Le décrochage boursier se poursuivait vendredi pour les entreprises des semi-conducteurs, plombant la plupart des places financières et faisant même perdre, pendant quelques instants, à Nvidia sa position de plus grosse capitalisation mondiale, au profit d’Apple.
La valorisation du géant des puces électroniques est descendue à environ 4800 milliards de dollars, dans les premiers échanges à Wall Street, sous les 4900 milliards de dollars d’Apple, avant de repasser au-dessus de la marque à la pomme au cours de la séance. «La vague de ventes sur les semi-conducteurs ne montre aucun signe d’essoufflement», résume Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.
Depuis plusieurs jours, ces entreprises subissent de nets reculs en bourse. L’indice Philadelphie des semi-conducteurs, qui représente les trente principales sociétés américaines du secteur, a perdu plus de 13% depuis le début de la semaine. Fin juin, il avait pourtant atteint son plus haut niveau depuis sa création en 1993. Il a dévissé de 20% depuis ce sommet.
Les investisseurs doutent de plus en plus de la rentabilité future des investissements des géants de la tech pour développer l’intelligence artificielle et des valorisations boursières gigantesques des entreprises de semi-conducteurs, ses principaux bénéficiaires. Les semi-conducteurs sont indispensables pour construire les centres de données sur lesquels sont entraînés les modèles d’IA.
Indices tirés vers le bas
Les promesses de croissance et de révolution industrielle liées à la diffusion de l’IA dans l’économie mondiale étaient pourtant les principaux moteurs des marchés d’actions depuis mars. Mais désormais, «les investisseurs préfèrent vendre, en attendant de savoir si les géants de la tech vont confirmer, pendant la saison des résultats, leurs prévisions d’investissements», explique à l’AFP Alexandre Baradez, expert chez IG France.
En parallèle, le lancement vendredi d’un modèle d’IA de l’entreprise chinoise Moonshot AI a accentué les doutes car «il pourrait constituer une alternative moins coûteuse» aux modèles des géants américains Anthropic et OpenAI, assure Patrick O’Hare, de Briefing.com. «Cela pourrait se traduire par une réduction des dépenses d’investissement» des entreprises tech, ajoute-t-il.
Cette déroute provoque un recul des indices boursiers. A Wall Street, vers 17h50, l’indice Nasdaq - à forte coloration technologique, - reculait de 1,34%. L’indice élargi S&P 500 perdait 0,73%. Nvidia abandonnait 1,59%, Micron reculait de 1,50%. Après avoir cédé plus de 4%, le coréen SK hynix, tout juste introduit à New York cette semaine, reprenait des couleurs (+3,58%) Le Dow Jones, qui réunit des valeurs plus traditionnelles, ne reculait en revanche que de 0,15%.
En Europe, où la tech pèse moins, Paris a tout de même perdu 0,47%, Francfort 0,34% et Milan 0,94%. Seules Londres et la Bourse suisse ont terminé dans le vert, la première gagnant 0,27% et la seconde 0,54%. Le géant allemand des puces Infineon a cédé 2,02% à Francfort. A Paris, Soitec a perdu 3,15% et STMicroelectronics (-4,00%). Le néerlandais ASML a reculé de 3,84% à Amsterdam.
Guerre en toile de fond
En Asie aussi, la chute des semi-conducteurs a provoqué un net recul des principales places boursières où le secteur pèse extrêmement lourd. Mais «la baisse des valeurs technologiques n’est pas la seule raison expliquant la morosité actuelle des marchés», tempère Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote, la situation au Moyen-Orient se détériorant «d’heure en heure». «Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz est tombé à des niveaux comparables à ceux observés en période de guerre», résume-t-elle, et «aucune solution rapide ne semble se dessiner».
Les Etats-Unis ont bombardé l’Iran pour la sixième nuit consécutive vendredi, Téhéran les accusant d’avoir visé des cibles civiles, tandis que plusieurs pays alliés de Washington au Moyen-Orient ont fait état d’attaques les ciblant. Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l’Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d’avril, minant les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable au conflit.
Vers 17h50, le Brent de la mer du Nord, référence mondiale du brut, prenait 2,65%, à 86,46 dollars le baril, et le WTI, son équivalent américain, gagnait 2,84%, à 81,19 dollars le baril.
Côté changes, le dollar, valeur refuge et monnaie internationale pour le marché du pétrole, restait stable (+0,02%), à 1,1439 dollar pour un euro.