Les actions japonaises sont particulièrement brillantes en 2026. L’indice Nikkei a gagné 27,4%, soit bien davantage que le Nasdaq (+9,8%) ou le MSCI Monde (+8,5%). Les réformes structurelles se poursuivent et les politiques monétaires et budgétaires soutiennent la croissance. La hausse va-t-elle se poursuivre? Kevin Net, Responsable du pôle Asie de LFDE et Gérant, répond aux questions d’Allnews:
Aviez-vous anticipé une pareille hausse des actions japonaises au premier semestre?
Je couvre le marché japonais depuis près de 15 ans et je suis positif à son égard depuis quelque temps. Nous avions senti une inflexion positive au niveau de l’économie, illustrée par le signal fort qu’a été la sortie de déflation, et du marché avec les efforts de la Bourse japonaise pour améliorer la gouvernance des entreprises et le niveau de valorisation du marché. Au sein des développements récents, je perçois une forme de continuité de l’Abenomics, lancé en 2012. Les graines plantées par le Premier ministre Shinzo Abe ont fini par germer.
Le marché japonais a toujours été attractif sous l’angle de la sélectivité de titres, avec des valeurs incontournables dans leur secteur. Le renouveau actuel est le fruit de plus de dix ans d’efforts.
Existe-t-il encore un potentiel ou préférez-vous d’autres marchés?
Le Japon conserve un solide potentiel selon nous. Il ne s’agit pas d’un marché doté d’un atout principal à l’image de la Corée avec le secteur tech. Le Japon suscite de l’intérêt pour ses nombreux talents, parmi lesquels l’IA, avec Kioxia qui bénéficie de la demande de puces mémoire, l’entreprise est passée du statut d’obscure filiale de Toshiba à l’une des plus grandes capitalisations japonaises. Il en existe de nombreuses autres, à l’image des industriels exposés à des thématiques porteuses comme l’énergie et la défense, sans oublier la robotique avec des acteurs tels que Fanuc ou Keyence, et l’automatisation. Je pense autant aux robots humanoïdes qu’aux applications industrielles pour répondre aux défis de main d’œuvre.
Le Japon présente aussi des thématiques domestiques intéressantes. Les banques profitent de la normalisation de la politique monétaire. La consommation reprend, notamment celle des jeunes, sous l’effet de hausses des salaires en moyenne de plus de 5%. Le Japon bénéficie aussi de solides marques d’exportations, comme Uniqlo, Asics ou encore Muji. Ces segments ont enregistré de robustes performances boursières ces derniers mois.
«Le renouveau actuel est le fruit de plus de dix ans d’efforts.»
Préférez-vous une large diversification indicielle ou une approche plus sélective?
La thématique de l’IA a été plébiscitée, mais le Japon a de nombreux autres atouts.
Quels nouveaux investisseurs pourraient favoriser une hausse ultérieure?
Majoritairement, les investisseurs étrangers ont été plutôt acheteurs d’actions japonaises au premier semestre. Ils ont sans doute désiré réduire leur sous-pondération au Japon d’autant qu’ils apprécient la dynamique que je viens d’exposer, à savoir des secteurs attractifs et diversifiés.
Les investisseurs domestiques sont restés discrets, bien que la tendance soit positive. Dans le passé, ils étaient friands d’actions étrangères, afin de bénéficier de la dépréciation du yen, mais le retour de l’inflation incite à la diversification, en particulier vers les marchés actions et leurs perspectives de rendement. Le gouvernement a pris diverses initiatives pour réorienter l’épargne japonaise vers le marché domestique telles que le NISA, l’équivalent d’un plan d’épargne-actions doté d’avantages fiscaux. En comparaison internationale, l’épargnant japonais est sous-investi en actions domestiques. Et contrairement à la Corée ou à Taïwan, où l’activité de l’épargnant local peut être euphorique, le Japon dispose d’un solide potentiel. L’épargnant japonais, qui dispose d’une culture financière assez développée, place une bonne partie de son capital dans des actions étrangères, mais conserve beaucoup de cash.
