Crise du logement: levier pour le capital naturel

Martin Davies, Nuveen

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La pénurie mondiale de logements atteint un niveau critique. Elle crée un levier structurel de demande pour le capital naturel.

©Keystone

 

Le secteur résidentiel est un moteur essentiel de la consommation de bois dans les principales économies développées. Après des années de sous-construction, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni et l’Union européenne sont confrontés à d'importantes pénuries de logements. Il faudrait construire environ 5,1 millions de nouveaux logements par an au cours des dix prochaines années pour combler ce déficit dans ces cinq marchés, soit une hausse d’environ 40% par rapport aux niveaux actuels. Cette dynamique devrait soutenir la demande de bois durable et de produits dérivés du bois.

Un déficit structurel en Europe

Bien que la pénurie de logements soit mondiale, la situation en Europe se distingue par sa complexité. Depuis la crise financière de 2009, la construction n’a pas suivi la demande dans de nombreux pays, avec des écarts marqués entre les marchés: l’Espagne et l’Allemagne affichent des déficits importants, tandis que la France se rapproche de sa moyenne historique. A l'échelle européenne, les besoins sont estimés à environ 2,25 millions de logements par an, contre 1,6 million en 2024.

Le défi est avant tout structurel. La fragmentation des marchés, la diversité des réglementations et le manque de standardisation limitent une hausse rapide de l'offre. Les initiatives publiques visent à surmonter ces obstacles, notamment en harmonisant les normes et en promouvant la construction en bois.

L’accessibilité, principal facteur de blocage

La pénurie de logements ne relève pas uniquement d'un problème d'offre. Depuis 2015, les prix de l’immobilier ont augmenté d’environ 60% dans l’Union européenne, tandis que les revenus n’ont pas suivi à un rythme similaire. A cela s'ajoute la hausse des taux d'intérêt depuis 2022, qui a fortement renchéri le coût du financement. Même là où la construction progresse, l’accession à la propriété reste donc hors de portée pour une grande partie des ménages.

A cela s'ajoute un problème structurel: la faible productivité du secteur de la construction. Contrairement à d'autres industries, celle-ci stagne depuis des décennies, voire a reculé aux États-Unis. L’absence de gains de productivité continue d’alimenter la hausse des coûts et de freiner l’expansion pourtant nécessaire de l’offre de logements.

Le capital naturel comme bénéficiaire structurel

Dans ce contexte, le lien avec le capital naturel est évident. Le secteur résidentiel est l'un des principaux débouchés pour le bois. Aux Etats-Unis, plus des deux tiers de la consommation de bois sont liés à la construction résidentielle et une corrélation étroite existe également entre l'activité de construction et la demande de bois en Europe.

L’augmentation attendue de la construction devrait donc soutenir fortement la demande de bois issu de sources durables. Les usages les plus importants concernent le bois de construction pour les structures porteuses, les produits d'ingénierie du bois, comme le bois lamellé-croisé, ainsi que les applications dans l'aménagement intérieur, le mobilier et les revêtements de sol. En Europe, la construction en bois prend de l'importance, car elle contribue à atteindre des objectifs politiques majeurs, comme la décarbonation, le développement de chaînes de valeur locales et une meilleure industrialisation du secteur.

Le plan européen pour un logement abordable vise à augmenter l'offre en harmonisant les codes de construction et en soutenant le bois d'ossature, tandis que les Etats membres ciblent productivité, décarbonisation et emplois forestiers. Le développement de la filière bois massif pourrait accélérer la reprise immobilière, stimuler la demande, stocker du carbone et favoriser une croissance durable.

Malgré ces perspectives favorables, l’Europe reste un marché complexe pour les investisseurs institutionnels. Les ressources forestières y sont en effet très fragmentées et les opportunités d'investissement à grande échelle restent limitées. Parallèlement, les pouvoirs publics s’efforcent de lever ces contraintes, notamment via des programmes de soutien à la construction en bois et des efforts de standardisation des processus de construction. Ces initiatives pourraient à la fois stimuler l’activité de construction et renforcer durablement la demande de bois.

Un soutien structurel pour les investissements forestiers

La pénurie mondiale de logements ne relève pas d'un simple cycle conjoncturel. Elle résulte d'un déficit structurel accumulé depuis plusieurs années. Sa résorption prendra du temps, mais elle devrait entraîner une hausse durable de l’activité de construction.

Pour les investisseurs en capital naturel, cela signifie que la demande de bois est appelée à augmenter sur le long terme. Les régions les mieux positionnées sont celles où la construction peut être rapidement intensifiée, où les contraintes d'accessibilité sont moins marquées et où les ressources forestières sont abondantes. Malgré ses défis structurels, l’Europe pourrait, aux côtés des Etats-Unis et de l’Australie, bénéficier de cette dynamique.

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