Le casse-tête des banques centrales

Bénédicte Kukla & Grégory Steiner, Indosuez Wealth Management

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Alors que les Etats-Unis affichent une croissance solide, les banques centrales européenne et japonaise resserrent leur politique monétaire.

 

En dépit de l’incertitude sur les prix du pétrole, les marchés progressent régulièrement depuis mars, portés par l’espoir d’un accord de paix Trump-Iran et la réouverture du détroit d’Ormuz. La solidité des résultats d’entreprises et l’atténuation de l’inflation après le choc énergétique soutiennent également cette perspective positive sur les actions, incitant les investisseurs à rester investis, au-delà du bruit ambiant. Parallèlement, la fermeté du nouveau président de la Réserve fédérale (Fed) sur l’inflation renforce la confiance dans la politique monétaire malgré les chocs inflationnistes persistants.

La croissance américaine défie l’inflation

L’économie américaine reste robuste, avec une prévision de croissance du PIB inchangée à 2,1% pour 2026 et 2% pour 2027, le consensus s’étant récemment aligné sur ces chiffres. Les données des premier et deuxième trimestres confirment le maintien de la dynamique américaine, la consommation étant soutenue par les baisses d’impôts mises en place sous l’administration Trump et par le restockage préventif des entreprises face aux risques sur les chaînes d’approvisionnement. Ces soutiens devraient s’estomper, et la hausse des prix de l’énergie devrait modérer la croissance séquentielle de la consommation à 1,5%–2%. 

L’inflation demeure une préoccupation. La prévision d’inflation pour 2026 a été relevée à 3,6% (+20 points de base (pb)), tandis que celle de 2027 est désormais attendue à 2,4% (+10 pb). Cela reflète les récentes surprises à la hausse, notamment dans les services liés aux logiciels et à l’intelligence artificielle (IA). Les moteurs de l’inflation à court terme incluent les droits de douane, l’investissement dans l’IA et la hausse des prix des matières premières, d’autant que les perturbations des chaînes d’approvisionnement au Moyen­Orient devraient prendre du temps à se normaliser. Malgré ces pressions, la perspective reste que l’inflation américaine converge vers l’objectif de 2% de la Fed d’ici 2027. Les prix de l’immobilier continuent de baisser, les indicateurs salariaux ne s’accélèrent plus, et les anticipations d’inflation à long terme sont ancrées autour de 2,3% à la mi­juin. Le marché du travail, bien qu’amélioré, devrait se normaliser, les enquêtes consommateurs pointant vers un risque modéré de hausse du taux de chômage, actuellement à 4,1%. 

Les prix de l’énergie se détendent, tandis que les stocks de gaz naturel de l’UE devraient atteindre 80% d’ici la fin de l’été – niveau suffisant pour garantir l’approvisionnement hivernal.

Les marchés financiers continuent d’anticiper une probabilité accrue de hausse de taux en 2026. Cependant, le scénario le plus probable reste une baisse de taux de la Fed de 25 pb en 2027 – reportée par rapport à l’attente initiale du second semestre 2026 – à mesure que l’inflation se normalise et que les taux directeurs convergent vers le niveau plus neutre de 3,5%. 

La BCE sur la corde raide

L’économie de la zone euro s’est contractée de 0,2% en variation trimestrielle au premier trimestre 2026, principalement en raison de la chute de 12,1% du PIB irlandais et d’un léger recul en France (­0,1%), désormais lanterne rouge de la région. Cela a ramené la prévision de croissance moyenne pour la zone en 2026 de 0,8% à 0,4%. La volatilité du PIB irlandais, liée au stockage massif de produits pharmaceutiques par les multinationales avant l’instauration de droits de douane américains en 2025, a eu un impact historiquement marqué. Malgré cela, la région a fait preuve d’une certaine résilience: la consommation privée a progressé de 0,2% en variation trimestrielle, la consommation publique de 0,5%, tandis que les ventes au détail de la zone euro ont augmenté de 1% en glissement annuel en avril. Les exportations ont rebondi de 5% en glissement annuel en mai, après de fortes baisses sur les trois mois précédents. L’investissement privé des entreprises devrait se montrer plus résilient que la moyenne historique, notamment dans la défense, l’IA et l’électrification. 

Les prix de l’énergie se détendent, tandis que les stocks de gaz naturel de l’UE devraient atteindre 80% d’ici la fin de l’été – niveau suffisant pour garantir l’approvisionnement hivernal. Les prix à la production ont augmenté de 4,9% en glissement annuel en mai, tandis que les prix à la consommation ont progressé de 3,2%, avec un pic attendu au quatrième trimestre 2026. Un risque de contagion inflationniste de l’énergie vers les prix alimentaires subsiste, notamment en raison de l’impact potentiel du phénomène «Super El Niño». Dans ce contexte, la Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux comme prévu de 25 pb en juin et devrait le faire à nouveau en juillet, sauf forte surprise baissière sur le pétrole. 

La Banque du Japon rompt le silence

L’inflation asiatique a continué de progresser en mai, plusieurs économies dépassant désormais leur cible. La Corée du Sud et la Nouvelle­Zélande ont maintenu leurs taux inchangés tout en adoptant un ton restrictif, tandis que l’Indonésie a relevé ses taux de 100 pb pour soutenir la roupie. La croissance industrielle et des ventes au détail en Chine a ralenti en avril, mais les exportations ont été réorientées, maintenant la dynamique commerciale (les exportations chinoises ont bondi de 19% en glissement annuel en mai). Les enquêtes restent stables dans l’industrie (indice des directeurs d’achat (PMI) à 51,8 en mai) et s’accélèrent dans les services privés (de 52,6 à 54,4). Les prix à la production en Chine progressent (+3,9% en glissement annuel), mais la répercussion sur les prix à la consommation reste limitée (taux d’inflation inchangé à 1,2% en mai). 

Enfin, la Banque du Japon a relevé son taux directeur de 25 pb à 1% – son plus haut niveau depuis 1995 – en réponse à une inflation de 2,7% en glissement annuel et à un yen en baisse de près de 10% depuis le début de l’année. Ce mouvement devrait entraîner un resserrement supplémentaire dans la région et conforter le scénario de croissance sous le consensus pour le Japon en 2026. Néanmoins, la région devrait largement bénéficier de la réouverture du détroit d’Ormuz et continuer à profiter de l’expansion et de la diversification des chaînes d’approvisionnement portées par le boom de l’IA.

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