Les employeurs suisses seront toujours aussi peu enclins à embaucher au second trimestre. La dégradation du climat des recrutements pourrait accélérer le repositionnement du travail temporaire dans les stratégies des entreprises. L’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) ne fait pas encore l’unanimité faute de structures et de nuances.
Au deuxième trimestre, les perspectives nettes d’emploi (PNE) ont reculé de 13 points de pourcentage par rapport à la même période l’an dernier pour s’établir à 18%, rapporte le rapport trimestriel de Manpower paru mardi. La Suisse se situe 3 points de pourcentage en dessous de la moyenne européenne.
Ce ralentissement s’explique par l’incertitude économique, la faiblesse de la demande mondiale, l’accélération de l’automatisation ainsi qu’une attention accrue portée à la productivité.
«Nous observons que l’évolution du contexte incite les entreprises à recourir davantage à des modèles d’emploi flexibles. Le travail temporaire semble devenir une composante permanente des stratégies RH modernes. Dans le même temps, les entreprises souhaitent pouvoir s’assurer rapidement les services de talents», explique Eric Jeannerod, directeur national de ManpowerGroup Suisse.
Entravée, l’IA ne remplace pas
Par ailleurs, «des problèmes structurels fondamentaux entravent le recours à l’IA», souligne l’étude dont les 581 répondants indiquent que «ce ne sont pas tant des facteurs isolés qu’une combinaison d’incertitudes, de manque de structures et de compétences qui en sont responsables». Les préoccupations liées à la protection des données et à la réglementation (17%) sont le plus souvent citées comme principaux obstacles.
A environ 9% chacun, d’autres défis sont pointés du doigt par les recruteurs comme le manque d’outils et de plateformes, la formation insuffisante, les règles floues et la résistance au changement.
L’IA est principalement considérée par les recruteurs interrogés comme un outil d’aide pour les compétences analytiques, telles que la résolution de problèmes (66%), l’expertise technique (62%) ou encore la communication (61%). Par contre, «les attentes sont nettement plus modérées pour les compétences davantage axées sur les relations humaines et les valeurs» comme la vente (48%), la gestion d’équipe (45%) ou le jugement éthique (32%).
«Ces compétences sont de loin considérées comme les moins susceptibles d’être soutenues par l’IA, ce qui souligne le rôle toujours central de l’humain dans un monde du travail de plus en plus automatisé», étoffe les auteurs. L’IA est donc principalement considérée comme «un amplificateur pour les tâches cognitives et liées à la productivité».
Concernant les ressources humaines, l’IA est principalement utilisée pour améliorer les performances des équipes et pour la planification et les prévisions (19% chacun). Les autres domaines d’application tels que la conformité (7%), le recrutement (6%) et les prévisions de rotation du personnel (5%) occupent une place moindre.
En termes de recrutement, pour 13% des sociétés interrogées, l’IA manque de profondeur et fait des éliminations erronées de candidats qualifiés. Seuls 8% des répondants affirment que l’IA répond pleinement aux attentes, alors que 8% déplorent que des candidats non qualifiés soient proposés et 7% font état d’un biais persistant dans les évaluations.
Pas moins de 34% n’utilisent pas encore l’IA dans les domaines susmentionnés.