Comment mesurer la performance des fonds gérés avec l’IA

Emmanuel Garessus

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Les fonds gérés par l’IA sont en nette augmentation et ils parviennent à présenter une surperformance, selon une étude.

 

Les progrès de l’IA ruissellent dans tous les segments de l’économie et de la finance, modifient les comportements et peut-être notre culture. Mais l’ambition prométhéenne de la nouvelle civilisation qu’elle promet nécessite d’énormes investissements et autant de financements. Les marchés s’interrogent sur le risque de déséquilibre potentiel. Une consolidation de la Big Tech semble d’ailleurs en bonne voie. Mais le développement de l’IA n’en est qu’à ses débuts, tant dans l’économie qu’en finance. L’asset management en profite, comme d’autres secteurs. Quelle est la performance des fonds qui s’appuient sur l’IA? Existe-t-il d’ailleurs une estimation de la taille de «l’économie de l’IA» sachant que les économistes peinent à la distinguer dans les statistiques officielles?

Débutons par l’IA dans l’asset management. L’identification des fonds dont les décisions d’investissement sont prises à l’aide de l’IA n’est pas aisée. Une nouvelle étude se penche sur ce sujet et révèle le lien entre l’emploi de l’IA et la performance des fonds, en l’occurence des hedge funds. Dans «The Growth and Performance of Artificial Intelligence in Asset Management», Shuang Shen, Clemens Siam et David X. Xu (WP 35253, NBER, mai 2026), définissent les fonds IA comme un segment des stratégies quantitatives qui utilise les technologies de l’IA pour la modélisation prédictive et la génération de signaux de trading. Il apparaît que 60% des fonds IA trouvent leur place dans la catégorie des stratégies diversifiées global macro.

Le développement de ce secteur est de plus en plus marqué à partir de 2010 selon cette étude, laquelle s’appuie sur les données de la SEC. Elle porte sur 7896 hedge funds dont 89 (1,1%) sont définis comme des fonds IA durant la période 2006 et 2024. L’accélération du nombre de fonds IA a réellement débuté en 2017 si bien qu’en 2023 ils représentent un sommet de 2,7% de l’ensemble pour un montant total de 12 milliards de dollars en 2024. 

L’étude révèle que les fonds IA surperforment les fonds non-IA de 6% par an sur une base annualisée ajustée du benchmark durant les premières années. Mais la surperformance diminue après 2017.

L’IA dans l’économie

La recherche progresse rapidement dans l’appréhension de l’IA. Le secteur des hedge funds employant l’IA n’est bien sûr qu’une modeste partie de l’économie de l’IA. Cette dernière croît à un rythme phénoménal, mais les économistes peinent à définir un PIB de l’IA. «Lorsqu’on examine les comptes nationaux traditionnels, la révolution de l’IA n’apparaît que sous la forme d’investissements en amont – un boom des investissements en capital dans les centres de données – tandis que l’activité productive que ces centres de données soutiennent reste pratiquement invisible», selon une étude du Petersen Institute for International Economics (mai 2026). Les auteurs, Anton Korinek et Patrick Mc Kelvey, estiment le PIB de l’IA aux Etats-Unis à 250 milliards de dollars. Considéré comme une entité économique à part entière, l’IA correspond environ à la taille du transport aérien des passagers. Cela paraît modeste compte tenu des investissements en cours.

Mais les promesses de l’IA sont considérables. La croissance en dépenses nominales s’élève à 140% en 2024 et 2025, selon les auteurs, la capacité de calcul brute à plus de 200% et la production ajustée de la qualité de plus de 2000% par an. Parviendra-t-on à financer ces besoins?

L’IA interroge. Pour beaucoup d’essayistes, nous entrons dans une nouvelle civilisation. L’IA brise de nombreux repères même si elle s’inscrit dans une progression linéaire du progrès. L’homme obtient un pouvoir démiurgique, notent Laurent Alexandre et Alexandre Tsicopoulos dans «Vivre 1000 ans» (Buchet Chastel, 304 p. 2026). Le besoin de ce qu’ils appellent une «boussole éthique» et d’un «théologiciel» apparaît plus nécessaire que jamais à un moment où «les frontières entre la machine et l’homme sont déjà floues». 

Pour d’autres, comme le penseur conservateur Michel Maffesoli (Mes tribus, souvenirs, pensées, rencontres (Ed.Cerf, 2026, 304 p.), nous vivons plutôt la fin d’une époque, celle de la post-modernité, car pour lui l’histoire n’est pas linéaire mais cyclique, dans un mouvement en spirale. Le débat est plus ouvert que jamais.

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