Les achats d’initiés, un signal à ne pas négliger

Nicolette de Joncaire

2 minutes de lecture

Les opérations réalisées par les dirigeants sur leur propre titre peuvent offrir des signaux d’investissement pertinents, selon Mustapha Mamache de Varenne Capital Partners.

 

Les dirigeants d’entreprise possèdent une connaissance intime de leur société. Dès lors, leurs achats — ou ventes — d’actions, lorsqu’ils sont déclarés publiquement, peuvent constituer des indicateurs utiles pour identifier des points d’entrée ou de sortie sur un titre. A la différence du délit d’initié («insider dealing»), l’exploitation des informations sur les transactions réalisées par ces profils («dealing of insiders») est parfaitement légale et peut livrer des signaux pertinents quant à l’intérêt d’investir dans une entreprise, explique Mustapha Mamache, analyste senior chez Varenne Capital Partners. Encore faut-il savoir interpréter correctement ces mouvements.

Quelle approche adoptez-vous?

Pour construire nos portefeuilles, nous surveillons des facteurs comportementaux et, plus particulièrement, les opérations que réalisent les dirigeants et les administrateurs sur les titres de leur entreprise, ce qui nous sert à détecter des idées d’investissement. Toutefois, le sens des transactions lui-même ne veut rien dire et ne suffit pas à tirer une quelconque conclusion. Le dirigeant peut avoir vendu pour financer un projet sans rapport avec l’entreprise, pour acheter un immeuble par exemple. Tout achat – ou vente – d’un manager ou d’un administrateur observé en isolation n’est pas nécessairement significatif, encore faut-il en comprendre l’intention. Un achat dans une société dont le titre a faibli peut signifier que l’insider a des raisons de penser que la société va remonter la pente, mais s’il achète au plus haut, cela peut vouloir dire qu’il espère encore des améliorations conséquentes. Aux Etats-Unis, le rapport de la SEC peut indiquer le motif de la transaction mais c’est rare. Il reste donc à en déterminer les mobiles et sa portée en termes d’avenir du titre.

«Disons, sans citer d’exemple particulier, que les achats d’insider de leur propre titre en période de crise sont un signe favorable.»

Lorsqu’un dirigeant procède à des achats importants après plusieurs années d’inactivité ou de faibles investissements dans sa propre société, ce comportement peut constituer un signal atypique justifiant une analyse financière approfondie. Pour être significatif, l’achat ou la vente doit représenter un pourcentage non négligeable du capital, ne pas faire partie d’un comportement habituel, et être combiné à d’autres facteurs comportementaux ou opérationnels, par exemple des transactions similaires de la part d’autres dirigeants ou encore des carnets d’ordre en hausse ou en baisse. Si le signal est inhabituel et significatif, il mérite d’être étudié de près en conjonction avec d’autres éléments pour mener à une décision d’investissement, ou de désinvestissement.

Pouvez-vous nous donner un exemple?

En 2022, Robert Mylod, chairman (et ancien CFO) de Booking.com a procédé à deux achats d’une certaine importance. Parallèlement, la société Annox Capital a également exécuté deux autres achats. Annox Capital ayant été fondée par Robert Mylod, cela nous a donné une première indication. Or, nous étions au lendemain de la crise du Covid, et le carnet d’ordre de Booking.com était au plus haut car, privés de voyages depuis plus de deux ans, les consommateurs étaient avides de pouvoir s’échapper. En suivant Mylod, nous avons effectué une très belle performance sur le titre.

Comment procédez-vous?

Notre approche est à la fois quantitative et qualitative. Nous avons développé un outil propriétaire qui, sur la base de données fournies par un prestataire britannique, passe en revue les données de l’univers qui nous intéresse, pour identifier tout mouvement inhabituel et l’analyser sur la base d’une quinzaine de critères. Depuis 2011, cette méthode a été appliquée à plus de 8 millions de transactions et plus de 500’000 insiders au sein de 50’000 sociétés cotées, dans 60 pays. Une centaine de sociétés sont ainsi filtrées chaque semaine pour repérer des opportunités d’achat et tout autant pour identifier des possibilités de vente. Pour notre équipe, la donnée de base, celle qui déclenche l’entrée ou la sortie, est le comportement d’un insider mais notre équipe «long only» nous consulte également et nos observations font partie de nos analyses du risque.

Les périodes de turbulence peuvent-elles être plus intéressantes à analyser?

Disons, sans citer d’exemple particulier, que les achats d’insider de leur propre titre en période de crise sont un signe favorable car il indique que, malgré un marché volatil, les dirigeants ont foi en l’avenir de leur entreprise. 

A lire aussi...