L'observation des récentes émissions sur le segment des produits structurés de la SIX révèle une cartographie précise des attentes institutionnelles et des stratégies de couverture pour le second semestre 2026 et l'année 2027. Dans un contexte de volatilité persistante, les émetteurs privilégient des structures alliant protection conditionnelle et levier ciblé sur des secteurs stratégiques.
Sans surprise, la thématique actuelle est la couverture d’urgence, principalement à travers l’or et les matières premières. Le signal le plus massif provient de l’émission pléthorique de call warrants sur le métal jaune. Les séries émises le 19 mars, avec des échéances courtes (juin 2026) et longues (septembre 2027), suggèrent une anticipation de rupture à la hausse du métal jaune. Le marché ne se contente plus de détenir de l'or physique. Il achète de la convexité (via les warrants) pour protéger les portefeuilles contre un choc systémique imminent ou une dévaluation monétaire accélérée. Côté énergie, l’abondance de produits sur le WTI et le Brent (échéances mai et août 2026) indique une volonté de capturer la volatilité des prix de l'énergie, perçue comme un vecteur d'inflation résiduelle.
Un signal particulièrement pertinent apparaît dans les callable BRC sur la défense et l’industrie européennes. Nous relevons une structure regroupant Hensoldt, RENK Group et Rheinmetall, signe que l'inclusion systématique de valeurs de défense européennes dans des produits à barrière de protection montre que ces titres ne sont plus considérés comme purement spéculatifs. Ils deviennent des piliers structurels de l'économie européenne et le marché institutionnalise donc la thématique de la souveraineté sécuritaire.
«En pariant sur ces titres via des warrants, les investisseurs expriment un signal de normalisation post-crise»
Notons également que la logistique et l’Industrie suisses reflètent un pari sur la thématique de la résilience. Ce que semble exprimer la concentration inhabituelle de call warrants sur des fleurons industriels helvétiques tels que Kühne & Nagel, Flughafen Zürich, DKSH et Accelleron. Ces émissions à échéance fin 2027 pointent vers une confiance dans la reprise des flux commerciaux mondiaux. Accelleron (turbocompresseurs) et Kühne & Nagel (logistique) sont des proxies directs du commerce global. En pariant sur ces titres via des warrants, les investisseurs expriment un signal de normalisation post-crise, cherchant à maximiser le gain sur le rebond de la productivité industrielle.
De plus, la multiplication des BRC à sous-jacents multiples sur des trios classiques – Nestlé-Novartis-Roche ou ABB-UBS-Zurich – indique que, malgré les incertitudes, une large base d'investisseurs cherche à monétiser la stagnation latérale des marchés. Tandis que les structures combinant Julius Baer, UBS et Vontobel suggèrent que le secteur financier suisse est perçu comme une zone de stabilité capable de générer des coupons élevés, à condition que les barrières de protection (souvent situées à -30% ou -40%) ne soient pas enfoncées. Cela pourrait être interprété comme un signal de confiance prudente dans le centre financier helvétique.
En ce qui concerne la technologie, et plus particulièrement l’IA, la prudence prévaut. Bien que l'IA soit au cœur des discussions, les produits structurés sur Nvidia, Microsoft et Alphabet adoptent la forme des BRC. Contrairement aux warrants agressifs sur l'or ou l'industrie, la technologie américaine est traitée avec une structure de protection. Ce qui peut refléter une anticipation d’une possible correction ou d’une phase de consolidation après les sommets de 2025. On achète le rendement du secteur, mais on se protège contre un éclatement de bulle.
Enfin, sur le front de la gestion alternative, celle-ci traverse une phase de dispersion extrême, depuis le déclenchement de l'escalade militaire le 28 février dernier. Si la volatilité soudaine a profité à certaines stratégies de couverture, elle a paradoxalement mis à mal la diversification traditionnelle de nombreux fonds. Les stratégies Global Macro, par exemple, doivent gérer opportunisme et piège de corrélation. Ces fonds sont, par nature, les plus exposés aux chocs géopolitiques.
Ceux ayant anticipé le choc pétrolier (WTI ayant frôlé les 120 dollars début mars) ou la remontée des taux longs (le 10 ans américain passant de 4,20% à 4,29%) ont enregistré des gains significatifs. Mais reste le défi de la hausse simultanée des corrélations entre classes d'actifs. En période de crise aiguë, les actifs (actions, devises émergentes) ont tendance à chuter de concert, rendant la construction de portefeuilles décorrélés extrêmement complexe. Certains fonds emblématiques, comme le JPMorgan Global Macro Opportunities, ont affiché des reculs (environ -1,6%) dans les premiers jours de mars.
«Le HFRX Macro CTA est toujours en hausse de 2,2% sur l'année, comparé aux actions à large capitalisation qui ont baissé du même pourcentage»
Quant aux stratégies d'Arbitrage de Risque, celles-ci ont subi un coup d'arrêt opérationnel avec un gel des deals. L'incertitude sur la durée du conflit (estimée entre 4 et 8 semaines par certains analystes) freine les fusions-acquisitions, dans la mesure où le risque d'échec des transactions augmente avec l'instabilité politique et le coût du financement.
Du côté des fonds de crédit, les gérants profitent de l'écartement des spreads sur les dettes d'entreprises, notamment en Europe, où le choc énergétique pèse plus lourdement qu'aux États-Unis. Des opportunités sur le crédit de haute qualité sont ainsi observées. Quant aux stratégies systématiques de suivi de tendance telles que les CTA, elles ont été les premières bénéficiaires de la rupture de tendance sur l'énergie.
«L'indice HFRX Macro CTA est toujours en hausse de 2,2% sur l'année, comparé aux actions à large capitalisation qui ont baissé du même pourcentage», souligne Kenneth Heinz, président de Hedge Fund Research, dans une update publié le 18 mars sur le site de HFR. Aussi, signe de la puissance du facteur momentum, après une période de relative stabilité, le pic de volatilité sur le gaz et le pétrole a déclenché des signaux d'achat algorithmiques massifs.
Enfin, nous voyons une une rotation thématique violente au sein des portefeuilles Long/Short: positions longues sur la défense (Rheinmetall, Hensoldt), la Sécurité et l'Énergie (valeurs hors-OPEP). Les perdants semblent être les positions sur les secteurs cycliques et la consommation discrétionnaire, particulièrement en Asie (la Corée du Sud ayant subi une correction à deux chiffres en raison de sa dépendance énergétique).