Financières européennes: une revalorisation durable en 2026

David Benamou, Axiom Alternative Investments

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Après l’exubérance de 2025, le secteur financier européen aborde 2026 comme une transition vers un nouveau régime de valorisation.

©Keystone

 

La question n’est plus de savoir si les banques européennes sont solides, elles le sont, mais si le marché est prêt à reconnaître durablement leur statut d’actifs rentables, disciplinés et générateurs de cash, comparables aux meilleurs secteurs européens. La réponse, en ce début de cycle, penche clairement vers l’affirmative.

D’un rebond cyclique à une normalisation structurelle

La performance spectaculaire de 2025, avec une hausse de 67% pour l’indice bancaire européen dividendes compris, a souvent été interprétée comme un simple rattrapage post-crise. Pourtant, les moteurs de performance observés depuis deux ans sont fondamentalement différents de ceux des cycles précédents.

En 2026, les banques européennes affichent des bilans solides avec des niveaux de capital historiquement élevés, une qualité d’actifs maîtrisée avec un coût du risque attendu autour de 41 points de base en 2026 et 2027, une croissance organique redevenue visible portée par la reprise des volumes de prêts et de dépôts attendue entre 3 et 4%, ainsi qu’une rentabilité durable avec des ROE (Return on Equity, rendement des fonds propres) structurellement supérieurs à 12%.

Sur le marché du crédit, 2026 ne sera pas une répétition de 2025. Les spreads se sont fortement comprimés, limitant le potentiel de resserrement supplémentaire.

Dans un environnement de taux courts stabilisés autour de 2,2%, les effets négatifs de la baisse des taux sont largement compensés par les couvertures, la dynamique commerciale et l’optimisation des coûts. Résultat, les analystes anticipent une croissance des revenus comprise entre 3 et 5% par an sur 2026 et 2027, et une progression des bénéfices proche de 9% annualisée.

L’Europe bancaire reprend l’avantage relatif face aux états-Unis

Le contraste avec les banques américaines est de plus en plus marqué. Là où les établissements américains font face à une volatilité accrue des bénéfices, à des risques réglementaires émergents notamment sur les cartes de crédit et à une exposition plus forte aux marchés privés, les banques européennes apparaissent plus lisibles et plus prévisibles.

Sur une base ajustée, la rentabilité européenne avec un ROE de 12 à 13% est désormais comparable voire supérieure à celle des banques américaines, la croissance des bénéfices est plus stable et les valorisations restent nettement plus attractives.

A environ 9,4 fois les bénéfices 2027 estimés, soit un ratio P/E (Price to Earnings, rapport cours/bénéfice), les banques européennes se négocient avec une décote de 30 à 40% par rapport à leurs homologues américaines malgré des politiques de distribution similaires. Entre dividendes et rachats d’actions, près de 21% de la capitalisation boursière du secteur devrait être retournée aux actionnaires d’ici 2027.

Le Sud de l’Europe et la banque d’investissement comme relais de croissance

La géographie du secteur joue également en faveur de l’Europe. Les banques d’Italie, d’Espagne, du Portugal et de Grèce bénéficient d’un mix particulièrement favorable avec des marges nettes d’intérêt robustes, une croissance des volumes et une amélioration rapide de l’efficacité opérationnelle.

En parallèle, les activités de banque d’investissement redeviennent un moteur crédible de diversification des revenus. Dans un contexte de marchés plus volatils et de reprise des opérations de fusions et acquisitions notamment en Europe périphérique, les revenus de trading (activité de négociation sur les marchés financiers) et d’investissement pourraient représenter jusqu’à 20 à 25% des revenus totaux pour des groupes comme Deutsche Bank ou Société Générale.

L’IA comme catalyseur de re-rating opérationnel

Un autre facteur souvent sous-estimé réside dans le potentiel d’amélioration de la productivité. Les banques européennes restent pénalisées par des coûts de personnel élevés mais cette faiblesse devient un levier.

L’intégration de l’intelligence artificielle, à travers l’automatisation des back-offices (fonctions administratives et de support), le traitement des données et la personnalisation de l’offre, pourrait générer 10 à 20% d’économies de coûts d’ici 2028. Des acteurs comme ING ou BBVA investissent déjà massivement, ouvrant la voie à un rattrapage d’efficacité vis-à-vis des banques américaines.

Au-delà des banques, un secteur financier européen au sens large

La revalorisation ne se limite pas aux banques. D’autres segments affichent des profils risque-rendement tout aussi attractifs. La réassurance présente des rendements du capital souvent supérieurs à 10 à 15% et connaît un mouvement de consolidation en cours, illustré récemment par l’intérêt de Zurich Insurance Group pour Beazley.

L’assurance vie est portée par le vieillissement démographique et les produits hybrides, avec une croissance annuelle des primes de 7 à 12% pour des groupes comme AXA ou Generali. La gestion d’actifs bénéficie de la hausse des encours qui soutient la croissance des revenus, à l’image de Schroders. Les brokers et plateformes fintech comme FinecoBank combinent croissance des commissions et expansion rapide des marges.

Crédit financier, moins de bêta, plus de portage et de rareté

Sur le marché du crédit, 2026 ne sera pas une répétition de 2025. Les spreads (écarts de rendement par rapport aux obligations d’Etat) se sont fortement comprimés, limitant le potentiel de resserrement supplémentaire. Mais les financières conservent une prime attractive par rapport aux émetteurs non financiers en particulier sur la dette subordonnée.

Deux facteurs techniques soutiennent le segment. Une baisse de l’offre nette notamment sur les AT1 (Additional Tier 1, obligations perpétuelles subordonnées pouvant être converties ou annulées en cas de crise) et les Tier 2 (dette subordonnée à maturité fixe). L’incertitude réglementaire autour des AT1 après les propositions de réforme publiées par la Banque centrale européenne en décembre 2025.

Cette combinaison pourrait créer une rareté temporaire favorable à la performance secondaire des instruments existants. A moyen terme, certains scénarios envisagent une convergence progressive des spreads des CoCos (Contingent Convertible Bonds, obligations convertibles en actions en cas de détérioration du capital) vers des niveaux de 150 à 200 points de base à horizon 2027 et 2028 hors stress de marché.

Une revalorisation progressive, pas une euphorie

Les risques ne disparaissent pas. Immobilier commercial, dette privée, instabilité politique en France et tensions géopolitiques restent des points de vigilance. Mais le regard porté sur le secteur a changé.

En 2026, le secteur financier européen ne se traite plus comme un pari cyclique à haut risque mais comme un pilier de portefeuille capable d’offrir rendement, visibilité et diversification. La décennie de décote structurelle touche probablement à sa fin. La revalorisation, elle, ne sera ni linéaire ni spectaculaire mais progressive, disciplinée et fondée sur les fondamentaux.

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