Le crédit privé a fait l'objet d'une attention accrue ces derniers mois, notamment parce que certains fonds semi-liquides sont confrontés à une hausse des défauts de paiement et à des pressions sur la liquidité. Il est toutefois important que les investisseurs prennent conscience que le crédit privé ne constitue pas une classe d'actifs unique et homogène. Il englobe un large éventail de stratégies présentant des profils risque/rendement très différents. Une grande partie des critiques récentes s'est concentrée sur un segment spécifique: les fonds qui prêtent à des entreprises fortement endettées, c'est-à-dire des entreprises que les banques ne souhaitent pas financer. Il existe aujourd’hui deux discours contradictoires concernant le crédit privé. L’un suggère que les banques se retirent du crédit aux entreprises, créant ainsi des opportunités pour les gestionnaires d’actifs. L’autre – motivé par des orientations réglementaires telles que le cadre de la Banque centrale européenne sur les prêts à effet de levier – encourage les banques à limiter leur exposition aux entreprises fortement endettées, généralement celles dont le ratio d’endettement est supérieur à 4 fois l’EBITDA ou qui présentent des profils de crédit plus faibles.
Cette prudence s'explique par les enseignements tirés de la crise financière mondiale, durant laquelle les taux de défaut des entreprises fortement endettées ont fortement augmenté. En conséquence, les banques – notamment en Europe – opèrent désormais dans un cadre réglementaire plus strict, ce qui se traduit par des pratiques de prêt plus prudentes.
Résilience en période de tensions sur les marchés
Le crédit parallèle s'inscrit parfaitement dans cette approche. Plutôt que de se substituer aux banques, les gestionnaires d'actifs prêtent aux côtés de celles-ci dans le cadre de structures senior sécurisées et pari passu, en vertu des mêmes contrats de prêt. Cela crée une forte convergence d'intérêts et intègre la discipline réglementaire dans le processus d'investissement. A ce titre, le crédit parallèle offre une alternative plus prudente au sein du crédit privé, fondée sur les mêmes principes de risque qui guident aujourd'hui les prêts bancaires. Un effet de levier plus faible est un facteur clé de la stabilité du crédit, car il offre aux entreprises une plus grande flexibilité pour absorber les chocs économiques.
Cette structure a historiquement fait preuve de résilience lors des périodes de tensions sur les marchés. Tant pendant la pandémie de COVID-19 que lors du choc inflationniste lié à l'énergie qui a suivi, les entreprises ont subi des pressions sur leurs bénéfices; pourtant, un niveau d'endettement initial prudent et le soutien des partenaires bancaires ont contribué à éviter les défauts de paiement. Dans certains cas, les facilités de trésorerie à court terme accordées par les banques ont servi de tampon supplémentaire, permettant aux entreprises de surmonter des perturbations temporaires et de se redresser au fil du temps.
La diversification est essentielle
La diversification et la granularité jouent également un rôle central. Les portefeuilles sont généralement répartis entre de nombreuses entreprises, secteurs et zones géographiques, ce qui réduit l'exposition à un emprunteur ou à un secteur en particulier. Parallèlement, la sélection sectorielle tend à privilégier les entreprises aux revenus stables et récurrents, tout en évitant les domaines présentant une volatilité plus élevée ou reposant sur des hypothèses de croissance agressives.
La gestion de la liquidité est un autre aspect important à prendre en compte pour les investisseurs. Si le crédit privé est intrinsèquement moins liquide que les marchés publics, les stratégies de prêt parallèles sont souvent conçues pour générer une liquidité naturelle au fil du temps. Celle-ci peut provenir de prêts amortissables qui remboursent progressivement le principal, de remboursements anticipés ou d’opérations de refinancement, ainsi que d’opportunités de transactions sur le marché secondaire, et d’allocations sélectives à des instruments de crédit plus liquides. Ensemble, ces caractéristiques contribuent à créer un profil de liquidité plus équilibré sans avoir à recourir à la vente d’actifs liquides en période de turbulences pour satisfaire les demandes de liquidité.
De plus, l'alignement des intérêts entre les prêteurs et les banques contribue à atténuer l'une des principales préoccupations actuelles en matière de crédit privé: le risque de conflits d'intérêts dans les modèles «originate-to-distribute». Les banques conservant une exposition significative, l'accent est mis conjointement sur la qualité de crédit à long terme plutôt que sur le volume des transactions à court terme. Cette dynamique peut favoriser des résultats plus stables au fil du temps, en particulier en période d'incertitude économique.
Une approche prudente
Dans le contexte actuel, où les conditions de marché sont plus incertaines et où les risques augmentent dans certains segments, la distinction entre les différents types de crédit privé revêt une importance croissante. Le crédit parallèle offre une approche plus prudente, caractérisée par un effet de levier plus faible, des structures plus solides et un alignement sur les institutions bancaires réglementées; il a fait ses preuves lors de la crise financière mondiale.
Pour les investisseurs souhaitant s'exposer au crédit privé, y compris via les canaux de détail, il est essentiel de bien comprendre ces différences. Bien qu'aucune stratégie ne soit sans risque, les approches qui privilégient la préservation du capital, la transparence et une souscription rigoureuse peuvent être mieux à même de générer des résultats plus stables tout au long des cycles de marché.