Pendant qu’un gars de 80 ans s’apprête à s’en prendre à un de 94, le marché est dans la lune (ou plutôt sur Mars), le sentiment général se détend notablement, Nvidia tente de nous séduire à nouveau et tout le monde se fiche des minutes de la dernière réunion de la Fed, elles ne disent pas ce que les taureaux souhaitent entendre.
On démarre avec l’annonce du jour, qui conditionne la clôture de Wall Street. L'Iran annonce hier en fin de journée examiner une nouvelle proposition de paix américaine via le médiateur pakistanais. De son côté, Donald Trump laisse la porte ouverte à la diplomatie en affirmant «ne pas être pressé» de conclure formellement un accord, les pourparlers entrant selon lui dans leur «dernière phase». Cette annonce provoque un repli marqué du cours du pétrole, le baril de WTI Light Crude revenant de 109,24 dollars à 99,46 dollars ce matin. Au-delà de la bouffée d’oxygène que ce mouvement apporte au marché dans son ensemble, on suivra de près la suite des opérations, la moyenne moblie à 50 jours du WTI se situe actuellement à 98,73 dollars, elle n’a plus été durablement franchie depuis janvier, un gros test technique que voilà donc.
La baisse du cours de l’or noir impacte directement le coût de la dette des Etats-Unis, dont les rendements reculent également. Ce matin le 10 ans traite à 4,60%, le 2 ans à 4,07% et le 30 ans à 5,13%. En prenant un peu de recul, on constate aisément que ces niveaux restent élevés, une détente oui, une résolution des craintes d’inflation non. Le comportement du dollar illustre cela, la paire EUR/USD recule à 1,1618, elle se maintient sous sa moyenne mobile à 50 jours, la tendance haussière à court terme du billet vert reste intacte.
Hier le sentiment du marché des actions se surprend à rêver d’espace. Le voile tombe sur le projet d’IPO (Initial Public Offering) de Space-X, en résumé Elon Musk gardera un contrôle total sur son bébé dont la valorisation envisagée laisse songeur, j’y reviens.
C’est une journée de trading plutôt calme que passe Wall Street, du moins en termes de volumes d’échanges. Les trois principaux indices mettent fin à une série de trois replis consécutifs, encouragés par l’espoir que ce satané conflit cesse et que ce foutu détroit soit rouvert. Par l’espoir donc… Mais comme le narratif semble désormais nettement plus important pour les acteurs du marché que les chiffres, la pression acheteuse fait son retour sur les parquets de trading, le breadth est nettement positif, on revient en force dans les semi-conducteurs, ce matin Séoul bondit de 8%, elle qui est blindée de valeurs de ce secteur, tout est normal. Bon, en ce qui concerne le Kospi, disons aussi qu’il bénéficie probablement des annonces de Nvidia post-clôture, j’y reviens aussi. La volatilité du SPX recule un chouia, le VIX revient à 17,44, le podium du jour du principal indice du NYSE se compose de la consommation discrétionnaire, de la tech et des materials, la lanterne rouge du jour étant sans surprise tenue par l’énergie. L’or remonte légèrement à 4529 dollars l’once.
Les marchés pétroliers se sont donc bien détendus hier, les investisseurs interprètent les annonces du jour comme un signal potentiel de réouverture partielle du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Le marché est également rassuré par le passage récent de plusieurs supertankers chinois et sud-coréens dans la zone, signe que certains flux énergétiques recommencent timidement à circuler. Malgré ce soulagement, la situation reste extrêmement fragile: Trump continue de menacer l’Iran d’une action militaire en cas d’échec des négociations, tandis que Téhéran maintient un contrôle très strict sur la région maritime. En parallèle, les stocks américains de pétrole reculent fortement, ce qui montre que le marché physique reste tendu.
Nvidia cherche à convaincre les investisseurs qu’elle pourra progressivement moins dépendre des géants du cloud comme Microsoft, Amazon ou Google, qui ont jusqu’ici porté l’explosion de sa croissance grâce à l’IA. Le groupe mise désormais sur les entreprises industrielles, les gouvernements et la «physical AI», robots, véhicules autonomes et machines intelligentes, pour alimenter la prochaine vague de demande. Financièrement, Nvidia continue d’impressionner avec des ventes trimestrielles en hausse de 85% à 81,6 milliards de dollars et des marges toujours gigantesques de 75%, tandis que les revenus des data centers atteignent 75,2 milliards. Le groupe augmente fortement son dividende et annonce 80 milliards de dollars de rachats d’actions. Malgré cela, le titre recule légèrement après les résultats, signe que les investisseurs deviennent plus exigeants face à une concurrence croissante venant notamment d’AMD, Broadcom, Google et même de certains clients développant leurs propres puces IA. Nvidia reste néanmoins ultra dominante, Wall Street estimant qu’elle représentera plus d’un tiers des ventes mondiales du secteur des semi-conducteurs cette année. Le groupe continue aussi de se diversifier dans les CPU, les logiciels, les réseaux et les systèmes complets, tandis que la Chine demeure un frein majeur à cause des restrictions américaines sur les exportations de puces IA.
