et s’apprête à enregistrer une neuvième semaine consécutive de hausse, la plus longue série de ce type depuis 20206. Les perturbations à court terme de l’offre ont dominé l’évolution des prix. Si l’on rassemble tous ces éléments relatifs aux matières premières, le signal est clair: les investisseurs ne doivent pas sous-estimer la montée des pressions inflationnistes liées aux matières premières.
Le signal émanant des marchés des changes a été celui d’une faiblesse des Etats-Unis, le dollar américain s’étant déprécié face à toutes les devises du G10, à l’exception, fait intéressant, du yen japonais - après que les investisseurs se sont opposés à une intervention coordonnée - ainsi que face à la plupart des devises des marchés émergents. Une théorie qui circule est que si les rendements des bons du Trésor américain doivent être plafonnés, les investisseurs doivent être compensés en pouvant acheter des actifs américains à moindre coût. Un dollar américain plus faible leur permet d’acheter davantage par unité de monnaie nationale. Cependant, les écarts de taux constituent une justification plus solide.
Le FOMC ne devrait pas ajuster sa politique avant décembre, et même cette perspective fait l’objet d’un débat animé, tandis qu’une série de banques centrales devrait désormais agir avant la Réserve fédérale, notamment la Banque du Japon, la majorité des banques centrales asiatiques et la BCE. La Banque de Corée a relevé ses taux à 3% la semaine dernière, le won coréen figurant parmi les devises les plus fortes en août, avec une appréciation de près de 5% face au dollar américain. Peut-être les banques centrales asiatiques gardent-elles un œil sur les prix des matières premières.
Les marchés actions ont connu une forte hausse, l’indice Bloomberg World Large & Mid Cap ayant progressé de plus de 3% en août, le secteur technologique ayant retrouvé les faveurs des investisseurs. Les indices fortement orientés vers la technologie ont surperformé sur le mois, la confiance revenant après un mois de juillet morose. Le sentiment s’est nettement amélioré après que Nvidia, le fabricant de puces au cœur du boom de l’intelligence artificielle, a annoncé que son chiffre d’affaires progresserait d’environ 70% au cours du prochain exercice fiscal, apaisant ainsi les craintes d’un ralentissement des dépenses en matière d’IA. La croissance prévue du chiffre d’affaires pour l’exercice 2028 dépasse les estimations des analystes, qui tablaient sur une hausse de 45%, selon les données compilées par Bloomberg7.
En y regardant de plus près, un élément plus intéressant se dessine. Depuis le début de l’année, l’indice Russell 2000 Value, dont seulement 5% environ sont alloués au secteur technologique, a surperformé tant le Nasdaq que le S&P 5008. C’est exactement ce à quoi on pourrait s’attendre dans le contexte que nous avons décrit: des banques centrales qui relèvent leurs taux, des prix des matières premières à des niveaux records depuis plusieurs années et une désinflation qui marque le pas. Cet indice est fortement pondéré vers les secteurs de la finance, de l’énergie et des matériaux - ceux qui bénéficient le plus précisément de ces conditions.
Quant au sentiment du marché, notre indicateur de prédilection, le VIX, se situe désormais en dessous de 15, ce qui indique que tout va bien, que l’incertitude est maîtrisable et que les investisseurs sont confiants quant à l’avenir proche. Un timing parfait, étant donné que septembre est, d’un point de vue saisonnier, l’un des mois les plus difficiles de l’année civile. Hormis les matières premières et le dollar américain, il a été difficile de dégager un rendement total au cours des dix derniers mois de septembre, comme le montre le tableau ci-dessous (voir le graphique ci-dessous). En examinant la cause profonde de cette mauvaise performance, le dénominateur commun est la hausse des rendements des obligations d’Etat.
Graphique de la semaine: saisonnalité de septembre

Source: Bloomberg, as of August 28, 2026. Muzinich views and opinions are subject to change. For illustrative purposes only.
1Bloomberg, au 28 août 2026.
2Bloomberg, «Les difficultés de la France en matière d’endettement dominent le premier débat présidentiel», 27 août 2026.
3The New York Times, «Les Etats-Unis s’apprêteraient à renvoyer des diplomates dans leurs ambassades au Moyen-Orient», 25 août 2026.
4Muzinich Weekly Market Comment, «Accalmie en août», 17 août 2026.
5Bloomberg, «Un commandant américain déclare que les voies de navigation du détroit d’Ormuz sont exemptes de mines», 27 août 2026.
6Bloomberg, «Le cuivre, à deux doigts d’un record historique, s’apprête à enregistrer sa neuvième semaine de hausse consécutive», 28 août 2026.
7Bloomberg, «Nvidia prévoit une hausse de 70% de ses ventes l’année prochaine grâce à la demande liée à l’IA», 27 août 2026.
8Bloomberg, au 28 août 2026.