Chronique de la hausse des investissements dans l’énergie

Solène Fradin, SILEX

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Les nouvelles montrant l’ébullition d’un large secteur énergétique se multiplient.

 

La demande en énergie progresse fortement en raison de l’IA, de l’électrification et du reshoring (aux Etats-Unis), ce qui enclenche un nouveau cycle d’investissement dans l’énergie. Encore faut-il que cette tendance se matérialise dans le newsflow et les résultats des entreprises. Faisons donc la chronique du secteur de l’énergie sur les dernières semaines.

L’information la plus marquante des publications du T4 2025 a été l’accélération des capex des hyperscalers (attendus à 660 milliards de dollars pour 2026), qui pousse à une montée en puissance des investissements dans les infrastructures énergétiques pour approvisionner en électricité ces futurs data centers.

Les utilities ont été parmi les premiers secteurs concernés par ce changement de régime. Les dernières publications d’Exelon et d’American Electric Power (AEP) ont certes dépassé les attentes sur le plan opérationnel, mais l’information principale se situe ailleurs. Les deux groupes ont relevé significativement leurs plans de capex afin d’accroître leurs capacités de production et de renforcer leurs infrastructures de transmission et de distribution. Exelon vise désormais 41 milliards de dollars d’investissements sur quatre ans, contre 38 milliards de dollars précédemment. AEP présente pour sa part un plan quinquennal supérieur à 72 milliards de dollars, au-dessus des anticipations du marché. Plus révélateur encore: près de 80% de la croissance attendue par AEP serait liée aux grands acteurs technologiques (Google, Amazon, Meta), dont les besoins énergétiques augmentent à vue d’œil. Il ne s’agit plus d’un ajustement conjoncturel, mais d’un véritable changement d’échelle du cycle d’investissement du secteur électrique américain.

Récemment, Jensen Huang, le PDG de Nvidia, expliquait que la viabilité à long terme de l’IA dépend avant tout de la robustesse des infrastructures énergétiques: sans un socle énergétique suffisamment solide et scalable, le développement des réseaux d’IA ne peut pas être durable. Autrement dit, la demande énergétique ne repose plus uniquement sur les segments résidentiel ou industriel traditionnels, mais sur des hyperscalers capables d’absorber des volumes comparables à ceux de villes entières. Cette bascule est appelée à s’amplifier: d’ici 2030, la consommation d’électricité des data centers ferait plus que doubler selon le scénario central de l’IEA, avec un impact très hétérogène selon les pays, marqué particulièrement aux Etats-Unis et en Chine, qui concentrent l’essentiel de la croissance attendue.

Et le phénomène dépasse les seuls cas américains et chinois. Au Royaume-Uni, le régulateur Ofgem estime que les quelque 140 projets de data centers actuellement à l’étude pourraient requérir jusqu’à 50 GW de capacité. À titre de comparaison, la demande totale du pays en pointe hivernale s’établit autour de 60 GW. Nous ne parlons plus d’ajustements à la marge, mais d’un redimensionnement structurel des réseaux électriques.

Cette montée en puissance ne sera toutefois pas linéaire. Plusieurs contraintes pourraient en ralentir le déploiement: délais d’autorisation et de raccordement, pénurie d’équipements critiques (turbines, transformateurs), ou encore capacité des réseaux à absorber des charges concentrées, en particulier dans les zones déjà sous tension. Se pose également la question du financement de cette transition: qui paiera l’addition? Aux Etats-Unis, la pression tarifaire est déjà perceptible (dans l’Ohio, les factures d’électricité des clients industriels ont augmenté de +17% depuis janvier 2025). La répartition des coûts entre consommateurs, utilities et hyperscalers pourrait ainsi devenir un point de friction majeur, susceptible d’influencer le rythme et les modalités de déploiement des investissements.

Parallèlement, la hausse de la demande bénéficie aux équipementiers positionnés en amont de la chaîne de valeur (turbines à gaz, câbles haute tension et équipements de réseaux). Les dernières publications confirment cette dynamique. Siemens Energy fait état d’un niveau de commandes record au T1 2026, porté notamment par l’essor rapide des data centers. Legrand, plus en aval et historiquement exposé au résidentiel, voit un déplacement rapide de son mix d’activité. L’Amérique du Nord s’impose désormais comme son premier marché, soutenue par une forte croissance des composants destinés aux data centers.

Au-delà des chiffres trimestriels, l’accélération de la demande apparaît structurelle. Ce changement d’échelle se diffuse à l’ensemble de l’écosystème industriel, améliorant les dynamiques de croissance et les marges, via un meilleur pricing power.

En arrière-plan de la dynamique liée aux data centers, l’électrification (véhicules électriques, chauffage) poursuit son déploiement et renforce, elle aussi, la croissance du secteur.

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