BCGE: la marque du retour rapide aux taux négatifs

Nicolette de Joncaire

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Malgré la hausse des actifs et des financements, la banque subit les taux bas et un coût du risque en hausse. Explications de son CEO, Nicolas Krügel.

 

Les actifs gérés et administrés sont en légère hausse (+0,4%) et les financements octroyés poursuivent leur progression (+2,7%), mais tant le résultat opérationnel que le bénéfice net sont en recul (respectivement 111 millions, soit –18,9%, et 94 millions, –19%). Publiés mardi, les résultats de la Banque Cantonale de Genève (BCGE) s’inscrivent dans la tendance observée chez ses concurrents. La faiblesse des taux pèse sur le résultat net des opérations d’intérêt, qui recule de 16,6% à 164 millions. L’établissement s’efforce toutefois de diversifier ses sources de revenus, ce qui se traduit par une hausse des commissions, passées de 73 à 77 millions (+5,5%). Malgré l’inflation, les charges demeurent maîtrisées et le cost/income ratio reste solide à 54,9%. Dans un contexte difficile, tant pour les banques de dépôt que pour les entreprises genevoises affectées par la hausse des droits de douane américains, Nicolas Krügel, CEO de la banque, apporte quelques précisions.

Passée de 201 à 175 millions sur un an, l’évolution de la marge d’intérêt reflète-t-elle directement la baisse des taux?

C’est effectivement le cas. Nous avons subi un retour rapide à un environnement de taux d’intérêt réels négatifs (ceux du SARON en particulier) que nous avons partiellement compensés par une croissance du volume des financements et par une gestion performante de l’ALM. Ce n’est pas le seul facteur de détérioration des résultats. Le coût du risque a augmenté en raison des difficultés rencontrées par les entreprises genevoises sur leurs marchés et dans leurs modèles d’affaires.

«Le secteur du négoce est très important à Genève et, à ce titre, il nous est indispensable d’y participer.»

Le résultat net des opérations d’intérêt ne parait toutefois pas se dégrader de manière homogène d’une banque à l’autre. Pour quelles raisons?

Cela dépend de plusieurs facteurs dont le ratio entre dépôts et prêts, le poids des baisses d’intérêts que l’on fait porter aux déposants et la manière dont sont couverts les risques de taux. Dans notre cas où le rapport dépôts/prêts est à l’équilibre, la sensibilité à un taux directeur faible est importante car nous ne nous finançons pas sur le marché interbancaire où la baisse des taux directeurs est répercutée. Par ailleurs, nous avons choisi de ne pas faire porter le poids des taux négatifs sur notre base de déposants. Enfin, notre couverture des risques de taux (par des opérations de swaps entre autres) vise le moyen terme car nous anticipons des taux négatifs sur la durée alors que d’autres banques ont pu choisir une couverture à court terme qui les rend plus performantes dans l’immédiat mais pourrait détériorer leurs résultats à plus long terme.

Tant les créances hypothécaires que les créances sur la clientèle ont progressé. Comment jugez-vous la qualité de votre portefeuille de crédit?

Avec un marché immobilier résilient et un déploiement du capital diversifié, la qualité de notre portefeuille de crédit est bonne. Le taux de prêts non performants (NPL) est seulement de 1,09%.

Les commissions et les opérations de négoce sont, pour leur part, en progression. Quelles remarques sur ce point?

Les commissions reflètent le niveau élevé de l’activité des clients. L’activité de négoce a été soutenue par un volume important d’opérations de change, très nombreuses en cette période d’affaiblissement du dollar et de besoin en couverture des entreprises.

Le financement du négoce des matières premières reste-t-il significatif?

Le secteur du négoce est très important à Genève et, à ce titre, il nous est indispensable d’y participer. Ceci dit, il reste contenu dans une limite globale imposée par nos fonds propres et se fait toujours dans le cadre de transactions soutenues par d’autres banques de la place, au sein d’un microcosme de financement typique et unique au monde.

Comment les entreprises genevoises réagissent-elles aux annonces sur les droits de douane américains imposés à la Suisse?

Tout dépend de leur potentiel de rebond. Celles dont la production se fait pour partie aux Etats-Unis se sentent moins fragiles que celles dont la production est exclusivement suisse. Pour ces dernières, la question à se poser est «suis-je unique ou suis substituable»? La situation varie également selon la part du chiffre d’affaires générée sur le marché américain. Pour celles qui réalisent plus de 50% de leurs revenus aux Etats-Unis et dont l’offre peut être substituée, la situation est critique. Mais il ne faut pas sous-estimer leur formidable capacité d’adaptation. Les chaines d’approvisionnement sont en pleine transformation.

Quels secteurs vous paraissent-ils les plus menacés?

Ceux du secteur des machines-outils et de l’horlogerie. La chimie et la pharma sont encore en phase de négociation, tandis que les services ne semblent pas encore affectés.

Vous semblez assez serein pour ce qui est du marché de l’immobilier genevois. Il parait toutefois menacé par le dépeuplement potentiel des agences de l’ONU. Qu’en pensez-vous?

Nous avons modélisé une baisse de 10 à 20% des employés des agences onusiennes sans percevoir d’impact significatif sur le prix des logements. Certes, il peut y avoir une légère pression sur les prix mais avec un taux de vacance actuellement à 0,34%, le marché immobilier genevois est peu vulnérable. Il faudrait que ce taux de vacance atteigne 1% pour que ce marché se comporte de manière normale.

Qu’en serait-il de départs possibles de résidents fortunés pour l’Italie ou la Grèce qui offrent aujourd’hui des conditions fiscales optimales?

C’est plutôt du côté des flux en provenance de pays aux conditions fiscales devenues défavorables comme la Grande-Bretagne qu’il faut regarder. Ils se dirigeront peut-être prioritairement vers d’autres pays que la Suisse mais la prédictibilité de la Suisse en matière de réglementation fiscale reste un atout face à celles de pays dont l’offre peut n’être que temporaire.

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