SpaceX prépare ce qui pourrait devenir la plus grande IPO de l’histoire, avec une valorisation pouvant atteindre 2000 milliards de dollars, mais les documents publiés montrent une entreprise bien plus risquée et déficitaire que prévu. Elon Musk conservera un contrôle quasi total grâce à des actions spéciales lui assurant environ 85% des droits de vote, tandis que la société continue de brûler énormément de cash: SpaceX a perdu près de 5 milliards de dollars en 2025 malgré 18,7 milliards de revenus, principalement issus de Starlink, dont la croissance reste explosive. L’activité spatiale traditionnelle demeure déficitaire malgré sa domination des lancements pour la NASA et le Pentagone, tandis que l’intelligence artificielle devient le principal gouffre financier après l’intégration de xAI. Le projet clé reste Starship, indispensable pour réduire drastiquement les coûts de lancement et rendre possibles les ambitions martiennes et les centres de données IA dans l’espace, mais le programme accumule retards et risques techniques. Les investisseurs devront donc croire à la capacité de Musk à transformer des projets aujourd’hui très spéculatifs en activités rentables. Beaucoup d’analystes jugent toutefois la valorisation difficile à justifier au vu des pertes actuelles et d’une gouvernance qui rend pratiquement impossible l’éviction de Musk en cas de problème.
Les minutes de la dernière réunion de la Réserve fédérale présidée par Jerome Powell montrent un net durcissement du ton des banquiers centraux américains: une majorité de responsables de la Fed estime désormais qu’une hausse des taux pourrait devenir nécessaire si l’inflation reste durablement supérieure à l’objectif de 2%, principalement en raison de la flambée des prix de l’énergie liée à la guerre avec l’Iran et aux perturbations des matières premières. Plusieurs membres souhaitent même abandonner le biais accommodant qui laissait entendre que la prochaine étape serait une baisse des taux. Dans le même temps, le marché de l’emploi reste jugé suffisamment solide pour ne pas justifier un assouplissement monétaire rapide. Cette évolution place le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, dans une position délicate, lui qui s’était montré favorable à des baisses de taux: il hérite d’une banque centrale de plus en plus «hawkish», tandis que les marchés recommencent à anticiper au moins une hausse de taux d’ici la fin de l’année.
Raúl Castro est inculpé par la justice américaine pour son rôle présumé dans la destruction de deux avions civils en 1996, une attaque attribuée à l’armée cubaine qui avait coûté la vie à quatre personnes, dont trois Américains. Cette décision marque une escalade spectaculaire de la pression exercée par l’administration Trump contre Cuba, déjà frappée par un sévère blocus énergétique et économique. Washington accuse l’ancien dirigeant cubain, aujourd’hui âgé de 94 ans, d’avoir ordonné l’opération lorsqu’il était ministre de la Défense sous Fidel Castro. Donald Trump affirme toutefois qu’il ne souhaite pas d’escalade militaire immédiate, même si plusieurs responsables américains évoquent désormais ouvertement un changement de régime à Cuba. La situation intervient dans un contexte explosif: l’île traverse une grave crise économique et énergétique, tandis que les relations entre Washington et La Havane se détériorent rapidement. Les autorités cubaines dénoncent quant à elles une manœuvre politique et une tentative supplémentaire de déstabilisation du régime communiste.
Au menu macroéconomique de ce jeudi, les investisseurs surveilleront principalement les indices PMI manufacturiers et des services en version flash en Europe puis aux Etats-Unis afin d’évaluer l’état de santé de l’économie mondiale. La matinée débute avec les chiffres de la France à 09h15, suivis de l’Allemagne à 09h30, de la Zone Euro à 10h00 puis du Royaume-Uni à 10h30. L’après-midi se concentre sur les Etats-Unis avec les inscriptions hebdomadaires au chômage, les permis de construire et mises en chantier ainsi que l’indice manufacturier de la Fed de Philadelphie à 14h30, avant les PMI flash américains à 15h45, des statistiques particulièrement suivies pour mesurer la résilience de l’activité économique et anticiper les prochaines décisions de la Fed.
Du côté des entreprises européennes, le directeur général de Volkswagen dément toute discussion avec des constructeurs chinois concernant l’utilisation des surcapacités industrielles du groupe, tandis que la patronne de Commerzbank estime que l’intelligence artificielle pourrait générer 350 millions d’euros d’économies annuelles. Fresenius Medical Care reconduit par ailleurs Martin Fischer au poste de directeur financier. Parmi les principales publications du jour figurent Generali, BT Group, Swiss Life, Lundberg et Asmodee. Exxon Mobil signe un accord gazier avec l’Egypte. PepsiCo prévoit d’augmenter le prix des petits sachets de chips face à la hausse des coûts, Intuit va supprimer 17% de ses effectifs pour accélérer dans l’IA, tandis qu’une ONG accuse Starbucks de surestimer la recyclabilité de ses gobelets plastiques à usage unique.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo décolle de 3,14% à la cloche, Hong Kong recule de 0,70%, Shanghai perd 1,59%, Séoul nous fait une Space-X / Nvidia et se met en orbite de 8,42% pendant que le Nifty50 grappille 0,27%. Le future traite autour de l’équilibre, l’Europe indique une ouverture en très léger repli.