Durabilité: quelles perspectives à la mi-année?

Ophélie Mortier, DPAM

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Au vu du coût financier des risques climatiques, l’investissement durable est certes incontournable, mais riche en opportunités.

©Keystone

 

Les six prochains mois se dérouleront probablement dans un contexte d’incertitude accrue et de persistance de la volatilité. Malgré cela, les enjeux de long terme, notamment la décarbonation, la transition énergétique, la numérisation et l’adaptation au changement climatique, restent plus pertinents que jamais.

Si pour les investisseurs, le long terme porte sur trois ans au maximum, sa durée est tout autre pour les entreprises. L’horizon d’investissement qui leur permet d’assurer leur pérennité est de dix ans au moins. Quoiqu’il arrive, leur objectif doit être maintenu, à savoir utiliser plus efficacement l’énergie et les ressources en quantité limitée, motiver les employés dans un contexte de vieillissement de la population, s’assurer de maintenir une gouvernance solide en dépit d’un climat géopolitique difficile. Ainsi, la notion de durabilité ne résonne pas de la même manière chez les entreprises et les investisseurs, ce qui est paradoxal.

De nombreux défis à relever

Même si les événements récents ont pu amener les investisseurs à vouloir modifier radicalement leurs portefeuilles, il est essentiel de maintenir le cap. L’un des principaux défis réside dans la volatilité des signaux politiques et de la réglementation. De brusques changements tels que la décision du gouvernement américain de suspendre les subventions à l’industrie des véhicules électriques peuvent entraîner des pertes considérables pour les constructeurs automobiles. De même, le fait de ne pas avoir anticipé l’essor des véhicules électriques il y a quelques années s’est avéré tout aussi coûteux pour d’autres acteurs. Ceci illustre les risques inhérents au financement de la transition: agir trop tard ou trop tôt peut s’avérer problématique.

Un autre défi réside dans la structure même des stratégies ESG. Certaines stratégies, notamment celles dont l’indice de référence est aligné sur l’Accord de Paris, ont pâti de l’exclusion de secteurs performants tels que l’énergie et la défense. Cependant, il est important de ne pas confondre ESG et exclusion systématique de certains secteurs. Celui de l’énergie par exemple englobe le pétrole et le gaz d’un côté, mais aussi les énergies renouvelables, les batteries et l’électrification.

Fin avril, en réponse à la crise découlant de la guerre en Iran, la Commission européenne a présenté une initiative «AccelerateEU», destinée à améliorer la résilience énergétique de l’UE. Ainsi, les signaux restent positifs pour les batteries, les réseaux électriques et certains segments industriels de la décarbonation. Même si cette initiative n’a pas la même envergure que le plan «REPowerEU», elle vient alimenter la tendance déjà forte de décarbonation de la production d’électricité.

Comme le montre une analyse récente du groupe de réflexion Ember portant sur la consommation d’électricité de 215 pays, la production d’électricité à partir de combustibles fossiles se stabilise alors que la demande globale continue d’augmenter. Cela signifie que les entreprises exclusivement dépendantes du charbon et, à terme, certains actifs gaziers sont exposés à un risque de transition croissant. À l’inverse, les entreprises qui projettent de développer fortement le solaire, l’éolien, les capacités de stockage ainsi que celles qui sont en mesure de conclure des contrats d’achat d’électricité à long terme avec des entreprises technologiques devraient connaître une croissance soutenue. Les fournisseurs de réseaux et d’infrastructures qui investissent dans les technologies de transport, de distribution et de réseaux intelligents sont également bien positionnés.

ESG: pertinence et intégration actuelles

L’approche ESG a fait l’objet de critiques, notamment du fait que les secteurs les plus performants depuis une année ont été la défense et l’énergie. Cependant, la prise en compte des critères ESG n’équivaut pas à exclure toutes les entreprises de certains secteurs. Il s’agit plutôt de mettre l’accent sur la résilience et la création de valeur à long terme et d’intégrer le développement durable dans les stratégies d’investissement et la gestion des risques.

L’IA et la numérisation redéfinissent également les risques et les opportunités ESG. Par exemple, l’analyse et l’automatisation pilotées par l’IA améliorent l’efficacité opérationnelle dans des domaines tels que la gestion des réseaux intelligents, l’agriculture de précision et la logistique optimisée. Dans le secteur de la santé, l’IA améliore les diagnostics et élargit l’accès aux services médicaux, conformément au pilier «sociétal» des critères ESG.

Cependant, le développement rapide des infrastructures d’IA, notamment des centres de données, entraîne une hausse de la consommation d’énergie et d’eau ce qui pose des problèmes environnementaux. De plus, les modèles d’IA sont de plus en plus impliqués dans la propagation de la désinformation et les perturbations de l’emploi, soulignant la nécessité d’assurer des transitions et reconversions professionnelles.

L’impact en point de mire

L’adaptation au changement climatique devient un enjeu d’investissement majeur, car l’impact financier des risques climatiques ne cesse d’augmenter: son coût est estimé à environ 200 milliards de dollars par an au niveau mondial. Cette situation incite les entreprises et les investisseurs à saisir de nouvelles opportunités de croissance dans plusieurs secteurs.

  • Gestion efficace et sécurité de l’eau: les entreprises qui proposent des technologies de recyclage, de traitement et de distribution efficace de l’eau sont essentielles pour s’adapter au changement climatique et répondre aux besoins croissants des centres de données et de l’industrie.
  • Résilience des infrastructures et des bâtiments: la nécessité de protéger les infrastructures contre les phénomènes météorologiques extrêmes stimule la demande en matériaux de construction résilients, en isolants et en solutions d’ingénierie robustes et donc les entreprises actives sur ces marchés. Les fournisseurs de logiciels d’ingénierie sont également bien positionnés, car les solutions numériques sont de plus en plus utilisées pour concevoir et gérer des infrastructures résilientes.
  • Gestion des catastrophes et intervention d’urgence: les entreprises spécialisées dans la gestion des catastrophes, les réparations d’urgence et la résilience de la chaîne d’approvisionnement jouent un rôle de plus en plus important.

Les six prochains mois resteront probablement volatils, mais l’intégration structurelle du développement durable, de la numérisation et de la résilience dans les stratégies d’investissement paraît incontournable. Les opportunités abondent, mais une attention particulière doit être accordée aux spécificités sectorielles, aux erreurs de suivi et à l’évolution des risques ESG. Une communication transparente et une sélection rigoureuse resteront des atouts majeurs pour évoluer dans cet environnement complexe.

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