Alors que les températures grimpent et que l’été s’installe, Genève sort lentement de sa torpeur post‑G7… Les commerces se débarricadent, les fans de foot se ruent dans les bars et nos enfants vers les piscines. Les adultes ont parlé, nous pouvons reprendre une vie normale. Et pour fêter ce déconfinement, et accompagner cette chronique de marché, j’emprunte au groupe de rock américain The Strokes leur tube «The Adults Are Talking».
Pendant que certains protestaient et que les contribuables mettaient la main à la poche, les adultes discutaient donc. De quoi exactement? On n’en saura pas tout.
Au cours de ce G7, entre invités surprises, déclarations chocs et course aux selfies, les dirigeants des grandes puissances se sont attaqués à des enjeux stratégiques majeurs: conflits armés, dépendance aux minerais critiques, déséquilibres macroéconomiques jugés dangereux, et montée en puissance de l’intelligence artificielle.
A l’exception du marché américain, la plupart des indices enregistrent une légère hausse depuis le début du mois, même si la progression reste poussive.
Beaucoup de buzz, peu de décisions, mais au moins l’annonce d’un accord entre les Etats‑Unis et l’Iran. Si laisser les adultes parler permet de sauver des vies, alors on veut bien rester dans notre chambre.
Les marchés actions, eux, n’ont pas franchement réagi à la nouvelle. S’ils sont restés sages, c’est peut‑être qu’ils étaient occupés devant leur console de jeu vidéo. L’IPO de SpaceX, c’est quand même plus excitant que de rester à table à écouter les grands parler.
A l’exception du marché américain, la plupart des indices enregistrent une légère hausse depuis le début du mois, même si la progression reste poussive. Le marché continue d’évoluer à deux vitesses: d’un côté, les valeurs (supposées) bénéficiaires de l’IA; de l’autre, tout le reste. Et, fidèles à eux‑mêmes, les investisseurs restent attirés par ce qui brille. La course à la plus grande capitalisation boursière continue de fasciner: en à peine quelques semaines, trois entreprises ont rejoint le club très fermé des «trillionnaires» (Micron, SpaceX et Eli Lilly). Ça sent un peu l’exubérance, même si nombre d’épées de Damoclès qui pesaient sur les marchés ont été levées.
Un autre adulte qui a parlé, c’est Kevin Warsh, le nouveau patron de la Fed. Son accession à la tête de la banque centrale américaine est source de spéculations depuis plusieurs mois. Son premier discours annonce une rupture avec le style de son prédécesseur, Jerome Powell: une volonté de réformer la Fed en profondeur, une priorité claire donnée à la stabilité des prix, ainsi qu’un style de communication différent. Pour l’instant, le marché obligataire observe, mais table sur une hausse des taux d’ici septembre.
De l’autre côté de l’Atlantique, la Banque centrale européenne a pris les devants pour combattre l’inflation, qui repointe le bout de son nez depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Elle a procédé à une hausse de taux de 25 points de base, brisant la monotonie dans laquelle nous étions installés depuis plus d’un an.
Enfin notre propre Banque nationale suisse joue la montre, choisissant de lutter contre la force du franc plutôt que contre l’inflation. Dommage pour les épargnants, mais au moins le spectre des taux d’intérêt négatifs semble désormais appartenir au passé.
Du côté des matières premières, le baril reste au centre de l’attention. La perspective d’un accord de paix durable en Iran a contribué à calmer les tensions. Le pétrole s’échange autour de 74 dollars au moment où j’écris ces lignes. Pendant ce temps, l’or poursuit sa correction. Rien de bien surprenant au vu de sa performance ces dernières années, largement dopée par la spéculation.
Enfin du côté des cryptomonnaies, le régime semble avoir changé. Là où il y a encore un an, la moindre nouvelle suffisait à propulser les cours, la dynamique s’est aujourd’hui inversée: même les bonnes nouvelles peinent à raviver l’intérêt. Le bitcoin prend ainsi des allures de patate chaude, que chacun hésite désormais à conserver trop longtemps. On aurait bien besoin de l’intervention d’un adulte pour rallumer la flamme.
Pour conclure, le mois de juin a été globalement porteur de bonnes nouvelles. Ce G7, politiquement tendu, aura au moins eu le mérite de remettre les adultes autour de la table. De nombreux voyants sont repassés au vert, et c’est une bonne nouvelle pour les marchés.
Evidemment, le risque est qu’il faudra désormais d’autres bonnes nouvelles pour pousser les cours plus haut et surtout que les mauvaises restent à l’écart. Et ce n’est pas une mince affaire, surtout lorsque les marchés flirtent avec leurs plus hauts historiques et les investisseurs avec les grands nombres.
Et qui sait ce qui peut se passer quand on a laissé les enfants trop longtemps devant la télé?