Et voilà, ça devait bien arriver un jour ou l’autre. Il nous avait fait le coup deux ou trois fois en 2025, vendredi le marché obligataire perd patience et siffle la fin de la récré, principalement à l’intention d’un locataire de la Maison-Blanche dont même les plus créatifs peinent à comprendre la stratégie. Il y en a une en revanche qui n’en demandait pas tant et semble renaître de ses quasi cendres un peu plus chaque jour, dame inflation est bel et bien de retour et plutôt en forme. Le constat est sans appel: l’inflation vient une fois de plus de s’emparer du marché obligataire. Avec peu d’espoir d’un rétablissement rapide des flux énergétiques en provenance du Golfe et des chaînes d’approvisionnement manufacturières signalant une hausse persistante des pressions sur les prix, la hausse du niveau général des prix pourrait continuer à accélérer dans le monde au cours des prochains mois. Cela forcera les banques centrales à durcir leur politique monétaire avec toutes les conséquences que l’on peut envisager pour un marché des actions accro aux liquidités.
Au-delà des tensions à nouveau croissantes au Moyen-Orient, la combinaison d’un indice américain des prix à la consommation (CPI), de son alter ego des prix à la production (PPI), de la production industrielle, manufacturière et du taux d’utilisation des capacités, tous sans exception nettement au-dessus des attentes, force le marché à revoir sa copie monétaire, les Fed Funds prédisent désormais au moins une hausse de taux par la Fed cette année encore, les rendements obligataires décollent vendredi, ce matin ils poursuivent leur marche en avant, money time pour les actions en ce lundi matin.
Wall Street termine sa semaine en queue de poisson, la plupart des indices parviennent à boucler leurs 5 jours autour de l’équilibre. Les tribulations d’un président des Etats-Unis en Chine n’auront pas apporté d’élément positif pour Washington DC, pas même au niveau économique, j’y reviens. Le rendement du 10 ans US casse sa tendance baissière entamée en octobre 2023, il traite ce matin à 4,60%, techniquement il peut viser la zone 5,00% - 5,02%. Le 30 ans est à 5,13%, le 2 ans à 4,08%, lui aussi peut désormais envisager 5%. Le dollar en profite, la paire EUR/USD traite à 1,1631, elle tente en ce moment-même de casser sa 50 jours à la baisse, si cela se confirme un tapis rouge technique lui sera déroulé en direction de 1,1411 – 1,1400.
L’indice S&P500 (SPX) n’est plus suracheté, son podium du jour se compose de l’énergie, le seul secteur à grimper vendredi, des financières et des biens de consommation de base. Les volumes d’échanges sont stables, le breadth nettement négatif, l’aversion au risque effectue son retour sur les parquets de trading. La volatilité se réveille un chouia, le VIX gagne 6% à 18,43, son alter ego obligataire décolle de 14% à 80 (MOVE). On observe une hausse quasi généralisée des rendements obligataires autour du globe, par exemple au Japon où le 30 ans atteint 4% pour la première fois. Au Royaume Uni la partie longue est à son top en 28 ans. L’indice des matières premières de Bloomberg a gagné 17% depuis le 28 février, il n’était plus remonté aussi haut depuis décembre 2012.
C’est dans ce contexte ô combien électrique que le nouveau patron de la Fed Kevin Warsh va prendre ses fonctions, Jerome Powell n’est plus le boss mais reste au conseil des gouverneurs.
L’or est tiraillé entre son rôle de valeur refuge et les vents contraires puissants générés par le dollar fort et les rendements obligataires en hausse. L’once traite à 4544 dollars, sa 200 jours évolue actuellement à 4348 dollars.
Le pétrole remonte à 106,38 dollars le baril de WTI Light Crude. Sa principale résistance se situe à 117,63 dollars.
Cette semaine sera notamment marquée par les résultats de Nvidia, qui publie ses trimestriels mercredi à 22h20 CET.
Au menu macro-économique de ce lundi, à 16h00 les États-Unis publient l’indice NAHB, un baromètre de la confiance des professionnels du marché immobilier résidentiel.
L’actualité des entreprises reste marquée par de nombreux mouvements stratégiques. En Europe, Mercedes-Benz n’exclut plus de se diversifier dans l’industrie de la défense, signe du repositionnement de certains industriels face aux tensions géopolitiques, tandis que ASML accompagne Tata Electronics dans la construction d’une usine de semi-conducteurs en Inde, reflet de la volonté mondiale de sécuriser les chaînes d’approvisionnement technologiques. Ryanair se montre rassurante sur l’approvisionnement en kérosène malgré les tensions énergétiques, alors que Sonova compte sur ses nouveaux produits pour accélérer sa croissance. Dans la finance, Intact Financial envisagerait une offre sur Hiscox, la Fed met fin aux mesures disciplinaires visant UBS et Credit Suisse, tandis que Prudential plc renforce sa présence en Inde via Bharti Life Insurance. Côté énergie, BP réduit ses activités liées au gaz par pipeline pour miser davantage sur le GNL. Aux États-Unis, un éventuel rapprochement entre NextEra Energy et Dominion Energy pourrait créer un géant des services publics valorisé autour de 400 milliards de dollars. Les investisseurs scrutent aussi les arbitrages des grands fonds américains: Bill Ackman vend Alphabet pour renforcer Microsoft. Enfin, en Asie, la justice sud-coréenne demande au syndicat de Samsung Electronics de ne pas perturber la production, soulignant l’importance stratégique du secteur des semi-conducteurs.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis Séoul qui grappille 0,31%. Tokyo perd 0,97% à la cloche, Hong Kong abandonne 1,19%, Shanghai égare 0,09% et le Nifty50 0,08%. Le future SPX recule de 0,4%, l’Europe perd 0,5% dans les premiers échanges.
La visite de Donald Trump en Chine semble avoir tourné à l’avantage de Xi Jinping, qui apparaît comme le véritable maître du jeu face à un Donald Trump jugé inhabituellement conciliant. Selon la presse, Pékin profite de la dépendance américaine aux terres rares, aux semi-conducteurs et au marché chinois pour garder l’ascendant dans les négociations. Sur les grands dossiers géopolitiques, notamment l’Iran et Taïwan, Xi Jinping ne fait quasiment aucune concession malgré les compliments répétés de Trump. La Chine continue notamment d’acheter massivement du pétrole iranien et refuse d’aider Washington à faire pression sur Téhéran. Sur le plan économique, Trump évoque de grands accords commerciaux et des achats d’avions Boeing, mais peu d’éléments concrets émergent. L’article souligne aussi que la présence des grands patrons américains comme Tim Cook, Elon Musk ou Jensen Huang illustre surtout à quel point les États-Unis restent dépendants de la Chine.