Aux Etats-Unis, le protectionnisme est un échec mais se renforce

Emmanuel Garessus

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Les droits de douane américains coûtent cher mais le gouvernement étend sa politique aux médicaments. Un échec programmé.

 

Dans un contexte de choc énergétique qui tend à se transformer en choc sur d’autres chaînes d’approvisionnement, l’interventionnisme ne cesse de croître et, dans son sillage, les risques géopolitiques et financiers. Le protectionnisme a durablement remplacé les vertus du marché libre. Au nom de la souveraineté nationale et de la sécurité, les barrières aux échanges s’accumulent. Le «Liberation Day» a marqué une étape clé de cette escalade protectionniste. Le fort relèvement des droits de douane était destiné à renforcer la production manufacturière locale. Mais quel est leur bilan un an après? Quelles pistes alternatives sont proposées?

Le bilan économique des droits de douane américains est très bien analysé par la Tax Foundation dans un rapport. En clair, aucun objectif visé par Donald Trump n’a été atteint. 

Les Etats-Unis n’ont pas assisté à leur «renaissance industrielle». L’emploi manufacturier a poursuivi son déclin au même rythme que précédemment. Il a diminué de 89'000 depuis avril 2025.

Les investissements directs étrangers n’ont pas davantage augmenté. En 2025, ils sont restés inférieurs à la moyenne et inférieurs à chacune des 4 années précédentes. 

La Tax Foundation a raison d’ajouter que les droits de douane n’étaient pas «réciproques». Ils se basaient sur le déséquilibre commercial avec les autres pays, alors que ces déséquilibres ne mesurent nullement l’étendue d’éventuelles barrières commerciales.

Divers économistes attaquent les droits de douane de l’Administration Trump mais de nombreux acceptent l’argument de sécurité nationale pour redessiner les chaînes d’approvisionnement.

Les droits de douane ratent leur cible

Les droits de douane n’ont pas enrichi l’Etat américain autant que prévu. Leurs revenus ont atteint 264 milliards de dollars. La dette s’est encore accrue et elle promet de l’être davantage avec le nouveau budget militaire. 

Enfin, les prix à la consommation ont été relevés à cause des droits de douane. Selon le Pricing Lab de Harvard, 24% des droits de douane ont été reportés sur les prix de vente, contribuant à une hausse de 0,76 point de l’indice des prix à la consommation.

Ces estimations annuelles ont toutefois une portée limitée dans la mesure où les effets des droits de douane sur l’investissement peuvent attendre plusieurs années avant de se déployer et qu’ils sont susceptibles de modifier les comportements à long terme. Mais après un an le bilan est clairement négatif.

L’argument sécuritaire

Divers économistes attaquent les droits de douane de l’Administration Trump mais de nombreux acceptent l’argument de sécurité nationale pour redessiner les chaînes d’approvisionnement.

Dans «Supply Chains, National Security, and the Limits of Industrial Policy» (publiée par Economic Substrack), les économistes Joshua Rauh et Gregory Kearney montrent que «l’étape la plus importante consiste à résoudre les problèmes réels». La précision est importante. L’analyse des avantages comparatifs est par exemple faussée par différents types de subventions, par exemple en Chine. L’Empire du Milieu utilise par ailleurs sa position dans les terres rares pour peser dans ses discussions avec les Etats-Unis. Il en résulte que le degré de dépendance chinoise des produits militaires américains est élevé, selon les auteurs. Ceux-ci proposent des pistes de réforme du mode d’autorisation du raffinage des terres rares ainsi que de l’audit des chaînes d’approvisionnement et à leur extension.

L’argument de la sécurité est servi de plus en plus fréquemment, y compris pour les nouveaux droits de douane sur les médicaments. «Cela entraînera une hausse des prix d'une grande partie des 53% de médicaments sous brevet importés par les acheteurs américains, et une augmentation des prix pour une grande partie des autres médicaments en raison de la hausse des coûts des intrants», observe l’institut Cato. Il en résultera une hausse des prix «de l'insuline, des statines (par exemple l'atorvastatine, le médicament le plus fréquemment prescrit aux États-Unis-contre le cholestérol LDL-), de certains antihistaminiques de deuxième génération, des opioïdes analgésiques, de la pseudoéphédrine, des anticorps monoclonaux (utilisés pour traiter le cancer, les maladies auto-immunes et d'autres pathologies) et des antidépresseurs.»

Ces droits de douane disposent d’une solide base juridique et ne devraient pas être invalidés. Selon les analystes, les deux groupes pharmas suisses ne seront toutefois pas touchés. Un grand nombre d’exceptions sont d’ailleurs prévus par les Etats-Unis.

Mais si l’argument de la sécurité nationale progresse dans le contrôle des échanges, c’est celui de l’efficacité qui décline. Et avec lui c’est la prospérité qui est remise en cause.

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