Plus récemment, le gouvernement a encore encouragé le GPIF (fonds de pension japonais) à investir en titres japonais.
A quel niveau de rendement obligataire japonais, les grands fonds japonais vont-ils revenir à la maison?
Je ne fixerais pas de taux conduisant à un rapatriement. Au Japon, les changements prennent beaucoup de temps à se concrétiser. Les directions financières des groupes financiers ont besoin d’évaluer longuement la situation et de juger les changements durables. Leur investissement accru au Japon devrait intervenir ces prochains mois ou trimestres.
Il en résulterait un effet positif sur le yen, dont le niveau est historiquement bas. Mais récemment le recul de la monnaie japonaise est davantage le fruit d’une comparaison avec le dollar qu’avec l’euro.
En tant qu’investisseurs étrangers au Japon, nous devrions alors bénéficier d’un vrai «bull market japonais» avec une hausse de l’indice et de la devise.
Préférez-vous des obligations japonaises en yen ou des actions japonaises?
Je suis un gérant en actions… Il existe des opportunités nombreuses dans les actions avec des thématiques d’investissement séculaires.
Pour gagner de l’argent, il faut éviter certains secteurs. Qu’éviteriez-vous au Japon?
Je serais sélectif à l’égard de la consommation. S’il y a une hausse des salaires, le regain d’inflation produit un impact psychologique sur le consommateur. Les ménages anticipent un taux d’inflation supérieur à 10%. Nous sommes aussi prudents sur la santé. Si le Japon présente des positions de leadership dans la tech, l’automobile et l’industrie, c’est moins le cas dans la santé.
Les stratégistes ont anticipé une réouverture progressive du Détroit d’Ormuz et un pétrole vers 70 dollars. Que se passera-t-il avec un baril durablement plutôt vers 80-90 dollars?
La vigilance est de mise. Le Japon fait partie des plus grands importateurs de pétrole. Tout dépendra de la temporalité de ce scénario. Les réserves stratégiques dépassent 230 jours. Tokyo à des ressources.
Nous sommes plutôt acheteurs de sociétés au profil exportateur. L’impact d’un baril plus élevé se ferait davantage sentir sur des valeurs domestiques.
«En comparaison internationale, l’épargnant japonais est sous-investi en actions domestiques».
Assisterait-on à une accélération de la hausse des taux directeurs?
Ce type de débat est en cours. Les pressions inflationnistes seraient accrues. Nous pourrions anticiper une accélération de la hausse des taux de la part de la Banque du Japon. Je pense qu’elle privilégie plutôt une hausse graduelle des taux. La Première ministre a, par le passé, signalé son opposition à la normalisation de la politique monétaire, dans la lignée de son mentor Shinzo Abe. Elle laisse toutefois la Banque du Japon relever ses taux parce que l’inflation est une réalité.
Vous êtes responsable de tout le pôle Asie. Assistera-t-on à un retour des marchés qui ont déçu au premier semestre, l’Inde et le marché de Hong Kong?
En Asie, le Japon a bénéficié de flux notamment en raison d’une macroéconomie chinoise complexe. L’Inde est pénalisée par la hausse du baril, davantage que le Japon. Les investisseurs étrangers sont donc en partie sortis de Chine et de l’Inde, et maintenant de Corée, comme nous d’ailleurs, après sa forte hausse. Je continue à être convaincu que la volonté d’investir au Japon peut être une conviction et non un choix par défaut.
Avez-vous un objectif à 12 mois?
A LFDE, nous sommes des sélectionneurs de titres. Aujourd’hui, nos convictions sont multi-thématiques avec une exposition importante à la technologie, y compris les composants électroniques et les semi-conducteurs tels que Tokyo Electron dans les équipements de production de semi-conducteurs ou Advantest positionné dans la vérification et la validation des semi-conducteurs. Nous détenons également une position significative dans les banques, pour profiter de la hausse des taux, et une partie sélective dans la consommation à travers des groupes qui réussissent leur implantation à l’étranger.