L’intelligence artificielle met actuellement à rude épreuve l’intelligence des marchés boursiers. Les opinions divergent chaque semaine quant à savoir qui elle va engloutir et à qui elle profite. Nous ne nous laissons pas contaminer par cette nervosité accrue. Nous partons du principe que l’euphorie autour de l’IA va se poursuivre, dans un contexte boursier globalement positif. Cependant, il est selon nous difficile d’investir dans un large panier d’actions liées à l’IA; il vaut mieux sélectionner des titres individuels de manière sélective.
Méga-rotation sectorielle en ce début d’année
Le bon début d’année sur les marchés boursiers masque le fait que la situation est très agitée sous le capot. Les titres individuels affichant des pertes quotidiennes à deux chiffres ne sont pas une exception; les secteurs défensifs progressent aussi fortement par rapport aux valeurs de croissance que lors de la crise du Covid, de la crise financière ou de la bulle Internet: après sept semaines, les biens de consommation de base du S&P 500 affichent une hausse de plus de 10% et le secteur des logiciels une baisse de plus de 20%. La linéarité est étrangère au segment de l’IA; les certitudes supposées sont révisées en un clin d’œil; les gagnants et les perdants se côtoient. Les investisseurs sont nerveux. Mais en fin de compte, l’évolution du marché correspond à notre conviction que nous ne vivons pas une bulle de l’IA, mais un boom de l’IA, que la bourse suit avec un «enthousiasme rationnel».
Gold(AI)locks soutient les actions
L’économie connaît une croissance solide et les bénéfices des entreprises cotées en bourse augmentent encore plus fortement, avec une croissance à deux chiffres aux Etats-Unis pour les années à venir. Aux Etats-Unis et en Europe, une politique budgétaire expansionniste et la perspective de taux d’intérêt stables ou en baisse de la part des banques centrales sont favorables. Nous considérons comme très faible le risque que le rendement des obligations d’Etat américaines à 10 ans s’établisse au-dessus de 4,5%, ce qui constitue un soutien important pour les valeurs de croissance. La saison des résultats du quatrième trimestre 2025 a montré que les entreprises d’IA continuent d’afficher une forte croissance de leurs bénéfices.
Un enthousiasme rationnel – L’IA est un boom structurel, pas une bulle
En 2026, la dynamique de l’IA restera inchangée: les cinq grands hyperscalers devraient augmenter leurs investissements de plus de 50%, dépassant ainsi une nouvelle fois les attentes. De même, de nombreux lancements de produits IA ont déjà dépassé les attentes et un nombre croissant de grandes entreprises font état d’une utilisation réussie de l’IA. L’IA n’est pas un sujet particulier isolé, mais un moteur intersectoriel d’augmentation du chiffre d’affaires et/ou de réduction des coûts. Contrairement à l’époque de la bulle Internet, nous considérons que certaines parties du marché sont surévaluées, mais pas l’ensemble du marché. Nous parlons également d’un enthousiasme rationnel et non irrationnel, car nous ne constatons aucune surcapacité sur le marché et aucune menace de surendettement à l’échelle du secteur. Le dernier placement obligataire de Google (32 milliards de dollars en 24 heures) montre à quel point les fonds destinés à l’IA sont encore disponibles.
Éviter les champs de bataille, miser sur les goulets d’étranglement
Depuis le début de l’année, les secteurs soupçonnés d’avoir un modèle économique facilement attaquable par l’IA ont été sanctionnés les uns après les autres en bourse. Il s’agit notamment des entreprises des secteurs des logiciels, des fournisseurs et des traiteurs de données ou des places de marché. La valorisation du secteur des logiciels s’est ainsi effondrée à une vitesse et une ampleur rarement vues. Nous continuons toutefois à éviter ce point sensible, même si les cours de certains fabricants de logiciels d’exploitation critiques pour les entreprises semblent avoir atteint leur niveau plancher. Nous continuons à privilégier les entreprises actives dans des domaines où l’offre est insuffisante. Il s’agit notamment des fabricants de semi-conducteurs (en particulier de puces mémoire) d’Asie, des entreprises qui fournissent l’infrastructure de l’IA au sens large, en particulier l’électrification, ou encore des producteurs et distributeurs d’énergie eux-mêmes. À notre avis, les pénuries ont en outre l’avantage d’empêcher la création de surcapacités.
Des surcapacités également possibles sur les marchés en croissance
Tout au long de la longue chaîne de valeur de l’IA, les goulots d’étranglement et les surcapacités peuvent aller de pair. Par conséquent, les entreprises dont le modèle économique peut être remis en cause par l’IA ne sont pas les seules à pouvoir figurer parmi les perdants en bourse. Il suffit d’être actif dans un secteur où l’offre croît plus rapidement que la demande, ce qui est également possible en cas de forte croissance du marché. Compte tenu du dynamisme du marché de l’IA, les goulets d’étranglement peuvent rapidement se transformer en offre excédentaire, ce qui peut alors faire trébucher même les pionniers de l’IA.
Veiller à la diversification régionale
Nous avons récemment abaissé la note du marché boursier américain et relevé celle des marchés européen et japonais. Nous pensons que les nouveaux capitaux investis ne seront plus automatiquement dirigés vers le marché américain, très axé sur la technologie. Les inquiétudes concernant de nouvelles perturbations liées à l’IA devraient limiter l’augmentation des multiples de valorisation. Nous constatons que les investisseurs continuent de souhaiter diversifier leurs placements à l’échelle régionale.
La volatilité n’est pas une raison pour éviter l’IA en bourse
Nous pensons que 2026 sera moins marquée par des questions macroéconomiques que par des questions sectorielles et entrepreneuriales du point de vue des investisseurs. Il faut s’attendre à des replis du marché et à une forte volatilité intra et intersectorielle. Il n’y a toutefois aucune raison d’éviter le thème de l’IA si l’on tient compte des points suivants:
- Laisser les cours évoluer, c’est-à-dire autoriser une euphorie rationnelle là où la croissance et la création de valeur sont visibles. Tant que le cycle économique se poursuit, l’élan boursier devrait se maintenir.
- Eviter l’incertitude, et donc les secteurs concurrentiels dans lesquels on ne sait pas dans quelle mesure ils seront rendus obsolètes par l’IA.
- Se concentrer sur les goulets d’étranglement où la rareté crée un pouvoir de fixation des prix et une visibilité des rendements.
Dans le contexte du portefeuille, nous suivons la triple approche suivante: Participer aux innovations technologiques par le biais d’actions. Mais en diversifiant et en ne misant pas uniquement sur l’IA au sens strict. Augmenter la stabilité du portefeuille en le diversifiant entre différentes classes d’actifs et régions. De cette manière, on participe au potentiel de hausse structurel tout en restant résistant aux chocs qui ne peuvent être exclus dans ce contexte géopolitique.