La BCGE diversifiera davantage ses sources de revenus

Yves Hulmann

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L'objectif est de parvenir, dans un environnement de taux d'intérêt à zéro, à un équilibre entre les produits nets des intérêts et des commissions, souligne Nicolas Krügel, CEO.

 

En 2025, la Banque cantonale de Genève (BCGE) a réalisé un bénéfice net en légère hausse, en dépit d'un résultat opérationnel en baisse. De janvier à fin décembre, le bénéfice net a avancé de 0,8% à 220,8 millions de francs, tandis que le résultat opérationnel a reculé de 9,6% à 233,4 millions. Le produit d'exploitation s'est élevé à 553,8 millions, soit 5,4% de moins sur un an. Les charges opérationnelles ont diminué de 1,5% à 297,6 millions. Les effectifs ont reculé de 1,0% à 958 personnes, en équivalent à temps plein. Le conseil d'administration proposera à ses actionnaires un dividende rehaussé de 5 centimes à 0,70 franc au titre de l'exercice 2025, comparé à 65 centimes en 2023 et 2024, ces montants ayant été adaptés après le fractionnement de l'action en octobre dernier, a indiqué mardi la BCGE lors de la présentation de ses résultats de 2025.
Entretien avec Nicolas Krügel, CEO de la BCGE qui commente ces résultats et les perspectives pour l'année en cours.

«Notre pronostic pour 2026 est le maintien d’un environnement de taux inchangé.»

Le chiffre d'affaires de la BCGE a gagné en diversité, comme l'a formulé la banque dans les documents de présentation des résultats pour 2025. Le résultat net des opérations d'intérêts a sensiblement reculé à 307 millions, en baisse de 18,9%, sous l'effet de la baisse des taux. A l'inverse, les commissions (+4,9% à 155 millions) ont été portées par l'accroissement des actifs sous gestion. Les opérations de négoce ont crû à 44 millions (+5,3%), tout comme les autres revenus qui ont plus que doublé à 48 millions (+155%). Le modèle d'affaires de la BCGE est-il toujours plus structuré de manière à ce que les différents segments s'équilibrent entre eux?

Notre objectif est de parvenir, dans un environnement de taux d'intérêt à zéro, à un équilibre entre les produits nets des intérêts et des commissions. Tel est l'objectif de la BCGE. Nous n'y sommes toutefois pas encore et nous travaillons à renforcer les revenus provenant des commissions. Nous pouvons notamment citer nos activités de private equity ou de distribution de fonds par le biais de notre filiale Mont-Fort Funds. Nous cherchons ainsi à obtenir une plus grande diversification de nos sources de revenus afin d'avoir une meilleure résilience du modèle d’affaire dans un environnement de taux à zéro.

Vous n'attendez pas simplement une remontée des taux pour augmenter les revenus de la BCGE à l'avenir?

Un environnement de taux positif constitue naturellement un environnement favorable pour une banque cantonale. Toutefois, tant que nous restons dans un régime de taux zéro, nous devons pouvoir nous appuyer sur une base forte de commissions issues de différentes activités, qui compensent l’érosion très rapide des produits des intérêts.

Ce jeudi, vous n'allez pas être rivés derrière vos écrans en attendant l'annonce de la décision de la BNS en espérant qu'on ne revienne pas aux taux négatifs?

Nous allons bien sûr prendre connaissance de la décision de la BNS. Toutefois, notre pronostic pour 2026 est le maintien d’un environnement de taux inchangé.

«Notre but n'est pas de distribuer l'entier de nos bénéfices sous forme de dividendes.»

Et si les taux redevenaient négatifs?

Ce cas de figure constitue aussi une situation que nous devons pouvoir gérer. Soit dit en passant, avec des taux négatifs, nous pouvons faire travailler l'argent différemment à raison de ce plancher de taux à zéro. Et si les taux remontent, cela devient une occasion de redéfinir les conditions des prix dans notre bilan et nous retrouverions une situation commercialement intéressante. Quelle que soit l'évolution des taux, nous allons poursuivre notre effort de diversification de manière à avoir un profil différent.

