La hausse des bancaires n’est pas terminée

Emmanuel Garessus

4 minutes de lecture

David Benamou, d’Axiom Alternatives Investments, révèle toutefois avoir réduit les risques et privilégié des sous-secteurs financiers tels que les sociétés de Bourse.

 

Est-ce que la tendance est durablement mise à mal? La hausse du pétrole modifie-t-il les fondamentaux des banques? David Benamou, associé-gérant et directeur des investissements d’Axiom Alternatives Investments, répond aux questions d’Allnews. Au sein de ses 4 milliards d’euros d’actifs sous gestion, Axiom AI détient deux fonds en actions européennes, Axiom European Banks Equity (598 millions d’euros d’encours), et Axiom Long Short Equity (75 millions).

Après leur nette correction, est-ce la crise au Moyen-Orient marque la fin de la hausse des bancaires européennes?

Non. La hausse des bancaires n’est pas terminée. La hausse des valorisations du secteur a été spectaculaire en 2025. Pour cette raison, nous avons réduit les risques et avons privilégié des sous-secteurs tels que les sociétés de Bourse qui devenaient intéressantes en termes de valorisation et de perspectives. Nous sommes entrés dans la crise iranienne avec un risque réduit. Nous avons ainsi baissé de 4 à 5 points de moins que le secteur. 

Êtes-vous inquiets par la baisse des cours?

Non. La volatilité est alimentée par trois chocs. Le premier est celui du crédit privé, qui inquiète depuis septembre dernier et qui est caractérisé par le sentiment de l’existence de risques mal maîtrisés. Le second est lié à l’IA et au risque de disruption de différentes activités depuis le début de cette année, par exemple l’IA agentique dans la gestion des dépôts bancaires. Le troisième porte sur les effets de la guerre en Iran. 

Il en résulte avant tout des effets de pression de marché. La guerre en Iran se traduit par une hausse du pétrole et, pour la BCE, une augmentation des pressions inflationnistes, donc une hausse des taux. 

Pour les banques européennes, l’élément clé tient à la hausse de 40 points de base de la partie courte de la courbe des taux depuis le déclenchement de l’offensive. Or une grande partie de la marge des taux des banques est faite sur les taux courts, c’est-à-dire sur la rémunération des dépôts non versés aux clients finaux. 

Cette volatilité est temporaire, mais les fondamentaux sont bons et ils s’améliorent, avec la croissance des volumes de prêts, des dépôts et, selon les managements, une hausse des revenus de 3 à 10% en 2026 selon les établissements. L’efficacité opérationnelle devrait aussi s’accroître. Le rapport Cost/Income devrait baisser sous l’effet des acquisitions (cotées ou non) et de l’IA. Par exemple BNP avait un objectif de C/I de 58% pour 2025. Il s’élève maintenant à 62% et il est révisé à 56% pour 2028. 

Au-delà de la volatilité, je note que la décote bancaire atteint 38% par rapport au STOXX 600 et le rendement atteint presque 9%.

«Cette volatilité est temporaire, mais les fondamentaux sont bons et ils s’améliorent, avec la croissance des volumes de prêts».

Si la guerre en Iran devait se prolonger, les fondamentaux des banques ne se détérioreraient-ils pas avec un risque d’inflation et d’incertitude accrue? 

Il n’y a pas de magie. Si le Détroit d’Ormuz est durablement fermé, c’est-à-dire plus de 3 mois, l’effet sur le PIB serait de 1,25%, selon les estimations. Les conséquences ne seraient pas significatives sur les résultats 2026, mais la sinistralité augmenterait avec l’entrée en récession et les résultats 2027 seraient pénalisés. 

La difficulté pour l’investisseur consiste à distinguer entre les effets positifs et négatifs. Ces derniers sont liés à un conflit à long terme et à une hausse du baril de pétrole qui se stabiliserait entre 100 et 120 dollars. Au-delà de 3 mois, le cours du brut passerait à 140 ou 150 dollars et l’on risquerait de subir des effets sur le PIB et la qualité de crédit. On passerait à une autre catégorie de risque de marché.

Le risque de stagflation d’ici 18 mois est-il modeste?

Il est difficile de faire une telle prévision. La question centrale est celle de la durée d’une économie confrontée à un baril entre 120 et 140 dollars. Au-delà de 3 mois, l’impact serait réel en bourse, mais le secteur bancaire ne serait pas impacté le premier, compte tenu de ses fondamentaux de départ. Il y a sans doute trop de capital aujourd’hui dans le secteur bancaire. Le Core Equity Tier 1 Ratio dépasse 16% alors que la «Guidance» est de 12 à 13%. L’excès de fonds propres est réservé à des acquisitions ou à des rendements attractifs. 

Il faut aussi savoir que les taux courts actuels génèrent énormément de marge d’intérêts et soutiennent la rentabilité. Au sein des banques d’investissement, celles qui disposent d’une activité de courtage pétrolier ont sans doute beaucoup gagné d’argent. Elles sont en position de force pour dénouer des opérations de financement.

