Les publications de résultats trimestriels et l’espoir d’une désescalade au Moyen-Orient amplifient le rebond des actions et le resserrement des spreads. L’annonce, vendredi, de la réouverture du détroit d’Ormuz a propulsé les marchés encore plus haut.
Les marchés financiers semblent avoir totalement éludé le conflit. Sur les actions, la microéconomie reprend le dessus sur l’environnement international et la conjoncture. Les premières publications de résultats se révèlent conformes à des attentes pourtant élevées, avec une croissance des BPA de l’ordre de 15% aux États-Unis. Les valeurs technologiques – notamment dans le sillage de TSMC – tirent les indices à la hausse. Les primes de terme sur les taux longs se contractent: le Bund repasse sous les 3% et le T-note s’approche de 4,20%. Les spreads de crédit sont déjà revenus à leurs niveaux d’avant la guerre en Iran. Le dollar, davantage baromètre de l’aversion au risque que véritable valeur refuge, recule.
Pétrole: soutien extérieur mais pression sur le consommateur
La hausse du pétrole exerce un double effet: elle contraint la demande des ménages tout en améliorant sensiblement le solde extérieur américain. Les exportations de produits pétroliers ont atteint 12,7 mb/j la semaine passée, la fermeture du détroit d’Ormuz ayant redirigé les flux vers les côtes américaines. Parallèlement, le revenu réel des ménages est pénalisé par le renchérissement de l’énergie. La dégradation des enquêtes de confiance est marquée, comme l’illustre l’indice de l’University of Michigan. La consommation discrétionnaire fléchit depuis le quatrième trimestre, sur fond de transactions immobilières au plus bas. La confiance des promoteurs recule nettement, l’enquête de la NAHB ressortant à 34 en avril.
En Chine, la croissance a atteint 5% sur un an au premier trimestre. Les ventes au détail poursuivent toutefois leur ralentissement, tandis que l’investissement productif montre des signes de redressement dans le secteur privé. L’investissement immobilier chute encore de 11% sur un an. La croissance chinoise repose désormais principalement sur les exportations. En zone euro, l’inflation a été révisée à la hausse à 2,6% après plusieurs ajustements en France, en Italie et en Espagne, tandis que l’inflation sous-jacente reste stable à 2,3%.
Des marchés alignés sur un scénario de sortie de crise
L’évolution des prix des actifs financiers apparaît cohérente avec un scénario de sortie de crise. Les nouvelles sont interprétées de manière asymétrique, favorisant les bonnes surprises. La volatilité implicite recule sous 20% sur les dérivés actions, tandis que les indices boursiers inscrivent de nouveaux records au Japon et aux États-Unis. Les valeurs technologiques continuent de porter les marchés, et les résultats des banques américaines dépassent nettement les attentes. La publication de leurs expositions au marché du crédit privé – supérieures à 100 milliards de dollars au total – n’a pas inquiété les investisseurs.
Sur les marchés obligataires, le Bund repasse sous le seuil de 3%, tandis que le T-note se détend également (-9 points de base sur la semaine, à 4,23%), dans le sillage du repli du pétrole, accentué par la réouverture du détroit d’Ormuz. La baisse du brut conduit les marchés à revoir à la baisse la trajectoire des taux de la BCE. Les Gilts restent les plus sensibles au sentiment de marché, compte tenu de la position délicate de la Banque d’Angleterre face aux risques inflationnistes.
Sur le crédit, la demande lors des adjudications demeure soutenue et les spreads se resserrent. L’euro investment grade s’échange à 67 points de base au-dessus des swaps, soit 2 points de base de moins qu’au déclenchement du conflit. Le segment high yield accuse encore un certain retard. La poursuite de la compression des spreads pourrait ainsi parachever le rebond des actifs risqués.