C’est jour de Fed à Wall Street hier. Le marché adore ça, il a prévu pop-corn et lunettes 3D car ce n’est pas un FOMC ordinaire que celui-ci, oh non! Un nouveau sheriff vient d’arriver en ville et le marché veut en savoir plus quant à ses intentions. Est-il besoin de rappeler ici que la Fed est LA clé du marché des actions? La Fed, la Fed et rien que la Fed.
Le moins que l’on puisse dire est que Kevin Warsh soigne son entrée dans le grand concert de la finance. Un peu plus tôt dans la journée, le président des Etats-Unis signe le protocole d’accord avec l’Iran, deux dynamiques opposées semblent se mettre en place pour le marché, à court terme du moins, plongeon dans un univers boursier version 2.0.
Comme largement anticipé par le marché, la Fed maintient ses taux inchangés dans une fourchette de 3.50% - 3.75%. En revanche à l’occasion de son premier discours en tant que patron de la Réserve Fédérale, Kevin Warsh réussit probablement l’exploit d’éclipser la conférence de presse de fin de G7 du président des Etats-Unis.
En substance, le nouveau président de la banque centrale américaine insiste fortement sur le fait que la Fed ne tolérera pas une inflation trop élevée. Le message de Warsh est perçu dans le marché comme très ferme, même s’il ne promet pas explicitement de relever les taux. La moitié des membres de la Fed anticipe désormais une hausse d’ici la fin de l’année, ce qui confirme le retour de la lutte contre l’inflation au centre des priorités. Warsh cherche toutefois à garder de la flexibilité, sans se laisser enfermer dans un calendrier précis, tout en rassurant les marchés sur l’indépendance et la crédibilité de la Fed. Au final, son entrée en scène est jugée solide et le message principal est clair: la Fed paraît désormais beaucoup plus disposée à relever ses taux au second semestre si l’inflation reste trop élevée.
On peut notamment retirer de ce discours que Le «Fed put» appartient désormais au passé. Je note aussi que la banque centrale des Etats-Unis reste indépendante, c’est crucial et une excellente nouvelle. Son patron parvient à passer un message faucon sans pour autant être clair sur sa position personnelle, en cela il perpétue la tradition des Fed chairmen, excellents communicants. Dans les faits, la Réserve Fédérale est plus restrictive aujourd’hui qu’hier.
La réaction du marché est intéressante à plusieurs titres. Les obligations réagissent violemment, surtout le 2 ans dont le rendement décolle de 4,05% à 4,22% d’un coup, pour revenir ce matin à 4,16%. Le 10 ans est beaucoup plus mesuré, il remonte à 4,50% pour revenir à 4,45%. Quant au 30 ans, il monte très légèrement après le discours de Warsh, passant de 4,92% à 4,95% et ce matin il… baisse à 4,89%. Cet aplatissement de la courbe des taux US nous indique que le marché prend acte que la Fed va probablement relever ses taux d’ici octobre (2 ans) mais aussi qu’elle finira par maitriser l’inflation à long terme (30 ans).
Le dollar réagit également, il gagne pratiquement une figure contre l’euro, à 1,1522.
Sur la partie actions c’est un peu plus mitigé, cela recule hier soir, pour rebondir ce matin sur les futures, le marché est probablement tiraillé entre la nouvelle posture de la Fed et l’annonce de la signature par Donald Trump du protocole d’accord avec l’Iran. J’y reviens.
Et l’or alors? Le métal jaune paraît fragilisé par la perspective d’une politique plus restrictive de la Fed. La relique barbare déteste que le billet vert et les rendements obligataires montent. Le premier car l’or est coté en dollars, une hausse de cette devise le rend de facto plus cher, le second car la hausse des rendements US augmente le coût d’opportunité de détenir de l’or, qui ne rapporte rien. On sait en parallèle que les fonds passifs restent vendeurs alors que les signaux techniques sont partagés, une death cross devrait se produire courant de la semaine prochaine tandis que le métal jaune est de retour dans son canal haussier depuis quelques séances. Dans un tel environnement qui voit les intervenants un peu perdus, le technique prend souvent les commandes. Le principal support se situe à 4100 dollars tandis que si l’once repasse au-dessus de 4461 dollars cela pourrait entrainer une accélération de la hausse.