Faut-il profiter de chaque recul pour accumuler des titres de ce secteur?

C’est effectivement notre approche actuelle parce que nous sommes entrés dans l’actuelle phase de marché avec moins de Beta que l’indice. Il faut profiter de la situation pour remettre du risque sur ce secteur.

Nous venons de digérer les résultats trimestriels et nous observons le réel dynamisme des différentes activités, de la marge d’intérêts aux commissions, ainsi que les progrès dans la maîtrise des coûts. Le point clé de la dégradation de la situation provient du coût du risque, donc des provisions. Mais je ne crains pas une matérialisation de ce risque à court terme si le choc pétrolier ne s’aggrave pas. D’autant que les banques supervisées par la BCE se sont vues imposer des couches de provisions de précaution supplémentaires depuis le covid qu’elles n’ont pas relâchées. Une vingtaine de points de base de coût du risque peut être absorbée par cette mesure de précaution. Nous n’avons donc aucune raison de paniquer et de tout couvrir. Notre message est équilibré.

«Il faut aussi savoir que les taux courts actuels génèrent énormément de marge d’intérêts et soutiennent la rentabilité.»

Pour quelle raison appréciez-vous les sociétés de Bourse?

Nous avons ici une perspective de prix. Les actions des Bourses ont été extrêmement malmenées depuis la fin 2025 à la suite de la thématique de l’IA, comme les sociétés de logiciels. Le risque de disruption du secteur nous paraît discutable. Et la volatilité liée à la guerre en Iran devrait bénéficier à ces sociétés et accroître leurs revenus de négoce.

Est-ce que des valeurs bancaires suisses figurent dans votre portefeuille de financières européennes?

En ce moment, aucune. Nous avons détenu UBS à certains moments. Il est difficile de trouver des investissements en francs. Les valorisations sont élevées, à l’image de celle de la BCV.

La place suisse ne profite-t-elle pas des problèmes rencontrés par Dubaï?

Absolument. Cette crise est une opportunité pour la place suisse. Nous n’en avons toutefois pas discuté à ce jour à l’interne.

Par contre, pourquoi avoir une position importante au Royaume-Uni?

Elle s’explique par sa pondération dans le secteur financier européen. HSBC représente déjà 14% de l’indice. Mais nous ne sommes pas spécialement positifs sur le Royaume-Uni. D’ailleurs les deux établissements européens les plus exposés à Dubaï et à cette région sont HSBC et Standard Chartered. Nous n’avons pas ces titres britanniques, mais plutôt des assureurs et des Bourses.

Quelles sont les perspectives des assurances?

Nous avons réduit régulièrement nos positions dans les assurances ces derniers mois après avoir détenu une position plus élevée que celle des banques. La croissance de leurs bénéfices était proche de celle des banques. Et iI existait aussi des situations de M&A possibles dans les assurances spéciales. Nous avions d’ailleurs une position dans Beazley, qui a été rachetée par Zurich avec une prime de 40%. 

Nous entrons dans une phase caractérisée par une valorisation des assurances assez chère. La progression des primes dépasse celle des sinistres, mais nous devenons plus prudents.

La baisse des actions bancaires et la perspective d’une solide hausse des bénéfices bancaires nous ont conduit à accroître le risque sur les bancaires.

Est-ce que la hausse des taux longs, qui traduit aussi des risques budgétaires des pays européens, ne devrait pas pénaliser les banques, elles qui ont beaucoup d’obligations souveraines en portefeuille?

Ce sujet revient fréquemment chez les investisseurs depuis la crise de la Zone Euro. Mais l’exposition à la dette souveraine (environ 14% du total du bilan des banques européennes) et les inquiétudes associées ont globalement baissé. S’il n’y a pas de contrainte réglementaire, il y a plus de discipline notamment sur le biais national (achat de dette souveraine nationale) et les portefeuilles de dette souveraine sont plus diversifiés. L’élargissement du spread de crédit incite certes à faire du portage, mais le problème ne nous préoccupe pas excessivement.

Est-ce que le marché unique des capitaux est un serpent de mer ou se concrétisera-t-il bientôt?

C’est une tortue plutôt qu’un serpent de mer. Le thème progresse, mais très lentement, au gré des événements. On parle de marché unique, mais il existe une fragmentation fiscale et réglementaire. Le second mandat de Donald Trump a redonné un élan à cette partie de l’UE. Nous avons assisté à une réaction des Trésors nationaux, allemand, italien et français, qui ont parlé d’une seule voix de la compétitivité des banques européennes. Des chantiers sont en cours, mais ils avancent lentement pour des raisons politiques.

Si l’actualité vous incite à privilégier les valeurs défensives, quelles sont leurs caractéristiques? 

La valorisation fait partie de nos critères, mais nous regardons aussi la croissance des revenus, la croissance du volume des dépôts et leur composition (plus les dépôts à vue sont importants et plus la marge d’intérêts en profite), la croissance du volume de prêts. Nous analysons tous les sous-segments de l’activité de la banque. Nous établissons un Scoring final qui nous amène à prendre des positions ou non.

A lire aussi...