Le yen attend son heure

Alexandre Gauthy & Maxime Roubaud, Indosuez Wealth Management

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Fortement sous-évalué, pénalisé par les stratégies de portage et ignoré malgré le resserrement monétaire japonais, le yen réunit plusieurs conditions d’un rebond.

 

Après une période de frénésie, le prix de l’or a nettement reculé par rapport à son sommet, offrant un point d’entrée attractif pour les investisseurs de long terme. Une prudence s’impose sur le dollar, alors qu’il pourrait tomber à 1,20 d’ici la fin d’année. Le yen, lui, demeure fortement sous-évalué et le dollar australien bénéficie de fondamentaux solides, offrant les meilleurs profils rendement/risque sur le marché des changes.

La forte envolée des prix de l’or en fin d’année dernière a rendu le métal précieux vulnérable à des prises de bénéfices. La correction de son prix depuis lors s’explique par un changement de sentiment, les investisseurs particuliers occidentaux ayant réduit leur exposition. Certaines banques centrales (notamment la turque) ont également été contraintes de vendre une partie de leurs réserves d’or afin de défendre leur monnaie face à la guerre en Iran et à la hausse consécutive des prix du pétrole. Autour de 4'000 dollars l’once, le mouvement de liquidation sur l’or devrait être en grande partie derrière.

Plus important encore, les forces structurelles soutenant la tendance haussière de l’or n’ont pas changé. La tentative d’affaiblir l’indépendance de la Réserve fédérale (Fed), la fragmentation géopolitique, la diversification des actifs des banques centrales au détriment du dollar américain et le niveau élevé de la dette publique dans les pays développés sont autant de facteurs qui soutiennent l’or. L’appétit marqué des banques centrales mondiales devrait perdurer alors qu’un nombre record d’entre elles prévoit d’augmenter la part de l’or dans leurs portefeuilles au cours des prochaines années. La Banque populaire de Chine a intensifié ses achats d’or à mesure que le prix baissait.

Les conditions d’un rebond du yen

Délaissé par les marchés, le yen s’échange actuellement à un niveau de sous-évaluation rarement observé. Les stratégies de portage expliquent sa faiblesse. Celles-ci consistent à emprunter dans des devises à faible coût de financement et investir dans des actifs à rendement plus élevé. En conséquence, le yen fait actuellement l’objet de nombreuses positions vendeuses. Une hausse des taux d’intérêt à court terme au Japon rendrait ces stratégies de portage moins attractives et pourrait entraîner des mouvements violents sur la devise. Bien que cela ne se soit pas encore produit, tous les ingrédients sont réunis pour une appréciation de la devise japonaise.

Premièrement, le yen est devenu extrêmement bon marché. Deuxièmement, la Banque du Japon a repris son cycle de relèvement des taux. D’autres hausses devraient venir, l’économie affichant de bonnes performances, le marché du travail restant très tendu et l’inflation devant dépasser la cible dans les prochains mois. Troisièmement, à mesure que les taux d’intérêt à long terme deviennent attractifs au Japon, les investisseurs japonais pourraient envisager de rapatrier leur capital, ce qui soutiendrait la devise nationale. Il est néanmoins surprenant qu’elle reste délaissée malgré tous ces facteurs favorables. Le yen doit faire l’objet d’un degré de conviction relativement modéré.

Le dollar soutenu, mais encore vulnérable

L’EUR/USD pourrait tomber jusqu’à 1,20 d’ici la fin d’année. Les signaux positifs sur l’économie américaine ont soutenu le dollar. En effet, l’économie américaine connaît une phase de reprise cyclique. Les dernières données manufacturières sont encourageantes et le marché du travail a montré des signes de stabilisation ces derniers mois. Par ailleurs, les premiers commentaires du nouveau président de la Fed ont été favorables au dollar. Kevin Warsh a créé la surprise en réaffirmant avec force le mandat de stabilité des prix de la Fed, dissipant ainsi certaines craintes du marché quant à un relâchement de la lutte contre l’inflation.

Cela étant dit, il convient de maintenir une approche prudente sur le dollar face à l’euro, car la prochaine décision de la Fed pourrait être une baisse de taux en 2027, alors que le marché anticipe pleinement une hausse de 25 points de base (pb) d’ici la fin de l’année, avec une forte probabilité de nouvelles hausses en 2027. Si le marché converge finalement vers un scénario plus accommodant sur la Fed, la récente appréciation du dollar devrait s’inverser (graphique 2). Par ailleurs, les perspectives économiques dans la zone euro se sont stabilisées.

Le cycle de reprise des investissements des entreprises constitue un moteur évident pour les prix des métaux industriels, et donc pour l’économie australienne qui en dépend fortement. Ce cycle d’investissement devrait se poursuivre, non seulement aux Etats-Unis, mais aussi à l’échelle mondiale, notamment en Chine. Les importations chinoises ont nettement rebondi depuis le début de l’année, ce qui est de bon augure pour les prix des métaux industriels. Cela devrait soutenir le dollar australien. Enfin, le franc suisse continuera d’évoluer dans une fourchette étroite face à l’euro, des forces compensatrices importantes étant à l’œuvre sur la devise.

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