BCV: une valeur refuge en temps incertain

Yves Hulmann

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En versant chaque année un dividende très stable, on se rapproche de la logique du coupon d'une obligation, souligne Thomas W. Paulsen, directeur financier.

Au terme de l’exercice 2025, le groupe BCV a vu ses revenus demeurer stables à 1,15 milliard de francs. Le résultat opérationnel et le bénéfice net ont légèrement fléchi de 2%, à respectivement 503 millions et 430 millions de francs. Le Conseil d’administration proposera à la prochaine Assemblée générale un dividende ordinaire de 4,40 francs par action. Thomas W. Paulsen, directeur financier de la Banque Cantonale Vaudoise, revient en détail sur la politique en matière de dividendes de l'établissement, soulignant que ce montant devrait continuer de se situer entre 4,3 et 4,7 francs par action jusqu'à 2027. Entretien.

A propos des chiffres 2025 publiés jeudi par la BCV, un analyste a commenté ces résultats en les résumant de la façon suivante: «Bonne croissance des actifs sous gestion, évolution stable des résultats, stratégie de dividende inchangée». On a parfois l'impression que rien ne peut faire dévier la Banque de sa trajectoire. Comment est-ce que vous expliquez cette stabilité, alors que le contexte, à la fois en ce qui concerne les taux et la conjoncture, a beaucoup changé ces dernières années?

Pour nous, cette continuité, cette stabilité de l'évolution nos résultats, c'est une fierté. En 2008-2009, nous avons défini le modèle d'affaires de la BCV que nous suivons maintenant depuis bientôt 20 ans. En parallèle, nous avons analysé notre situation en matière de fonds propres et notre capacité à en générer; nous avons aussi évalué de manière fine la variabilité de nos résultats, en tenant compte de différents scénarios de stress.

«La BCV a la volonté, hors changement structurel massif, réglementaire ou économique, de ne jamais baisser le dividende.»

Et c'est à partir de là que l'on a construit cette conviction que l'on peut, sur la durée, générer des résultats relativement stables, compte tenu du mix d'affaires choisi. C'était courageux de notre part de nous engager sur cinq ans avec une politique de dividende. En effet, à partir de 2008, il y a eu la crise financière. Mais nous avons maintenu cette politique. Ensuite, il y a eu la crise de l'euro, l'abandon du cours plancher de l’euro en 2015, la phase de taux négatifs puis la crise du Covid et, en 2022, le début de la guerre en Ukraine. Donc, oui, la BCV a effectivement montré cette capacité à délivrer des résultats relativement constants.

Est-ce uniquement dû au modèle d'affaires de la BCV ou à l'environnement économique du canton de Vaud où vous réalisez l'essentiel de vos revenus?

Je pense que l’une des raisons sous-jacentes de notre stabilité est la diversification des revenus. Une autre raison est que celle-ci s’inscrit dans une économie résiliente. L'économie vaudoise est très diversifiée d’un point de vue sectoriel, très orientée vers le tertiaire et l’innovation technologique, grâce notamment à l'EPFL et aux hautes écoles. Depuis les années 1990, il y a eu un grand essor des technologies dans la région. Travailler dans un tel cadre est très appréciable pour une entreprise.

La stabilité de la BCV lui permet de verser un dividende élevé, stable ou en légère progression. Au titre de l’exercice 2025, la BCV propose aux actionnaires de le maintenir à 4,40 francs par action, en dépit d'un léger recul de 2% de son bénéfice net à 430 millions de francs. Au cours des dix dernières années, le taux de distribution des dividendes a constamment évolué aux alentours de 80 à 90%.

Est-ce que vous visez toujours des dividendes autour de cette fourchette?

Nous ne visons pas un payout ratio, c’est-à-dire une distribution exprimée en part du bénéfice net, mais une fourchette exprimée en francs suisses. Pour les exercices 2023 à 2027, nous entendons verser un dividende entre 4,30 et 4,70 francs. Au moment d'annoncer cette fourchette à l’issue de l’exercice 2023, c’était un engagement à verser au minimum 370 millions de francs; cela reflétait une attente que le bénéfice net évoluerait au-dessus de 400 millions. D’autre part, la BCV a la volonté, hors changement structurel massif, réglementaire ou économique, de ne jamais baisser le dividende. Ainsi, le dividende de 4,40 par action, pour un total de 379 millions, proposé pour l’exercice 2025 s’inscrit dans cette stratégie.

