Le choc énergétique lié à la guerre en Iran ravive les craintes de stagflation, un contexte économique difficile combinant inflation élevée et croissance atone. Dans un tel environnement, les investisseurs cherchent naturellement des actifs capables de mieux résister à l’érosion du pouvoir d’achat tout en offrant une certaine stabilité des revenus. Les infrastructures figurent parmi ces solutions.
À l’image de l’immobilier coté, qui a surperformé les actions depuis le début de l’année, certaines infrastructures comme les data centers, la logistique ou les entrepôts bénéficient directement des grandes tendances structurelles, notamment la digitalisation et l’essor de l’intelligence artificielle. Surtout, une part importante de leurs revenus est indexée sur l’inflation, ce qui renforce leur caractère défensif en période de tensions sur les prix.
Un univers vaste et essentiel
Les infrastructures recouvrent un champ d’activités très large: réseaux de télécommunications (fibre optique, 5G, data centers), production et transport d’énergie (pipelines, centrales, terminaux), transports (routes, chemins de fer, ports, aéroports), transition énergétique (éolien, solaire, stockage, séquestration du carbone) ou encore services aux collectivités (eau, assainissement).
Ces actifs ont plusieurs caractéristiques communes: ils fournissent des services indispensables à la société, reposent sur des investissements lourds et de long terme, bénéficient de barrières à l’entrée élevées et génèrent des flux de trésorerie relativement prévisibles sur de longues périodes.
Des atouts défensifs convaincants
Les infrastructures sont peu sensibles au cycle économique, car la demande pour leurs services reste généralement stable. Elles affichent ainsi une faible corrélation avec les actions et les obligations, ce qui améliore la diversification des portefeuilles et permet d’en réduire la volatilité globale.
Les infrastructures régulées opèrent souvent en situation de monopole ou de quasi-monopole et disposent de mécanismes tarifaires indexés sur l’inflation. Résultat: en période inflationniste, leurs revenus progressent souvent plus vite que leurs coûts. Les infrastructures moins régulées – autoroutes à péage, aéroports ou data centers – présentent des revenus plus cycliques, mais offrent un potentiel de croissance plus élevé lors des phases de reprise économique, au sein d’une allocation diversifiée.
Des besoins d’investissement massifs
Dans de nombreux pays développés, une grande partie des infrastructures est vieillissante, surutilisée ou obsolète. Or, l’endettement public limite la capacité des États à financer seuls leur modernisation. Les capitaux privés sont dès lors appelés à jouer un rôle clé, comme en témoigne l’intérêt croissant des investisseurs pour cette classe d’actifs.
Selon McKinsey, les besoins d’investissement mondiaux pourraient atteindre 110'000 milliards de dollars d’ici 2040, sous l’effet combiné de la transition énergétique, de la digitalisation et de l’urbanisation. L’OCDE estime qu’à politiques inchangées, un déficit d’investissement significatif pourrait émerger, renforçant encore l’attractivité des infrastructures pour les investisseurs de long terme.
Trois moteurs structurels
La digitalisation constitue un premier moteur majeur. La croissance exponentielle des données, portée par l’IA, la 5G et l’Internet des objets, entraîne une explosion des besoins en data centers et en réseaux numériques toujours plus performants et sécurisés.
La transition énergétique est un second pilier. La décarbonation de l’économie implique des investissements considérables dans les énergies renouvelables, le stockage, les réseaux électriques intelligents et l’électrification des usages, tant pour les ménages que pour les entreprises.
Enfin, la démographie et l’urbanisation soutiennent durablement la demande. Une part croissante de la population mondiale vit en milieu urbain, ce qui nécessite des investissements continus dans les transports, l’énergie, l’eau et les télécommunications, en tenant compte des nouvelles attentes environnementales et sociétales.
Performance et résilience
Portées par ces tendances de long terme, les infrastructures ont historiquement offert un rendement attractif assorti d’une volatilité maîtrisée. Malgré un contexte géopolitique tendu, les actions du secteur continuent de surperformer les marchés globaux, soutenues par une croissance bénéficiaire solide et une meilleure visibilité des revenus.
Dans un monde marqué par l’incertitude, les pressions inflationnistes et les tensions géopolitiques, les infrastructures s’imposent ainsi comme un pilier stratégique de l’allocation d’actifs, combinant résilience, diversification et potentiel de création de valeur à long terme.