A partir de quel niveau du prix du baril, le renouvelable (re) devient investissable

John Plassard, Cité Gestion

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Le pétrole élevé finance sa propre disparition. Plus les prix restent élevés, plus ils incitent à investir dans des alternatives.

 

Nous entrons dans un moment charnière où l’énergie cesse d’être une simple variable macroéconomique pour devenir un enjeu stratégique global. Le choc actuel, alimenté par les tensions au Moyen-Orient et la perturbation des flux via le détroit d’Ormuz, a propulsé le pétrole vers les 100 dollars, soit une hausse proche de 50%. Mais au-delà du mouvement de prix, c’est bien un changement de régime qui se dessine, avec une énergie plus rare, plus volatile et profondément géopolitique. Dans ce contexte, les arbitrages d’investissement évoluent rapidement et remettent les énergies renouvelables au centre du jeu.

Contrairement à une perception encore répandue, les renouvelables ne relèvent plus d’un pari futuriste. Elles sont déjà compétitives. Les données issues de Lazard, de l’Agence internationale de l’énergie et d’IRENA convergent: dans la majorité des cas, le solaire et l’éolien sont désormais les sources les moins coûteuses pour produire de l’électricité. Plus de 90% des nouveaux projets renouvelables sont aujourd’hui plus compétitifs que les alternatives fossiles. Cette bascule est structurelle, portée par des gains technologiques, une industrialisation massive et des économies d’échelle. Autrement dit, la transition énergétique est déjà engagée, indépendamment du contexte politique.

Mais le véritable point clé réside dans le niveau du prix du pétrole. Historiquement, un baril entre 70 et 90 dollars constitue une zone d’équilibre où les renouvelables deviennent particulièrement attractives. Entre 90 et 110 dollars, l’arbitrage devient évident: entreprises et États accélèrent leurs investissements dans les infrastructures vertes. Au-delà de 120 dollars, la logique change de nature: il ne s’agit plus seulement de coût, mais de sécurité énergétique. Les précédents historiques, des chocs pétroliers des années 1970 à la guerre en Ukraine, montrent que chaque flambée durable des prix déclenche une vague d’investissement dans les alternatives.

Ce cycle est aujourd’hui amplifié par un changement profond de la demande. Le choc énergétique actuel est à la fois inflationniste, géopolitique et durable. Les acteurs économiques ne cherchent plus simplement à optimiser leurs coûts à court terme, mais à sécuriser leur accès à l’énergie. Cela entraîne une accélération des politiques publiques, des investissements dans les réseaux et le stockage, ainsi qu’une électrification croissante des usages industriels. Les renouvelables deviennent ainsi un outil de stabilisation des coûts et non plus uniquement une solution environnementale.

Malgré ces fondamentaux solides, le secteur reste sous-valorisé en Bourse. La hausse des taux d’intérêt, la concurrence des valeurs technologiques liées à l’intelligence artificielle et certaines incertitudes réglementaires ont pesé sur les valorisations. Pourtant, cette sous-performance contraste avec l’amélioration des perspectives de long terme. Ce décalage crée un point d’entrée intéressant pour les investisseurs capables de se projeter au-delà du cycle actuel.

Par ailleurs, le rôle des États devient déterminant. Les grandes économies multiplient les plans de soutien, cherchant à réduire leur dépendance énergétique et à renforcer leur souveraineté. Les politiques publiques offrent désormais une visibilité accrue au secteur, élément clé pour les investisseurs institutionnels. La transition énergétique n’est plus uniquement portée par le marché, elle est activement orchestrée par les gouvernements.

Enfin, un paradoxe mérite d’être souligné: le pétrole élevé finance sa propre disparition. Plus les prix restent élevés, plus ils incitent à investir dans des alternatives. Ce mécanisme auto-renforçant pourrait, à terme, réduire structurellement la demande de pétrole. Ainsi, le baril agit à la fois comme un signal d’alerte et comme un catalyseur de transformation.

En conclusion, les énergies renouvelables redeviennent investissables dès que le pétrole s’installe durablement au-dessus de 80-90 dollars, et deviennent incontournables au-delà de 100 dollars. Le marché commence à intégrer cette réalité, mais probablement avec retard. Comme souvent, ce n’est pas la direction qui est mal anticipée… mais le timing.

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