Le conflit en Iran ravive les inquiétudes sur d’éventuels effets de contagion vers l’économie et les marchés financiers chinois. Malgré un risque de «gros titres» élevé, la transmission macroéconomique directe devrait rester maîtrisable à très court terme dans un scénario central où la crise demeure contenue. Dans ces conditions, l’économie chinoise devrait continuer de faire preuve de résilience.
Le premier canal concerne le sentiment de risque et les flux de capitaux. Jusqu’ici, la réaction des marchés s’est révélée plus mesurée qu’anticipé: la volatilité des actions est restée contenue et les flux transfrontaliers ne montrent pas de signes de stress systémique. Le compte de capital relativement fermé de la Chine, ainsi que la flexibilité de sa politique économique, offrent une protection supplémentaire. En revanche, un conflit prolongé pourrait peser sur l’appétit pour le risque dans la région et resserrer temporairement les conditions financières. Le scénario central suppose toutefois une stabilité du sentiment, sauf escalade géographique plus large.
Une hausse durable du pétrole pousserait d’abord les prix à la production, surtout via les matières premières, et pourrait comprimer les marges des industries situées en aval.
Le deuxième canal passe par l’inflation et la transmission des prix de l’énergie. Une hausse durable du pétrole pousserait d’abord les prix à la production, surtout via les matières premières, et pourrait comprimer les marges des industries situées en aval. Pékin a déjà engagé des politiques dites «anti involution» visant à consolider certains secteurs pour améliorer la rentabilité au niveau macroéconomique; elles devraient être appliquées plus fermement afin d’amortir un choc de coûts. L’impact sur les prix à la consommation devrait rester plus limité, car le poids de l’énergie a été réduit lors du dernier rebasage de l’indice CPI et les prix de détail de l’énergie devraient rester étroitement encadrés. Tant que l’inflation demeure sous contrôle, la fonction de réaction de la banque centrale chinoise ne devrait pas être sensiblement modifiée. Dans le scénario central, la pression sur les prix à la production serait temporaire, tandis que l’effet sur les prix à la consommation resterait contenu.
Le troisième canal concerne le commerce et le compte courant. La Chine importe environ 20% de sa consommation totale d’énergie et le pétrole reste un intrant clé pour l’industrie. Les réserves stratégiques offrent un tampon à court terme, mais une crise durable accroîtrait la vulnérabilité, notamment en cas de perturbations de l’offre et des routes maritimes via le détroit d’Ormuz. Une fermeture de ce passage pourrait affecter environ 45% des importations chinoises de brut. Les importations directes en provenance d’Iran représenteraient environ 13 à 14% du total des importations chinoises de pétrole. Le scénario central reste celui de perturbations limitées, le risque extrême se situant dans une escalade touchant les corridors de transport.
Sur le plan politique, la posture diplomatique chinoise demeure prudente, mettant l’accent sur la retenue et la désescalade. La visite du président Donald Trump à Pékin du 31 mars au 2 avril incite Washington et Pékin à maintenir un ton conciliant et à éviter une montée des tensions commerciales ou géopolitiques. Après la décision relative à la politique tarifaire fondée sur l’IEEPA, le représentant américain au commerce s’est montré prudent quant à une réactivation de mesures alternatives, comme de nouvelles actions au titre de la Section 301, dans l’attente des résultats de la rencontre des dirigeants. En parallèle, les «Deux Sessions» doivent commencer le 5 mars: les principaux objectifs socio économiques ne devraient pas être revus en réaction aux développements au Moyen Orient, même si les marchés suivront de près les signaux des ministères. Un certain degré de flexibilité pourrait exister sur la cible de croissance du PIB réel, tandis que l’emploi, l’inflation et le déficit budgétaire devraient rester globalement inchangés afin de préserver un message de stabilité.
En conclusion, le risque géopolitique augmente, mais les fondamentaux macroéconomiques de la Chine et son arsenal de politiques publiques devraient limiter la transmission immédiate des chocs. La vigilance reste de mise, surtout sur les prix de l’énergie et les routes commerciales mondiales.