Accélérer le déploiement de petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR), c’est l’option retenue par la Commission européenne pour trouver une alternative aux énergies fossiles et soutenir le réseau électrique lorsque, comme aujourd’hui, les prix du pétrole et du gaz sont trop élevés en raison des troubles géopolitiques, ou lorsque la production éolienne et solaire est insuffisante. Une piste qui, en bourse, devrait continuer à propager des radiations positives dans le secteur du nucléaire civil…
- Trouver des alternatives aux combustibles fossiles est à la fois urgent, compte tenu de la très forte instabilité géopolitique dans les pays du Golfe et des enjeux climatiques, et difficile à mettre en œuvre car un système énergétique reposant uniquement sur les énergies renouvelables n’est pas concevable!
- Bien que les installations solaires, éoliennes et hydrauliques soient en plein essor, elles ne peuvent pas fournir de l'électricité en permanence. Le cas de la Californie est un bon exemple. Malgré un taux d’ensoleillement de 320 jours par an et un gros tiers de la production électrique provenant des énergies renouvelables, les Californiens vivent sous la menace quasi permanente de coupures électriques lors des pics de chaleur. Pendant ces épisodes, les besoins en termes de climatisation peuvent, en effet, représenter jusqu’à 70% de leur demande d’électricité.
- Fortement décriée au lendemain des accidents de Fukushima, Tchernobyl et Three Mile Island, l’énergie nucléaire semble, du coup, revenir en odeur de sainteté. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime qu'au cours des 50 dernières années, l'énergie nucléaire a permis d'éviter deux années d’émissions de dioxyde de carbone! Un constat qui a amené en février 2024, la Commission européenne à attribuer le label d’énergie «verte» au nucléaire. Le mois dernier, elle a enfoncé le clou en reconnaissant que l’Union européenne avait commis une «erreur stratégique» en tournant le dos à l’énergie nucléaire. Alors qu’en 1990 près d’un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, cette part n’est plus aujourd’hui que d’environ 15%! Inutile de préciser que la guerre en Iran est venu brutalement rappeler la forte dépendance de l’économie européenne aux énergies fossiles, les prix du pétrole et du gaz ayant fortement augmenté depuis le début du conflit.
- Si les gouvernements souhaitent renforcer la sécurité énergétique et la compétitivité industrielle, répondre à la demande croissante d’électricité émanant, notamment, des infrastructures liées à l’IA et ramener les émissions nettes de CO₂ à zéro, il faudra, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), que l’industrie nucléaire civile double de taille au cours des deux prochaines décennies! À l’heure actuelle, 440 réacteurs (environ 400 GW, c’est-à-dire 9 à 10% de la production mondiale d’électricité) sont en exploitation dans le monde. Sachant que les projets de construction de nouveaux réacteurs sont au nombre de 60 (environ 80 GW), il va falloir mettre les bouchées doubles !
Se doter de réseaux électriques plus verts grâce aux SMR
- La course au gigantisme ayant manifestement atteint ses limites, le monde du nucléaire civil semble trouver la parade en imaginant des centrales de plus petite taille. Plusieurs pays et entreprises ont annoncé des initiatives ou des partenariats afin de développer une nouvelle génération de réacteurs nucléaires modulaires (SMR), dont certains seront près de 90% plus petits que les imposantes installations érigées ces dernières décennies. Parmi les pistes imaginées, il y a même un prototype qui pourrait tenir dans une maison individuelle.
- Ces nouvelles centrales ont en commun qu’elles sont conçues pour être plus rapides et plus faciles à construire, mais aussi plus sûres car elles sont moins «gourmandes» en uranium. La Commission européenne semble convaincue par cette nouvelle technologie, puisqu’elle a présenté en mars un plan visant à accélérer le développement de SMR en Europe, afin de pouvoir produire entre 17 et 53 GW d’ici 2050.
- Les acteurs publics ne sont pas les seuls à se lancer dans l’aventure du nucléaire. Les entreprises entrent, elles aussi, dans la danse. Microsoft, qui est en quête d’énergie décarbonée pour alimenter ses data centers, a récemment annoncé un accord spectaculaire visant à financer la réactivation de la tristement célèbre centrale de Three Mile Island. Amazon a, pour sa part, déboursé 650 millions de dollars pour acquérir un campus de data centers connecté à la centrale nucléaire de Talen Energy, en Pennsylvanie.
Les investisseurs se laissent séduire
- Du coup, les investisseurs répondent, eux aussi, présents à l’appel en injectant de plus en plus de capitaux dans le secteur du nucléaire civil. Pour preuve, l'indice Solactive Global Uranium & Nuclear Components, qui est consacré à ce secteur ainsi qu’aux sociétés actives dans l'extraction et l'exploration d'uranium, a gagné plus de 730% (en euros) depuis son point bas de mars 2020, en pleine crise de la Covid-19 (voir le graphe). A titre de comparaison, l’indice MSCI des principales actions mondiales s’est apprécié de 220% sur la période. Une surperformance appelée à se poursuivre si l’on en croit les prévisions des analystes qui s’attendent à ce que le bénéfice par action moyen du secteur progresse de l’ordre de 25% (en rythme annuel) en 2026 et 2027.
