Edmond de Rothschild AM dévoile ses perspectives d’investissement pour le second semestre 2026, dans un contexte marqué par une trêve géopolitique fragile, un retour des tensions inflationnistes et une économie mondiale désormais structurée comme un «archipel des dépendances».
Une économie à plusieurs vitesses: vers une stagflation sélective
Après plusieurs années de reflux de l’inflation post-pandémie, les grandes économies développées entrent dans un régime plus complexe, mêlant ralentissement et retour des tensions inflationnistes. Le risque majeur n’est pas la récession, mais une stagflation sélective, aux trajectoires très divergentes. La Chine, la zone euro et, dans une moindre mesure, le Royaume-Uni en présentent déjà les caractéristiques – croissance en recul et anticipations d’inflation en hausse – sous l’effet d’une succession de chocs d’offre. A rebours, les Etats-Unis maintiennent une croissance proche de 3%, soutenue par la demande privée et un puissant cycle d’investissement lié à l’intelligence artificielle: les «hyperscalers» projettent près de 757 milliards de dollars de dépenses d’investissement en 2026, et déjà quelque 920 milliards pour 2027.
Cette résilience américaine a toutefois ses fragilités. La consommation, robuste, repose largement sur les ménages les plus aisés – les 10% du haut réalisent près de la moitié des dépenses –, ce qui accroı̂t la vulnérabilité aux effets de richesse en cas de correction boursière.
Michaël Nizard, directeur des gestions Multi-Asset & Overlay d’Edmond de Rothschild AM, commente: «Dans un contexte où les rivalités technologiques sino-américaines et les interdépendances dans les secteurs de l’énergie ou les chaines logistiques pointent le risque d’une stagflation sélective selon les zones, nous privilégions sur les actions, les entreprises exposées à la résilience de l’activité, à la souveraineté industrielle et au réveil économique de l’Europe tandis que sur les taux, nous poursuivons résolument notre préférence pour la dette d’entreprise, européenne en particulier.»
L’archipel des dépendances et la «chipflation»
L’ère des «dividendes de la paix» – chaı̂nes d’approvisionnement mondialisées, énergie abondante, libre-échange – touche progressivement à sa fin. Le monde est désormais structuré comme un archipel de dépendances, où quelques acteurs et points de passage concentrent des ressources devenues critiques. Un seul fondeur, TSMC, produit plus de 90% des puces les plus avancées; la Chine assure près de 70% de la production mondiale de terres rares.
Surtout, la rareté remonte toute la chaı̂ne de valeur: l’électricité devient le nouveau facteur limitant. Aux Etats-Unis, les délais de livraison des transformateurs électriques atteignent désormais 128 semaines, contre 12 à 16 avant la pandémie, tandis que les centres de données figurent parmi les premières sources de croissance de la demande. Energie, réseau électrique, main-d’œuvre qualifiée, eau, semi-conducteurs: la rareté devient multidimensionnelle – cette «chipflation» qui alimente durablement les tensions sur les prix.
Une Fed plus restrictive, des primes de terme durablement plus élevées
En supprimant toute indication prospective et le biais accommodant, le nouveau gouverneur de la Fed, Kevin Warsh, tranche avec son prédécesseur: la priorité affichée est désormais la «stabilité des prix», sans mention explicite du plein emploi. L’inflation restant nettement au-dessus de la cible de 2% pour 2026 comme pour 2027, une à deux hausses de taux d’ici mars 2027 ne peuvent être exclues, même si les partisans d’un resserrement restent minoritaires au sein du comité.
Le scénario central reste celui d’une Fed prudente, exigeant des preuves supplémentaires avant d’agir. Les équipes d’Edmond de Rothschild AM en tirent une approche neutre sur les taux souverains et toujours positive sur la dette d’entreprise, tant que la probabilité de récession n’augmente pas sensiblement.
L’Europe portée par quatre supercycles d’investissement
Sous la surface d’une économie domestique quasiment à l’arrêt, l’Europe bénéficie d’une vague d’investissements d’une ampleur inédite depuis plusieurs décennies, portée par quatre supercycles: intelligence artificielle, électrification, infrastructures et défense. Adossés à des impératifs de souveraineté, de sécurité énergétique et de compétitivité, ces investissements offrent aux entreprises concernées une visibilité largement indépendante du cycle économique traditionnel, et soutiennent déjà leurs résultats.
Ce mouvement profite particulièrement aux petites et moyennes capitalisations, souvent moins suivies et positionnées sur des maillons stratégiques des chaı̂nes de valeur industrielles. Plus fondamentalement, il pourrait redonner une valeur stratégique à des actifs industriels que les investisseurs avaient cessé de valoriser: la grande surprise de la décennie pourrait être que la «vieille économie» européenne redevienne, au moins en partie, un actif d’avenir.
Michaël Nizard conclut: «Les fondamentaux restent suffisamment solides pour absorber une correction: les bénéfices progressent plus vite que les cours. Nos portefeuilles sont construits sur trois piliers: l’efficience de long terme - IA, résilience, souveraineté industrielle, petites capitalisations européennes, santé -, actifs de réserve pour préserver la flexibilité, et portage obligataire pour donner un prix au temps. En somme, rester pleinement investi tout en conservant l’agilité nécessaire pour résister aux risques pointés par des valorisations élevées, un risque d’erreur de politique monétaire et les contraintes physiques du cycle de l’IA.»