Energie: enlisement dans les sables mouvants

Norbert Rücker, Julius Baer

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Il faudrait des dégâts importants aux infrastructures pour que le conflit déstabilise durablement l’économie mondiale, ce qui n’est pas encore le cas.

 

La phase critique de la guerre en Iran semble s’éterniser. L’issue du conflit reste incertaine et plonge le marché dans une incertitude profonde. Il n’est pas encore clair si les négociations en cours ont définitivement échoué et si le cessez-le-feu – qui s’est pourtant révélé assez efficace durant week-end – va bientôt voler en éclats.

Dans ce contexte d’incertitude et de manque de visibilité, il vaut la peine de se concentrer sur les indicateurs définis dans nos scénarios. Une perturbation prolongée de l'approvisionnement énergétique est nécessaire pour déstabiliser durablement l'économie mondiale, et cela suppose des dommages aux infrastructures importants afin de provoquer une interruption significative des flux énergétiques en provenance du Moyen-Orient. Jusqu'à présent, le conflit a certes réduit la production et les exportations, mais n'a pas causé de dommages majeurs et étendus aux installations énergétiques de la région. 

Parmi les surprises de cette crise figurent la défense réussie des infrastructures face aux attaques, ainsi que la rapidité et l'ampleur de la mise en place de voies d'exportation énergétiques alternatives. Ces deux facteurs ont considérablement limité le choc d’approvisionnement et permis de réorienter les chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales en dehors du Golfe Persique. Alors que les stocks de pétrole en mer ont considérablement diminué, les stocks terrestres résistent généralement mieux que prévu, à l’exception de certains produits pétroliers, principalement en Asie. La reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales, qui touche bientôt à sa fin, devrait ralentir la pression sur les stocks et prolonger la marge de sécurité. 

Cela dit, la dynamique du conflit a de nouveau évolué. Avec l’annonce blocus, les États-Unis cherchent à déplacer le trafic du détroit d’Ormuz des eaux territoriales iraniennes vers les eaux territoriales d’Oman, afin de rétablir la liberté du commerce tout en limitant les exportations de pétrole iranien, jusqu’à présent pas été affectées. Le détroit d’Ormuz n’a jamais été effectivement fermé, le trafic s’étant réduit à un filet avant de reprendre récemment. Ce corridor sud constituait la principale voie commerciale en temps de paix, avec très peu de navires en transit depuis l’escalade du conflit, tandis que le corridor nord, contrôlé et sécurisé par l’Iran, enregistrant un trafic croissant depuis la mi-mars. 
Ainsi, les jours à venir devraient probablement être marqués par une intensification des perturbations de l’approvisionnement, après plusieurs semaines d’accalmie, à mesure que les transporteurs réduisent leurs transits et que le commerce iranien diminue. Le blocus américain doit être considéré comme faisant partie de la phase de négociations, une phase rendue plus compliquée par la division du régime iranien en factions aux visions stratégiques divergentes. 

Nous maintenons nos scénarios et les probabilités associées inchangés pour le moment et réitérons notre opinion neutre sur le pétrole et le gaz.

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