Le mois d’avril a enregistré la meilleure performance mensuelle du bitcoin depuis plus d’un an, avec une hausse d’environ 13%, autour de 79'500 dollars, dans un contexte géopolitique évoluant d’un climat de conflit vers une désescalade. Ce mouvement a permis de tester le seuil de résistance des 78'000 dollars récemment identifié, porté par des flux de capitaux, une amélioration du contexte géopolitique et un rebond des actifs risqués sur les marchés actions.
Malgré ce regain de momentum, il s’agit encore d’un rebond de marché baissier, et non d’un changement de tendance confirmé. Le niveau actuel continue de faire office de résistance, le contexte macroéconomique n’est pas totalement clarifié, et si les fondamentaux se renforcent, la tendance n’est pas encore confirmée.
Que s’est-il passé en avril
La correction des marchés actions observée en mars a rapidement été effacée. Les solides résultats d’Intel et de TSMC, combinés à l’annonce du nouveau modèle «Mythos» d’Anthropic, ont déclenché un rebond marqué des valeurs technologiques. L’indice des semi-conducteurs de Philadelphie a progressé de 47% en quatre semaines depuis son point bas de fin mars, tandis que le Nasdaq a enchaîné 13 séances consécutives de hausse, une première depuis 1992, gagnant 19% pour atteindre un nouveau sommet historique. Ce regain d’appétit pour le risque s’est diffusé à l’ensemble des classes d’actifs, offrant au bitcoin un environnement favorable pour progresser de 69'000 à 79'500 dollars sur la même période.
Au Moyen-Orient, les États-Unis et l’Iran ont annoncé un cessez-le-feu de deux semaines à partir du 8 avril. Les prix du pétrole ont initialement reculé à l’annonce, avant de rebondir nettement dans la seconde moitié du mois, à mesure qu’il devenait clair qu’aucune solution durable n’était en vue.
Sur le plan politique, le Département de la Justice américain a abandonné son enquête visant le président de la Fed, Jerome Powell, ouvrant la voie à la nomination de Kevin Warsh. Les marchés n’anticipent toutefois aucune baisse de taux pour le reste de 2026, reflétant l’idée que le futur président devra composer avec un environnement marqué par une inflation tirée par l’énergie, limitant les marges de manœuvre pour un assouplissement monétaire et prolongeant le régime de taux élevés qui a caractérisé le plafond macroéconomique tout au long de l’année.
L’économie américaine a abordé le deuxième trimestre dans une situation relativement solide: une croissance d’environ 2% en rythme annualisé au premier trimestre, une consommation en ralentissement compensée par une hausse de l’investissement des entreprises, une inflation en recul et des résultats d’entreprises robustes. Toutefois, le blocage lié à l’Iran et la crise énergétique en cours pourraient compromettre cette trajectoire. À moins d’une réouverture rapide du détroit, le monde pourrait faire face à un choc d’offre majeur sur des matières premières essentielles, combinant inflation plus élevée et croissance plus faible, un scénario de stagflation historiquement défavorable aux actifs risqués. Pour le bitcoin, la question est désormais de savoir s’il continuera d’absorber ces vents contraires comme en mars et avril, ou s’il cédera face à une nouvelle flambée des prix de l’énergie.
Les facteurs soutenant la dynamique des cryptoactifs
Une tonalité géopolitique plus apaisée
Le climat géopolitique d’avril a nettement évolué par rapport à celui de mars. Plutôt qu’une escalade, le mois a été marqué par les premières discussions concrètes autour d’une résolution du conflit. Les probabilités d’un accord de paix à mi-année sur Polymarket ont dépassé 80% avant de se stabiliser, atteignant leurs niveaux les plus élevés depuis le début du conflit. Les marchés ont réagi à cette évolution de tendance plutôt qu’à un résultat final, intégrant l’hypothèse d’un scénario de résolution plutôt que de dégradation.
La prudence reste néanmoins de mise. Les prix du pétrole continuent de progresser malgré les discussions de cessez-le-feu, et les dommages économiques déjà causés mettront du temps à se résorber, quelle que soit l’issue. Mais pour les cryptoactifs en particulier, ce changement de tonalité a été déterminant: il a réduit le risque d’un choc exogène supplémentaire, permis à l’appétit pour le risque de se reconstruire et laissé s’exprimer la demande structurelle sous-jacente au bitcoin, plutôt que d’être freinée par l’incertitude liée à l’actualité.
Des capitaux de long terme qui continuent d’accumuler
Les flux constituent aujourd’hui le signal le plus clair: cette phase de correction est perçue comme une opportunité d’achat par les investisseurs les plus influents.
Les ETF spot Bitcoin américains ont enregistré environ 2,4 milliards de dollars d’entrées nettes en avril, leur meilleur mois depuis octobre 2025 en termes de montants. Les encours totaux atteignent désormais environ 1,31 million de BTC, se rapprochant de nouveaux sommets malgré des prix encore inférieurs de plus de 40% à leur pic de 2025. Il s’agit d’allocations stratégiques, et non d’achats opportunistes, un comportement typique des phases de formation de plancher de marché.
Les trésoreries d’entreprise jouent également un rôle clé. Strategy a réalisé son troisième plus important achat de bitcoin à ce jour, acquérant 34 164 BTC pour environ 2,54 milliards de dollars, portant ses avoirs à plus de 815 000 BTC. Ces acquisitions sont de plus en plus financées via des instruments préférentiels comme STRC, qui a déjà levé plus de 2,1 milliards de dollars depuis son lancement. Cela constitue un socle de demande structurelle inédit par rapport aux cycles précédents.
En parallèle, l’offre de produits institutionnels continue de s’élargir: Goldman Sachs a déposé une demande pour un ETF Bitcoin à revenu, Morgan Stanley a étendu l’accès aux cryptoactifs à environ 16 000 conseillers, et un ETF Bitcoin orienté rendement de BlackRock est attendu prochainement. Le marché présente ainsi une structure profondément différente des cycles précédents: des investisseurs plus stables, moins de mouvements de liquidation réflexes, et une base d’acheteurs élargie avec des horizons d’investissement pluriannuels. Les capitaux patients construisent aujourd’hui le socle sur lequel reposera la prochaine phase de confirmation.