Y aurait-il des situations où le principe de verser des dividendes stables ou en hausse année après année pourrait être remis en question?

Si, pour une raison spécifique, il s'avérait que notre bénéfice passe de plus de 400 millions à disons 300 millions de francs de manière ponctuelle - que ce soit à cause d'une pandémie, d'un fort ralentissement conjoncturel soudain ou pour n'importe quelle raison ayant un impact de courte durée – nous assumerions un payout de plus 100%, ce qui ne poserait aucun problème au regard du niveau de fonds propres.

«Quand les marchés recherchent des valeurs défensives, la BCV peut à nouveau rentrer dans l’indice, ce qui crée une forte pression à la hausse.»

A l'inverse, en 2023, quand notre bénéfice a grimpé à 469 millions, un niveau dont nous n’étions pas certains qu’il pourrait être maintenu, nous avons visé une distribution qui nous semblait plus pérenne, soit 370 millions de francs qui correspondaient à un payout de moins de 80%.

Cette stabilité plaît aux investisseurs, parce qu'ils savent qu'ils détiennent un titre non cyclique. L'actionnaire principal, qui est le canton de Vaud, apprécie aussi cette stabilité - il peut anticiper un revenu stable qu'il peut utiliser pour le financement de ses activités. Pour un actionnaire public, être confronté à de trop grandes variations n'est pas agréable.

Est-ce le cas aussi du côté des investisseurs privés?

Il existe aussi une catégorie d'investisseurs privés, très orientée rendements et qui apprécie aussi beaucoup un titre comme celui de la BCV. Les Alémaniques utilisent parfois le terme de «perle de dividende».

De même, il y a des investisseurs qui considèrent l'action de la BCV un peu comme un substitut aux obligations. En versant chaque année un dividende très stable, on se rapproche de la logique du coupon d'une obligation. C'est pour cela que l'action BCV est une valeur refuge en temps incertain. Et à l'inverse, c'est parfois aussi une valeur délaissée quand tout le monde est euphorique.

«Le retour aux taux négatifs n'est pas notre scénario de base.»

Quelle est l'influence de la montée en force des placements indiciels sur l'évolution du cours d'une action comme le titre de la BCV?

Actuellement, l'action de la BCV figure dans l'indice Stoxx Europe 600. Mais on a vu dans le passé que, quand le marché est euphorique, elle peut en ressortir. Or, qu'est-ce qui se passe quand on sort de l'indice? Tous les fonds indiciels vendent l'action, ce qui crée une forte pression à la baisse. Et quand les marchés recherchent des valeurs défensives, la BCV peut à nouveau rentrer dans l’indice, ce qui crée une forte pression à la hausse.

Par rapport aux critères des fonds propres, la BCV dispose d'un ratio CET1 de 18%. Quel est le minimum exigé par la Finma pour une banque cantonale comme la BCV et qu'anticipez-vous pour la suite?

Le minimum structurel est de 12% pour une banque de catégorie 3. Ensuite, la Finma a ajouté un supplément au titre du volant anticyclique dans le domaine hypothécaire. Selon l'importance du portefeuille hypothécaire dans les actifs de la banque, cela peut correspondre à 1% ou 2%; pour la BCV, en raison de sa diversification, c’est 1%. Ensuite, la Finma peut ajouter, selon les activités de l’établissement concerné, d’autres suppléments. Dans le cas de la BCV, ceci nous amène à 14%.

La BNS a ramené son taux directeur à zéro. Certains économistes envisagent un possible retour aux taux négatifs. Qu'en pensez-vous?

Le retour aux taux négatifs n'est pas notre scénario de base. La BNS s'est exprimé sur le fait que les taux négatifs ont des conséquences négatives dans différents domaines et nous ne pensons qu'elle souhaite, dans la mesure du possible, éviter de recourir à nouveau aux taux négatifs.

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