L’IPO de SpaceX n’a pas échappé à cette règle et l’effet Elon Musk n’a fait qu’amplifier ce phénomène.
Depuis l’annonce de son introduction en bourse, tous les regards se sont tournés vers la société, aujourd’hui valorisée à 1850 milliards de dollars. Deux semaines après son introduction, et dans une ambiance nettement moins euphorique, l’entreprise à ambition spatiale a émis pour 25 milliards de dollars d’obligations.
Face au tsunami d’investissements des géants de la tech qui doivent leur permettre d’alimenter leurs modèles d’IA, 697 milliards de dollars annoncés d’ici la fin de l’année et au-delà de 1000 milliards pour chacune de ces prochaines années, certains acteurs du marché ont commencé à appeler à davantage de prudence et de retenue face à ces excès jugeant que le jeu (l’investissement) n’en valait pas la chandelle (le risque).
En mars, Ken Griffin, CEO de Citadel, estimait que pour justifier de tels investissements, l’IA devait pouvoir promettre un changement sociétal d’envergure.
Un point d’inflexion
Ces inquiétudes ont fait basculer le marché. A la mi-juillet, la correction des valeurs technologiques a effacé environ 3400 milliards de dollars de capitalisation boursière. Aujourd’hui encore, l’action SpaceX se traite à 27% de son sommet du mois de juin.
Avec 100 milliards de dollars de liquidités et de placements facilement mobilisables, SpaceX garde toutefois une marge de manœuvre considérable pour financer son cycle actuel d’investissement.
Les obligations n’ont pas été épargnées et contrairement à ce que semble nous apprendre la théorie de la corrélation inverse entre obligations et actions, les obligations SpaceX ont elles aussi subi une nette correction. Leurs prix ont en effet reculé de près de 10% et leurs rendements ont augmenté d’en moyenne de 150 points de base.
SpaceX n’est pas un cas isolé et des mouvements comparables, quoique moins marqués, ont également touché les obligations des Magnificent 7 tels que Google, Nvidia ou Microsoft.
A la recherche de bonnes nouvelles
Après avoir dressé un tableau aussi sombre du marché de l’IA, on peut légitimement se demander pourquoi s’intéresser à SpaceX?
SpaceX possède un atout que les autres entreprises du secteur de la technologie n’ont pas nécessairement.
Le 4 août, la société a publié ses premiers résultats trimestriels depuis son émission obligataire et les chiffres se sont révélés prometteurs, notamment en ce qui concerne sa rentabilité.
Son chiffre d’affaires a atteint 7,8 milliards de dollars, soit une hausse de 92% sur une année, tandis que son EBITDA ajusté est passé de 1,2 milliard à 3,5 milliards. Si Starlink demeure le principal générateur de profit du groupe, porté par sa croissance en termes d’abonnés et plus particulièrement par une forte demande auprès des entreprises et d’institutions gouvernementales, l’activité liée à l’IA a commencé à générer un EBITDA ajusté positif, grâce notamment aux nouveaux contrats pour ses services cloud. SpaceX doit toutefois continuer à massivement investir pour financer sa croissance.
Au deuxième trimestre, ses dépenses d’investissement (capex) a atteint 18,4 milliards de dollars, dont 15,8 milliards consacrés exclusivement aux infrastructures liées à l’IA. La société a par ailleurs souligné que ces investissements devraient rester élevés lors de la seconde partie de l’année.
Malgré l’amélioration de ses résultats opérationnels, la capacité de produire du free cash flow reste donc limitée et pour les détenteurs d’obligations, l’enjeu est de savoir si SpaceX sera capable de générer des revenus suffisants de ses importantes capacités informatiques.
La solidité de son bilan rassure. Avec 100 milliards de dollars de liquidités et de placements facilement mobilisables, SpaceX garde toutefois une marge de manœuvre considérable pour financer son cycle actuel d’investissement.
Malgré des performances qui restent étroitement liées au succès de ses investissements dans l’IA, ces résultats, associés à la croissance de son bénéfice et une visibilité accrue quant à sa capacité à monétiser ses investissements dans l’IA, compensent largement l’absence de flux de trésorerie à court terme.
Le cas Musk
Elon Musk reste une personnalité profondément clivante et compte autant d’admirateurs que de détracteurs. Mais son influence, son dynamisme et sa capacité à développer des entreprises sont difficiles à ignorer.
Force est de constater que ceux qui ont parié sur son échec ont toujours perdu.
L’investisseur obligataire saura-t-il à l’instar d’investisseurs institutionnels jugés conservateurs tel le fonds souverain norvégien, faire la part des choses et lui faire confiance?