Confronté à une concurrence exacerbée de versions génériques de plusieurs de ses moteurs de ventes, le géant pharmaceutique Novartis lance mercredi un avertissement sur résultats à brève échéance. Le premier semestre 2026 notamment risque de se solder par un déclin de jusqu’à 5% des recettes et de plus de 10% de l’excédent, avertit la multinationale au détour de son compte-rendu 2025.
La direction anticipe néanmoins une amorce de rebond dès juillet, avec un regain de croissance d’environ 5% pour un rétablissement de l’excédent d’exploitation de 5 à 9%. Sur l’ensemble de l’exercice et hors effets de change, l’entreprise se calcule une croissance plafonnée sous 5%, assortie d’un affaissement à l’avenant de l’excédent.
Le passage à vide attendu ne doit pas affecter les perspectives à plus long terme. La cadence de croissance annualisée doit ainsi toujours s’établir dans un couloir de 5 à 6% sur l’ensemble de la période 2025-2030.
Novartis souligne que ces projections, inchangées par rapport au dernier pointage, intègrent les implications de l’accord conclu le 19 décembre avec les Etats-Unis autour du prix des médicaments au pays de l’oncle Sam.
Les résultats du groupe rhénan ont déjà marqué le pas d’octobre à fin décembre 2025, freinés par une nouvelle et vive concurrence de versions biosimilaires du principal moteur de ventes dans la franchise cardiaque, l’Entresto. Les recettes trimestrielles ont stagné à 13,34 milliards de dollars, tandis que le bénéfice net a chu de 15% à 2,4 milliards.
Souffle au cœur
Jusqu’ici principale source de revenus, le traitement cardiaque Entresto a vu sa contribution élaguée de 43% sur un an à 1,25 milliard au dernier trimestre 2025. L’anticancéreux Tasigna et sur le traitement hématologique Promacta ont subi des replis de 56% à 179 millions et 61% à 226 millions. Les revenus de l’immunosuppresseur Cosentyx en revanche ont bondi de 13% à 1,81 milliard.
Nonobstant le coup d’arrêt en fin de période, le chiffre d’affaires total 2025 s’est étoffé de 8% à 54,53 milliards et le bénéfice net de 17% à 13,97 milliards. Les actionnaires pourront compter sur un dividende de 3,70 francs par action au titre de 2025, relevé de 20 centimes sur un an.
Analystes sur la touche
Les analystes accueillent une performance en demi-teinte, assortie de perspectives inhabituellement modestes.
Martial Descoutures, chez Oddo BHF, souligne la bonne performance du Cosentyx au dernier partiel, éclipsée toutefois par le manque à gagner lié aux génériques.
«La performance trimestrielle de Novartis est plus mitigée que ce que nous pouvions observer ces dernières années,» constate Stefan Schneider de Vontobel. La rentabilité sera de surcroît aussi mise à mal par les investissements nécessaires au développement de l’incubateur du laboratoire expérimental Avidity, récemment acquis, prédit l’analyste de la banque de gestion zurichoise.
A 11h20, la nominative Novartis trébuchait de 1,4% à 115,20 francs et figurait dans le gruppetto de queue d’un SMI tout juste à l’équilibre.
Le patron a perçu près de 25 millions de francs en 2025
Le directeur général (CEO) de Novartis Vasant Narasimhan s’est vu octroyé une nouvelle et généreuse augmentation l’an dernier, sa rémunération totale passant de 19,17 millions de francs en 2024 - qui constituait déjà la plus grosse rémunération pour un patron d’entreprise cotée en Suisse - à 24,87 millions en 2025.
Le salaire de base de l’Américain a marginalement progressé à 1,90 millions, quand son bonus à court et ses intéressements à plus longue échéance ont pris l’ascenseur.
Entré en fonction en février 2018, Vasant Narasimhan avait perçu pour ses onze premiers mois en poste 6,68 millions. Sa rémunération avait pris son envol à 10,6 millions dès la deuxième année, suite à l’autonomisation en avril 2019 de la filiale ophtalmique Alcon.
Le grand bond avait toutefois eu lieu en 2023, dans le sillage de l’autonomisation de la filiale génériques et biosimilaires Sandoz et au sortir d’un exercice 2022 mitigé, avec une multiplication par deux de sa rémunération à 16,2 millions.
Vasant Narasimhan a ainsi perçu en qualité de grand timonier de Novartis près de 110 millions de francs en numéraire, actions et autres avantages depuis 2018.
Les dix autres membres de la direction générale se sont partagés au titre de l’an dernier une enveloppe de 88,74 millions, contre 56,58 millions un an plus tôt, portant le total pour l’exécutif à 113,61 millions, contre 75,75 millions.
Le président Giovanni Caforio, en place depuis le mois de mars, a touché 2,94 millions en jetons de présence, quand son prédécesseur Joerg Reinhardt avait perçu 3,80 millions sur l’entier de l’exercice précédent. Le budget dévolu à l’ensemble du conseil s’est étiolé d’un demi-million de francs, à 8,13 millions.