Un autre type d’hiver des cryptomonnaies? Repenser le cycle actuel du bitcoin

Dovile Silenskyte, WisdomTree

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La question n’est plus de savoir jusqu’où la crypto pourrait encore reculer. Il s’agit plutôt de déterminer si une correction d’environ 50% a suffi à purger les excès de la précédente envolée.

©Keystone

 

Depuis son sommet historique d’octobre 2025, le bitcoin a vu sa valeur chuter d’environ moitié, passant de quelque 126’000 dollars à près de 64’000 dollars1. La capitalisation totale du marché des crypto-actifs a chuté de 4,4 à 2,2 billions de dollars, tandis que les principaux actifs numériques ont enchaîné trois trimestres de baisse consécutifs1. Si l’on s’en tient aux seuls prix, le marché des cryptomonnaies traverse en effet une phase baissière.

En y regardant de plus près, la comparaison avec les précédents hivers des cryptomonnaies s’avère moins convaincante. La réglementation s’est précisée, la présence des investisseurs institutionnels s’est intensifiée et les infrastructures permettant d’accéder aux actifs numériques ont poursuivi leur développement, y compris durant les phases de repli des valorisations.

La question n’est plus vraiment de savoir jusqu’où le bitcoin pourrait encore reculer. Il s’agit plutôt de déterminer si une correction d’environ 50% a suffi à purger les excès de la précédente envolée, et si les schémas historiques des marchés baissiers restent applicables à un marché dont la réglementation et les modes de détention sont en pleine mutation.

Une correction de 50% a déjà permis d’accomplir une grande partie du travail

Les corrections du bitcoin sont rarement discrètes. L’actif a subi à plusieurs reprises des corrections nettement plus marquées que celles observées sur les marchés traditionnels, rendant l’identification d’un véritable point bas particulièrement complexe et appelant à la réserve avant d’affirmer qu’il s’agit effectivement d’un creux.

Mais les baisses de marché nécessitent un contexte. Les anciens marchés baissiers du bitcoin ont eu lieu dans un environnement nettement moins mature: l’accès des institutions y était restreint, la détention restait largement entre les mains des particuliers, la réglementation demeurait embryonnaire. A chaque baisse, on voyait apparaître un levier trop important, des modèles économiques peu solides, ou encore des intermédiaires qui faisaient défaut.

La présente correction semble différente. Cette baisse est intervenue alors même que la participation institutionnelle se maintient, que l'accès réglementaire progresse et que les infrastructures dédiées aux actifs numériques poursuivent leur développement.

Bien que cela n’exclue pas une nouvelle baisse, cela modifie l’asymétrie. Les acheteurs qui sont intervenus près des sommets ont déboursé un prix élevé pour un optimisme marqué. A l’inverse, ceux qui se positionnent aujourd’hui le font après une correction notable, alors même que les dynamiques ayant alimenté la phase d’expansion précédente restent inchangées.

Le bitcoin affiche un comportement de prix caractéristique d’un hiver des cryptomonnaies, mais sans en présenter les traits structurels.

Les détenteurs évoluent et cela pourrait modifier le cycle

L’argument le plus convaincant en faveur d’une évolution différente cette fois-ci porte sur la détention. Les ETP, les places boursières, les entreprises cotées, les gouvernements, les sociétés privées ainsi que la finance décentralisée détiennent ensemble quelque 4,1 millions de bitcoins. Ce qui représente près de 20% de l’offre totale prévue de 21 millions2.

L'essentiel ne réside pas dans l’augmentation de la détention stratégique, mais bien dans la possibilité que ces détenteurs se comportent différemment des investisseurs particuliers ou des acteurs natifs de la crypto lors des cycles antérieurs. Ils ne cherchent pas à exploiter chaque mouvement. En accumulant plutôt qu’en remettant leur offre en circulation, ils contribuent à raréfier le bitcoin disponible pour satisfaire la nouvelle demande.

Cela ne doit pas être exagéré. La détention institutionnelle n'est pas une détention permanente: Les investisseurs en ETP procèdent à des rachats, les entreprises vendent, tandis que les gouvernements se dessaisissent. Un choc de liquidité majeur peut inciter même les investisseurs à long terme à se défaire de leurs positions.

Mais la composition de la détention marginale est importante. A mesure qu’une proportion grandissante de bitcoins s’inscrit désormais aux bilans stratégiques, se loge dans des véhicules à long terme ou se retrouve détenue par des entités souveraines, les parallèles avec les cycles passés perdent de leur pertinence.

Le prix a baissé tandis que l’accessibilité s’est améliorée

On observe une évolution similaire sur le plan réglementaire: la baisse des prix s’est accompagnée d’une réduction des freins à l’adoption institutionnelle.

Aux Etats-Unis, un cadre fédéral régit désormais les stablecoins de paiement, tandis que les conditions d'admission à la cote des ETP crypto ont été assouplies. Le règlement MiCA3 a unifié la réglementation applicable aux actifs numériques au sein de l’Union européenne. Au Luxembourg, les OPCVM4 peuvent s’exposer indirectement aux cryptomonnaies, tandis qu’au Royaume-Uni, les autorités étudient la possibilité d’ouvrir l’accès aux ETP sur cryptomonnaies aux fonds d’investissement agréés.

Ces initiatives en sont à des stades variés de mise en œuvre, et les annonces ne donnent pas systématiquement lieu à des flux. Mais la réglementation détermine l’univers de capitaux pouvant participer. Les précédents marchés haussiers étaient en partie portés par l’espoir d’une adoption institutionnelle. Désormais, les infrastructures indispensables sont de plus en plus présentes.

Le prix du bitcoin a fléchi, même si, dans le même temps, l’architecture de marché qui l’accompagne s’est renforcée.

Alors, s'agit-il d'un point bas?

Personne n'identifie le point bas exact d'un cycle du bitcoin en temps réel. Les fondamentaux peuvent parfois être éclipsés par les conditions macroéconomiques, la liquidité ou les positions de marché; dans ce contexte, le bitcoin pourrait reculer nettement sous ses niveaux actuels, sans que cela ne compromette pour autant sa trajectoire d’investissement à long terme.

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que la relation entre valorisation et fondamentaux s’est déplacée. Le bitcoin évolue à près de 50% sous son record historique, mais sa dynamique de fond semble, elle, s’être renforcée: la part détenue par les investisseurs institutionnels s’est étoffée, tandis que l’accès réglementaire s’est simplifié. Sa proposition monétaire reste la même: un actif à offre fixe, indépendant des engagements des gouvernements comme des entreprises. Avec la hausse de la dette souveraine et la persistance des déficits, cette rareté prend désormais une importance accrue.

En résumé, les points bas de marché ne sont évidents qu’a posteriori. L’opportunité surgit le plus souvent en amont, alors que le sentiment demeure morose et que les prix se sont déjà adaptés, tandis que les fondamentaux laissent entrevoir une reprise.


1 Source: Artemis Terminal au 18 août 2026.
2 Source: bitcointreasuries.net au 18 août 2026.
3 MiCA = Markets in Crypto-Assets Regulation.
4 OPCVM: Organismes de placement collectif en valeurs mobilières.

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