Le ratio coûts/revenus s'est établi à 53,7%. Est-ce un niveau qui est satisfaisant pour vous?

Oui, notre objectif est un cost/income ratio de 50% à plus ou moins 500 points de base. En cas de hausse de notre chiffre d’affaires, notre ratio pourrait s’orienter en direction de 47 ou 48%. En revanche, en cas de dégradation de la situation internationale par exemple, nous pourrions évoluer vers 52, 53 ou même 54%. Tant que nous restons dans cette fourchette, nous sommes dans notre objectif.

Concernant le ratio de fonds propres, situé à 16,9% à fin 2025, en légère hausse comparé à 2024, est-ce un niveau suffisant ou est-ce que la BCGE ambitionne d'avoir un coussin de sécurité plus important à l'avenir?

Notre ambition est d'avoir un ratio de fonds propres situé aux environs de 17%. En avoir davantage, ce ne serait pas allouer intelligemment le capital, et si l’on redescendait à 15%, nous aurions trop peu de marge par rapport à la dynamique de nos affaires. Lorsque l’on subit une perte sur l’un ou l’autre dossier, nous devons pouvoir l’absorber sans que la capitalisation n'en souffre. Donc notre ambition est d'avoir un ratio de 17%, ce qui constitue également un élément de support pour notre rating de AA-. En améliorant pas à pas notre niveau de fonds propres, nous visons à améliorer notre rating. Ce faisant, nous pourrons emprunter moins cher, ce qui nous permettrait d'être plus compétitif et de pouvoir in fine répercuter cet avantage sur nos clients. En résumé, nous évoluons sur une ligne de crête. Il ne servirait à rien d'avoir un ratio CET1 de 20%. Et ce serait dangereux qu'il se situe à 14%.

«Nous pensons qu'il y a de la place pour d'autres acteurs de taille moyenne dans les prêts syndiqués, et nous développons une plateforme dans ce domaine.»

Concernant les dividendes, le taux de distribution a atteint un peu plus de 30%. Envisagez-vous une hausse de ce taux à l'avenir?

Nous voulons accroître ce taux pour rejoindre la moyenne du secteur. Notre but n'est toutefois pas de distribuer l'entier de nos bénéfices sous forme de dividendes. Distribuer 100% enverrait le message que nous ne cherchons pas à nous développer et que nous n’aurions plus de projets dans lesquels investir. Ce serait dire qu'on n'a plus rien à faire, qu'on n'aurait plus de projets dans lesquels investir. Nous souhaitons donc garder une partie des résultats pour continuer à investir, pour développer la franchise.

S'agissant des crédits accordés aux entreprises. Est-ce que vous pensez qu'il y a une opportunité spécifique à saisir pour la BCGE dans le domaine des crédits aux entreprises, maintenant que la deuxième grande banque du pays a disparu?

Oui, il y a des opportunités à saisir. La première est représentée par les prêts syndiqués. Un prêt syndiqué est un crédit, organisé par une banque. Il s'agit généralement d'un montant très substantiel. Ensuite, cette banque distribue différentes tranches de ces crédits à d’autres banques participantes, des banques cantonales par exemple. Une fois que ces différentes tranches ont été distribuées, il reste le solde. C'est un métier que faisait Credit Suisse. Et c'est un métier que continue de faire UBS. Nous pensons qu'il y a de la place pour d'autres acteurs de taille moyenne dans les prêts syndiqués, et nous développons une plateforme dans ce domaine. Nous deviendrions les arrangeurs, les organisateurs de ces prêts, alors que jusqu'à ici, nous n’avons toujours été que participants.

En ce qui concerne les prêts aux PME, il y a aussi des possibilités. Par rapport au mandat que nous avons à la BCGE, nous pensons qu'il est important d'être présent sur tous les segments, sur toutes les géographies, et donc d'être perçu comme un partenaire fiable dans la durée. Nous servons tout le monde avec des chemins de décision courts, telle est notre force.

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