Crypto: le prix baisse, l'infrastructure avance

Vincent Pignon, Wecan Group

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Chronique blockchain. Le 1er juillet, le bitcoin touchait son plus bas depuis 21 mois. Huit jours plus tard, Swift ouvrait son registre blockchain à dix-sept banques.

© Keystone

 

Deux dates, huit jours d'écart. Le 1er juillet 2026, le bitcoin passe sous les 58'000 dollars, au plus bas depuis vingt et un mois, au terme d'un mois de juin où les ETF spot américains ont enregistré 4,5 milliards de dollars de rachats nets – leur pire mois depuis leur lancement en janvier 2024. Le 9 juillet, Swift annonce que son registre blockchain est opérationnel: dix-sept banques réparties sur six continents s'apprêtent à faire circuler des dépôts tokenisés en continu, week-ends compris.

Ces deux nouvelles ne se contredisent pas. Elles décrivent deux marchés distincts que la place financière continue de traiter comme un seul. C'est le fait marquant de ce premier semestre: le cycle de l'actif et celui de l'infrastructure ont divergé.

Ce qui recule

Le tableau de la classe d'actifs est mauvais. Les sorties nettes des ETF spot américains approchent 4,8 milliards depuis janvier, solde annuel inédit. Citigroup a ramené son objectif à douze mois de 112'000 à 82'000 dollars et anticipe une collecte nulle. Strategy a vendu du bitcoin pour la première fois depuis 2022. Les stablecoins eux-mêmes, réputés insensibles au cycle, ont reflué: 290 milliards de capitalisation à la mi-juillet contre 321 en avril, avec un recul de 7,7 milliards sur le seul mois de juin, le plus fort depuis Terra en mai 2022. Enfin, le CLARITY Act reste bloqué au Sénat.

Ce qui avance

Au même moment, l'infrastructure institutionnelle a connu son semestre le plus dense. Le registre Swift n'est pas une expérience de laboratoire: architecture compatible EVM, articulation avec les rails existants, et un tour de table réunissant Citi, HSBC, BNP Paribas, Standard Chartered, MUFG, DBS – et UBS, seule institution suisse.

Du côté des actifs tokenisés, la valeur recensée par rwa.xyz s'établit à 34,7 milliards de dollars au 22 juillet. L'agrégat stagne, mais sa composition se déplace: le fonds monétaire tokenisé de JPMorgan a progressé de 87% en trente jours, les actions tokenisées de plus de 15% sur le mois. Ce sont les véhicules portés par des institutions réglementées qui captent la croissance. En Suisse, la Finma a précisé en janvier ses attentes prudentielles sur la conservation des crypto-actifs; les normes bâloises sur les expositions crypto s'appliquent depuis le 1er janvier.

Une divergence structurelle

Dans les formations que j'anime pour des dirigeants bancaires, je commence toujours par la même grille: trois sous-jacents à ne jamais confondre.

Le bitcoin est un actif spéculatif, dont le prix dépend des taux, de l'appétit pour le risque et, depuis 2024, des flux ETF. Les stablecoins sont une infrastructure de paiement, dont la trajectoire dépend de la demande transactionnelle et du cadre réglementaire. La tokenisation est une infrastructure post-marché, dont le rythme dépend de cycles de décision institutionnels de vingt-quatre à trente-six mois, indifférents au trimestre.

Trois objets, trois moteurs, trois horizons. La divergence de 2026 n'est pas un accident de marché, mais la conséquence mécanique de ce détachement. Un comité qui suspend son projet de tokenisation parce que le bitcoin a perdu 20% commet la même erreur de catégorie que celui qui l'aurait lancé parce que le bitcoin montait.

Une adoption réelle, mais superficielle

Gardons-nous de l'excès inverse. Sur ces 34,7 milliards, un seul instrument – le jeton adossé aux crédits hypothécaires de Figure – en représente plus de 20. Les bons du Trésor américain tokenisés, vitrine du secteur, pèsent 15,9 milliards sur 85 véhicules: sensiblement moins que ce que suggèrent les agrégats globaux, souvent repris sans être décomposés. Surtout, moins de 2 milliards sont effectivement mobilisés en collatéral on-chain. L'essentiel est tokenisé, puis immobilisé. La tokenisation produit aujourd'hui un titre numérique, pas encore de la liquidité.

Trois conséquences pour les établissements suisses

Dissocier les trois dossiers dans la gouvernance. Bitcoin, stablecoins, tokenisation. Une stratégie «actifs numériques» unique indexe des décisions d'infrastructure sur un signal de marché qui ne les concerne pas.

Se positionner sur les dépôts tokenisés. L'étude Deposit Token menée en 2025 par l'ASB avec PostFinance, Sygnum et UBS a établi la faisabilité du paiement en francs sur blockchain publique. Le registre Swift ouvre le volet transfrontalier. Une seule banque suisse figure parmi les dix-sept pionniers: c'est peu pour une place qui a légiféré la première.

Mesurer l'usage, pas l'encours. Devant un projet de tokenisation, la question n'est pas «combien d'encours» mais «quelle proportion circule, sert de collatéral ou se règle en livraison contre paiement». C'est le seul indicateur qui distingue une infrastructure d'une vitrine.

Le cycle de l'actif reviendra, ou ne reviendra pas. Celui de l'infrastructure ne s'est pas interrompu.

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