Flambée du prix des hydrocarbures, bourses en net recul, hausse des taux d’intérêt... La guerre au Moyen-Orient provoque de fortes secousses sur les marchés, un an à peine après l’effondrement boursier provoqué par l’offensive douanière de Donald Trump.
«On a une situation qui n’est pas sous contrôle, et pourtant, en tant que financier, on doit s’adapter», résume Vincent Juvyns, analyste pour ING, interrogé par l’AFP.
La paralysie du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20% de la production d’hydrocarbures mondiale, a déclenché depuis le début de semaine une flambée de 66% des prix du gaz et de 25 à 30% des cours du pétrole, le baril de Brent dépassant 90 dollars vendredi.
Ce mouvement a ravivé les craintes d’un retour de l’inflation dans l’économie mondiale, qui se remet tout juste de la vague provoquée par l’invasion de l’Ukraine en 2022.
En réaction, les bourses ont sévèrement flanché. Paris a perdu 7,70% depuis le début de la semaine, Francfort 7,51% et Londres 5,94%. En Asie, Tokyo a lâché 5,49% et Séoul 10,56%, avec une chute historique de 12% mercredi.
Cette nouvelle crise s’ajoute à la longue liste d’évènements exceptionnels qu’ont dû encaisser les marchés ces dernières années, entre pandémie de coronavirus, guerre en Ukraine et tensions commerciales.
«Chocs sur chocs»
«Depuis plus de cinq ans, c’est chocs sur chocs», résume Stanislas de Bailliencourt, directeur adjoint des investissements de Sycomore AM.
La volatilité est très forte depuis le début de la semaine, signe que les investisseurs changeant d’humeur au fil des informations.
Jeudi, les bourses ont par exemple ouvert en légère baisse, avant de reprendre des couleurs à la mi-séance après un article de presse perçu comme positif... et de fléchir à nouveau.
«Cela force tout le monde à être très au vigilant vis-à-vis de l’actualité», explique Steve Sosnick, analyste auprès du courtier Interactive Brokers, interrogé par l’AFP.
La situation a fait un grand gagnant: le dollar, qui a fait son retour en grâce comme valeur refuge.
Boudé depuis plusieurs mois en raison notamment de la politique incertaine de Donald Trump, il gagne 2,21% face à l’euro sur la semaine.
«On a observé un rapatriement de capitaux aux Etats-Unis, qui sont nettement moins dépendants des importations d’hydrocarbures que l’Europe et les pays émergents», justifie Vincent Juvyns.
Les indices américains de Wall Street ont d’ailleurs moins reculé que leurs homologues, profitant de ce mouvement.
La devise a même fait de l’ombre à l’or, valeur refuge ultime, qui n’a connu qu’une petite baisse de 3,63% depuis lundi.
Économie «résiliente»
Les taux d’intérêt des emprunts des Etats, pourtant eux aussi traditionnellement considérés comme une valeur refuge en cas d’incertitudes, ont flambé.
En Europe, le taux à dix ans allemand, considéré comme la référence, s’est hissé à 2,90%, contre 2,64% vendredi avant la guerre.
Sur le Vieux continent, les investisseurs s’inquiètent du risque de «stagflation», une hausse des prix avec une croissance faible, comme après le premier choc pétrolier en 1973.
Malgré tout, beaucoup d’investisseurs relativisent.
«Le monde aujourd’hui est beaucoup moins dépendant du pétrole qu’auparavant», explique Jean-François Robin, analyste pour Natixis CIB.
«Il s’agit clairement d’un choc moins important que celui des droits de douane pour le moment», abonde Vincent Juvyns.
En avril 2025, après les hausses tous azimuts de droits de douane aux Etats-Unis, les indices européens et américains avaient connu des pertes quotidiennes jusqu’à 6%. Elles avaient été encore plus importantes pendant le Covid.
D’autant qu’avant la guerre, les bourses cumulaient les records, et les marchés du pétrole et du gaz de très faibles prix.
«L’économie mondiale est beaucoup plus résiliente, les entreprises ont diversifié leurs chaines d’approvisionnement. Mais si le conflit se prolonge dans la durée on pourrait avoir davantage de problèmes», selon Stanislas de Bailliencourt.