Se faire «discret», voilà qui ne ressemble guère à Donald Trump. C’est pourtant la stratégie que le président américain dit privilégier désormais face à l’Iran, misant sur la pression économique plutôt que sur la diplomatie ou de nouvelles frappes.
«On reste discrets», a-t-il dit dimanche au média en ligne Axios.
«Nous ne faisons que semi-négocier avec eux. Nous nous contentons d’observer l’Iran, avec son inflation galopante et le fait qu’il n’a plus d’argent», a-t-il expliqué pendant un échange téléphonique.
Le milliardaire a certes redit depuis qu’il se réservait toujours l’option de frapper Téhéran, mais préfère insister sur les dommages économiques subis par le pays au travers des sanctions américaines.
«Ouais, ils peuvent causer des ennuis. Mais ils sont fauchés. Ils n’ont pas d’argent», a ainsi déclaré Donald Trump lundi dans le Bureau ovale.
Il a plusieurs fois assuré que le pays connaissait une inflation supérieure à 300%, par exemple dans un message publié mercredi sur son réseau Truth Social, dans lequel le milliardaire de 80 ans assure aussi que «les soldats qui leur restent ne sont pas payés».
Donald Trump, dans la même publication, a laissé entendre qu’il n’y avait aucune urgence à agir puisqu’à le croire, les Etats-Unis auraient un «contrôle total» du détroit d’Ormuz, devenu le grand enjeu du conflit.
«Très mauvais état»
Dans les faits toutefois, l’Iran verrouille ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole, alors que Washington impose de son côté un blocus aux ports iraniens.
«Economiquement, l’Iran est en très mauvais état. Ils ne peuvent pas exporter de pétrole dans des quantités significatives, ils opèrent sous un régime de sanctions et ils n’ont pas accès à leurs avoirs à l’étranger», énumère Michael O’Hanlon, expert de la Brookings Institution interrogé par l’AFP.
«Mais la vraie question est la suivante: est-ce que cela préoccupe vraiment ses dirigeants? Un peu, selon moi, mais pas beaucoup», analyse-t-il.
Donald Trump et son gouvernement semblent pourtant faire le pari qu’à force de patience , Téhéran cédera face à la pression.
L’imprévisible président américain a donc mis en sourdine pour l’instant les menaces de frappes apocalyptiques et les promesses de règlement diplomatique imminent qui ont scandé en alternance sa communication depuis le début de la guerre, il y a plus de cinq mois.
A en croire le Wall Street Journal, ses conseillers lui ont montré nombre de graphiques sur l’impact des sanctions américaines, et Donald Trump réfléchirait désormais à durcir celles qui existent, voire à en imposer de nouvelles.
Fin juillet, Washington avait annoncé de nouvelles mesures visant des entités iraniennes liées aux Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de l’Iran
Il s’agit là d’un net changement tactique, de la part d’un président américain qui menaçait encore récemment de déclencher contre l’Iran les frappes les plus dévastatrices depuis la Seconde Guerre mondiale.
Partie d’échecs
Selon des informations parues dans la presse, les réserves américaines de certains missiles ont été très fortement entamées par le conflit, au point de limiter les options militaires à la disposition des Etats-Unis.
Et, de manière notable, Donald Trump n’évoque plus la voie diplomatique, alors que les discussions sur la réouverture du détroit d’Ormuz en particulier sont dans l’impasse.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a de son côté dénoncé une «addiction» de Washington aux sanctions, dans un message publié sur X le 10 août.
«Le risque est que les responsables américains, en s’accrochant à cette mauvaise habitude, tuent leur dernière chance de trouver une porte de sortie moins humiliante à une crise qu’ils ont eux-mêmes fabriquée», a déclaré Esmaïl Baghaï.
Reste à savoir si cette stratégie de pression économique de longue haleine s’accordera avec le tempérament notoirement impatient de Donald Trump, qui affectionne les sports de combat spectaculaires de type MMA et les «deals» fracassants.
Dans son échange avec Axios, il a comparé le conflit avec l’Iran à une partie d’échecs.
«Les Iraniens ont montré qu’ils sont des joueurs d’échecs professionnels», a répliqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien lundi.