Le patron d’Unicredit a accentué lundi la pression sur sa rivale allemande Commerzbank, qui a aussitôt rejeté son approche «hostile», l’accusant de présenter de «façon trompeuse» son offre de rachat à 35 milliards d’euros.
Dans une opération de séduction aux actionnaires de Commerzbank, Andrea Orcel a attaqué la stratégie de sa concurrente allemande, assurant qu’il serait mieux en mesure de défendre la banque, lors d’une conférence pour les analystes financiers.
L’offre publique d’achat (OPA) d’Unicredit est politiquement explosive en Allemagne, où une fusion entre les deux établissements ferait de la banque italienne un acteur dominant dans la première économie européenne.
Unicredit est déjà le principal actionnaire de la Commerzbank et l’Etat allemand détient 12% du capital de Commerzbank, héritage de la crise financière de 2008.
«Sape la confiance des actionnaires»
L’offre, qui sera formellement lancée en mai, via un échange volontaire d’actions, valorise la cible à environ 35 milliards d’euros.
Mais pour Commerzbank, ce plan constitue une «nouvelle escalade dans une approche extrêmement agressive et hostile».
«Une tentative de rachat de cette manière se fait au détriment d’une augmentation de la valeur pour les actionnaires et sape la confiance des parties prenantes», ajoute la banque allemande dans un communiqué publié après la clôture de la Bourse.
Lundi, Andrea Orcel a proposé un nouveau plan stratégique ambitieux pour la banque allemande et répondu aux «fables» de ceux qui critiquent cette OPA hostile.
La stratégie actuelle de Commerzbank repose trop sur des «conditions externes» et sur «la croissance internationale», a lancé Andrea Orcel. «Commerzbank peut créer beaucoup plus de valeur qu’aujourd’hui et sa trajectoire actuelle met en danger sa survie à moyen terme», a-t-il lancé.
Le plan d’Unicredit prévoit que Commerzbank se «recentre sur l’Allemagne» avec une croissance plus rapide, a assuré Andrea Orcel.
Ce plan appelé «Unlocked» (délivré) prévoit aussi d’appliquer la «méthode Unicredit» en numérisant davantage les activités de la banque, via 800 millions d’euros d’investissement d’ici 2030, et en sécurisant les activités de Commerzbank à l’international.
Unicredit prévoit ainsi un résultat net de 5,1 milliards d’euros en 2028, contre les 4,2 prévus par le plan stratégique présenté par Commerzbank début 2025.
Unicredit a aussi assuré que l’OPA provoquerait «moins de la moitié» des 15.000 suppressions de postes en Allemagne annoncées par un responsable syndical de Commerzbank.
Une «éventuelle révision» de l’offre dépendra du niveau d’adhésion à l’OPA, a indiqué le patron d’Unicredit. Selon lui, la valorisation de Commerzbank intègre déjà en partie son rachat par Unicredit.
Si Unicredit ne réussit pas à «prendre le contrôle» de Commerzbank, Andrea Orcel retient que sa banque serait tout de même «gagnante du point de vue financier».
«Dans ce scénario, nous nous mettons en retrait et, probablement, les gens nous remercieront dans deux ans parce que nous pourrons peut-être réaliser une meilleure transaction», a-t-il lancé.
«Leader allemand solide»
Et si l’OPA venait à réussir, Commerzbank ne serait pas intégrée au groupe avant 2028, a dit Andrea Orcel. Ensuite, il pourrait «combiner deux grandes banques allemandes, Commerzbank et HypoVereinsbank (filiale d’Unicredit en Allemagne, ndlr), en un leader allemand solide et compétitif, faisant partie d’un grand groupe fédéral paneuropéen», en mesure de «gagner face aux nouveaux entrants américains et aux fintechs».
La banque Barclays a relevé la recommandation de Commerzbank à «surpondérer» et passé l’objectif de cours à 42 euros.
Le président du lobby des banques privées allemandes, Christian Sewing, a réagi le premier lundi matin à l’annonce d’Unicredit.
«Le marché bancaire européen est très concurrentiel. Mais les investisseurs disent que, en Allemagne, nous avons un système dit des trois piliers (les banques privées, coopératives et caisses d’épargne publiques). De ce fait, il s’agit d’une situation spécifique. Je pense qu’il ne faut pas, pour ainsi dire, parler trop vite de changements dans ce marché».
«En tant que président de l’Association des banques allemandes, je dois vous dire très honnêtement que je trouve assez rassurant de voir comment les banques allemandes ont évolué ces dernières années (...) Il est encourageant de constater que nous avons travaillé sur notre rentabilité et ainsi renforcé notre propre résilience».