Foce est de constater que ce matin le monde de la finance se retrouve dans un contexte monétaire nouveau, le marché va peut-être avoir besoin d’un peu de temps pour mieux cerner la posture de Kevin Warsh. Le nouveau sheriff a créé 5 groupes de travail, la poussière n’est pas retombée sur le nouveau décor de la politique monétaire des Etats-Unis, loin de là.
Le S&P500 (SPX) repasse légèrement dans le rouge sur la semaine. Pas un seul des 11 sous-secteur de l’indice ne parvient à garder la tête hors de l’eau hier, le podium du jour de la honte se composant des services de communication, de la consommation discrétionnaire et de l’immobilier, la tech ne s’en sortant pas si mal que cela, bien aidée par les semi-conducteurs, qui vivent désormais leur propre vie tel un adolescent qui vient de quitter le domicile parental, aussi connecté à la réalité que les discours de Jean-Claude Van Damme (si vous ne connaissez pas JCVD bonne nouvelle, vous êtes jeune). On s’arrête un instant sur le breadth du jour qui est effroyable avec 430 titres en baisse contre seulement 70 en hausse pour le SPX. Sur le NDX c’est un peu moins mauvais mais tout cela laisse songeur, ce d’autant que les indicateurs internes de marché envoient des messages de prudence pour le court terme depuis quelques temps, c’est à suivre.
Le pétrole poursuit sa baisse, ce matin il recule à 74,85 dollars le baril de WTI Light Crude, encouragé par l’annonce de la réouverture du Détroit d’Ormuz.
L’actualité macro de ce jeudi commence avec la décision de politique monétaire de la BNS à 09h30, particulièrement surveillée pour son message sur les taux et le franc suisse. Les économistes s’attendent à un statu quo, à zéro pourcent. À 13h00, l’attention se déplacera vers la Banque d’Angleterre, qui annoncera à son tour sa décision sur ses taux, dans un contexte important pour la livre sterling et les rendements britanniques. Là aussi pas de mouvement en vue selon le marché. Enfin, à 14h30, les inscriptions hebdomadaires au chômage aux États-Unis pour la semaine du 13 juin donneront un nouvel aperçu de la solidité du marché du travail américain.
Aux États-Unis, un juge fédéral renvoie devant les tribunaux du Missouri le dossier lié au règlement du litige Roundup de Bayer. La FDA donne son feu vert au premier générique du médicament antigrippal de Roche. Moody’s confirme la note de Swisscom ainsi que sa perspective. Apple pourrait relever ses tarifs afin de compenser l’augmentation du prix des puces mémoire, selon Tim Cook cité par le WSJ. De son côté, Aramco étudie de nouvelles ventes d’actifs susceptibles de lui rapporter plusieurs dizaines de milliards de dollars, d’après Reuters. SK Hynix commence à fournir à ses grands clients, notamment Nvidia, les premiers échantillons de ses puces de nouvelle génération. Alibaba inaugure un troisième centre de données cloud sur le continent européen. Enfin, Lenovo prépare une émission de 2 milliards de dollars d’obligations convertibles destinée à refinancer sa dette et à financer des rachats d’actions.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse à part en Chine où Hong Kong perd 2,28% pendant que Shanghai égare 0,30%. Tokyo prend 1,65% à la cloche, Séoul monte de 2,25% et le Nifty50 grappille 0,04%. Le future SPX récupère 0,7%, probablement encouragé par la détente à Ormuz. L’Europe est indiquée en repli de 0,2% à l’ouverture.
On se demande combien de temps le marché prendra pour regarder Kevin Warsh en face.