Déglobalisation: un défi et une opportunité pour les investisseurs en infrastructure

Michael Schütze, Allianz Global Investors

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Plus de quatre décennies après que Theodore Levitt ait inventé le terme «mondialisation des marchés», un processus inverse est aujourd'hui en cours.

 

Ces dernières années ont conduit le monde vers une nouvelle réalité. La pandémie, les conflits géopolitiques, la hausse des taux d'intérêt, l'inflation et, plus récemment, l'intensification des tensions commerciales et technologiques ont profondément bouleversé les marchés mondiaux. Pour les investisseurs orientés vers le long terme, en particulier dans le segment des infrastructures, cela signifie davantage d'incertitude, mais ouvre également de nouvelles opportunités stratégiques.

Depuis longtemps, trois tendances structurelles – la décarbonisation, la numérisation et la démographie – façonnent les marchés des infrastructures. Mais entre-temps, un autre facteur a pris de plus en plus d'importance: la démondialisation. Plus de quatre décennies après que Theodore Levitt ait inventé le terme «mondialisation des marchés», un processus inverse est aujourd'hui en cours: les chaînes d'approvisionnement sont régionalisées, les dépendances réduites et les intérêts nationaux en matière de sécurité prennent davantage d'importance. La mondialisation ne disparaît pas, mais elle évolue, tout comme les exigences imposées aux investisseurs dans les infrastructures.

Ce changement est particulièrement visible dans le secteur de l'énergie. De nombreux États poursuivent leur décarbonisation et la combinent de plus en plus avec des objectifs de politique de sécurité. Les sources d'énergie renouvelables locales doivent réduire les dépendances, diminuer les coûts et augmenter la résilience. Les régions qui dépendent traditionnellement fortement des importations d'énergie investissent davantage dans les capacités locales. Cela ouvre de nouvelles possibilités pour les investisseurs dans les infrastructures, par exemple dans les interconnexions, les systèmes énergétiques intelligents et les structures de production régionales.

La numérisation connaît également un tournant en matière de politique de sécurité. Les données circulent à l'échelle mondiale, mais l'infrastructure physique nécessaire à cet effet est ancrée localement. De nombreux pays s'efforcent d'accélérer le développement de la fibre optique, de la téléphonie mobile et des centres de données. L'augmentation considérable des besoins énergétiques des applications gourmandes en données renforce également la nécessité de solutions d'approvisionnement durables.

Le secteur des transports est également confronté à une mutation profonde. Les chaînes d'approvisionnement mondiales sont devenues vulnérables, ce qui renforce l'importance d'une infrastructure logistique efficace et robuste. Les entreprises diversifient leurs sources d'approvisionnement, ce qui crée de nouvelles exigences en matière d'infrastructures ferroviaires, routières et portuaires. En outre, le secteur des transports joue un rôle central dans les stratégies mondiales de décarbonisation, ce qui nécessite des investissements considérables dans la mobilité durable.
Parallèlement, la pression s'accentue dans le domaine de l'urbanisation. Pour la première fois dans l'histoire, la majorité de l'humanité vit dans des villes, une tendance qui continue de s'accentuer. Cependant, de nombreuses infrastructures urbaines sont obsolètes et ne sont pas adaptées à la croissance démographique. L'approvisionnement en eau et en énergie, les transports publics et les réseaux numériques doivent être modernisés et étendus. Dans le même temps, les zones rurales ne doivent pas être laissées pour compte dans le développement des infrastructures numériques et physiques.

Enfin, la pandémie a mis en évidence les faiblesses des chaînes d'approvisionnement mondiales dans le secteur de la santé. De nombreux pays renforcent donc à nouveau leurs capacités stratégiques dans des industries clés telles que la pharmacie, mais aussi la production de semi-conducteurs ou les systèmes de batteries. Cette réorientation crée des besoins d'investissement à long terme et ouvre la voie à des capitaux privés susceptibles de soutenir les stratégies gouvernementales. Pour les investisseurs en infrastructure, cela représente à la fois des défis et des opportunités. Compte tenu de la raréfaction des budgets publics, les capitaux privés joueront un rôle croissant. Les investisseurs institutionnels, souvent mandatés par des institutions de retraite, peuvent ainsi apporter une double contribution: ils favorisent les objectifs nationaux en matière d'infrastructures tout en soutenant les structures de prévoyance à long terme.

De nombreux projets en Europe montrent déjà comment les capitaux privés peuvent donner des impulsions décisives. L'interconnexion NeuConnect, première liaison énergétique directe entre l'Allemagne et le Royaume-Uni, est un exemple international en matière de sécurité énergétique. Ce câble sous-marin de 725 kilomètres permet l'échange de grandes quantités d'électricité tout en renforçant la sécurité énergétique des deux pays.

Il existe d'autres exemples en Europe au niveau national. Citons par exemple l'extension du réseau de fibre optique dans les régions rurales d'Autriche par la société autrichienne d'infrastructure de fibre optique öGIG. Ou encore le tunnel Tideway à Londres, un système d'égouts de 25 kilomètres de long qui améliore la qualité de vie et la résilience écologique de la métropole pour les générations futures. En Europe du Nord, une participation privée dans l'entreprise finlandaise Ren-Gas favorise le développement de projets d'hydrogène vert et de gaz synthétique, qui peuvent servir de sources d'énergie respectueuses du climat pour le transport lourd. Enfin, en France, le financement de trains pour la région Grand Est soutient la modernisation des transports régionaux et donc la transition énergétique.

Tout cela montre que la transformation des infrastructures à l'échelle mondiale n'est en aucun cas un recul, mais plutôt une réorientation. La démondialisation ne signifie pas un repli sur soi, mais un équilibre stratégique entre les interdépendances internationales et la résilience nationale. Pour les investisseurs, cela crée un environnement dans lequel les infrastructures jouent un rôle de plus en plus central: d'une part, en tant que base pour la sécurité d'approvisionnement, la stabilité économique et le développement durable, et d'autre part, en tant qu'opportunité d'investissement à long terme.

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