Le dilemme de l’IA et les déboires du crédit privé

Axel Botte, Ostrum AM

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Le recul des taux longs reflète moins un apaisement durable des tensions inflationnistes qu’un repositionnement défensif face aux risques financiers et géopolitiques.

©Keystone

 

Les taux sans risque poursuivent leur repli. Le rendement du T-Note américain à 10 ans est passé sous 4%, tandis que le Bund allemand évolue sous 2,70%. Ce mouvement s’explique avant tout par un regain d’aversion pour le risque lié aux tensions observées sur le marché du crédit privé, malgré la persistance de signaux inflationnistes dans plusieurs économies avancées.

Fragilités du crédit privé et retour des valeurs refuge

Les difficultés rencontrées par certains grands acteurs du crédit privé, dont KKR et MFS Investment Management, ont ravivé les inquiétudes sur la liquidité et les valorisations dans les segments non cotés et structurés. Les spreads de crédit s’écartent modérément, signe d’une prudence accrue sans désordre systémique à ce stade. L’indice iTraxx Crossover évolue autour de 260 points de base, traduisant un coût de couverture plus élevé sur le segment high yield européen.

Dans ce contexte, les emprunts d’Etat redeviennent le principal refuge. La détente des taux japonais – le 10 ans évoluant autour de 2,14% – contribue également au mouvement global de baisse des rendements via les flux internationaux.

Inflation résiliente et tensions géopolitiques

Les surprises inflationnistes se multiplient en Australie, au Japon, en zone euro et aux Etats-Unis. Les prix à la production américains progressent de 2,9% sur un an. Parallèlement, le risque d’intervention militaire en Iran entretient une pression haussière sur le pétrole, le Brent évoluant autour de 72 dollars le baril.

Malgré ces facteurs inflationnistes, la baisse des rendements traduit une priorité donnée par les investisseurs à la gestion du risque financier plutôt qu’à la trajectoire des prix. En zone euro, les spreads souverains s’écartent légèrement. L’OAT française (57 pb à 10 ans) surperforme marginalement le BTP italien (60 pb) ces dernières semaines.

Le débat au sein de la Fed face au choc de l’IA

Les enquêtes régionales de février signalent un léger infléchissement de la croissance américaine. Sur le marché immobilier, les prix rebondissent en raison d’un stock limité de logements disponibles, tandis que les ventes dans l’ancien demeurent proches de leurs plus bas historiques, autour de 4 millions de transactions annualisées.

Au sein de Federal Reserve, le débat s’intensifie quant aux implications macroéconomiques de l’intelligence artificielle. La substitution capital-travail pourrait relever le taux de chômage d’équilibre, tout en augmentant la croissance potentielle et le taux d’intérêt neutre. Dans ce scénario, une baisse des taux directeurs stimulerait la demande mais ne contiendrait pas nécessairement une hausse du chômage d’origine technologique. La banque centrale pourrait ainsi se trouver confrontée à une dégradation du marché du travail peu sensible à l’outil monétaire traditionnel.

Les jeunes diplômés seraient particulièrement exposés. Des difficultés d’insertion prolongées pourraient entraîner une perte de capital humain, des salaires durablement inférieurs aux attentes et une aggravation des défauts sur la dette étudiante.

Marchés actions: stabilité des indices, volatilité sous-jacente

Les marchés actions restent globalement stables, bien que la volatilité au niveau des titres individuels soit élevée. L’indice S&P 500 progresse sur la semaine, mais la dynamique en séance demeure fragile. En Europe, les services publics et les financières surperforment la santé et la technologie.

En Asie, la performance reste remarquable: le KOSPI affiche une progression d’environ 48% depuis le début de l’année 2026, tandis que le Nikkei 225 avance d’environ 17%. La pente de la courbe des JGB continue d’attirer les flux étrangers, contribuant à la détente des rendements mondiaux.

En définitive, le recul des taux longs reflète moins un apaisement durable des tensions inflationnistes qu’un repositionnement défensif face aux risques financiers et géopolitiques. Derrière la stabilité apparente des grands indices, la dispersion sectorielle et la volatilité microéconomique signalent un environnement de marché plus fragile. L’essor de l’IA ajoute une dimension structurelle inédite, susceptible de transformer durablement l’équilibre du marché du travail et les paramètres de la politique monétaire.


NDLR. Article écrit le 27 février.

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