Japon: les enjeux d’une campagne éclair où la Première ministre joue son sort

AWP

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Devenue en octobre la première femme cheffe de gouvernement dans l’archipel, Sanae Takaichi mise sur ses bons sondages d’opinion pour doper son Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste).

La campagne en vue des élections législatives anticipées du 8 février au Japon commence mardi. Voici les enjeux-clé d’un scrutin où la Première ministre Sanae Takaichi joue son avenir politique.

La chambre basse du Parlement a été dissoute vendredi, deux semaines avant le scrutin: le plus bref écart jamais connu depuis l’après-guerre.

Les affiches des candidats qui vont enchaîner les meetings sont placardées. Des vans surmontés de hauts-parleurs arpentent les rues.

Pourtant, «la brièveté de la campagne n’aura probablement pas d’impact significatif sur son déroulement ni sur la participation», indique à l’AFP Michael Cucek, professeur d’études asiatiques à l’université Temple.

«Les partis proposent des programmes remarquablement similaires. La météo risque d’avoir davantage d’impact», avec de violentes tempêtes de neige touchant le nord, juge-t-il.

Popularité de Takaichi

Devenue en octobre la première femme cheffe de gouvernement dans l’archipel, Sanae Takaichi mise sur ses bons sondages d’opinion pour doper son Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste).

Celui-ci est impopulaire et la coalition gouvernementale n’est majoritaire que de justesse au Parlement. Mme Takaichi a menacé de démissionner si sa coalition n’obtenait la majorité.

La popularité du gouvernement commence à s’effriter: le taux d’approbation est passé de 75% en décembre à 67% selon une enquête réalisée le week-end dernier par le quotidien Nikkei.

Les sondés s’interrogent sur les promesses fiscales de Mme Takaichi, beaucoup se disant aussi frustrés par la convocation précipitée d’élections qui a ralenti les débats parlementaires sur le budget 2026.

«Les sondages suggèrent que la popularité de Takaichi ne se traduit pas nécessairement par une augmentation significative des voix pour le PLD. Le report du vote du budget a probablement éloigné un nombre important de partisans», avertit Ryutaro Kono, économiste chez BNP Paribas.

Alliance de l’opposition

Face au PLD, puissante formation qui dirige le Japon presque sans discontinuer depuis 1955, et à son partenaire (Parti de l’innovation), l’opposition s’organise.

Le Parti démocrate constitutionnel (PDC, centre-gauche) et le parti bouddhiste Komeito (centre-droit) s’unissent au sein d’une «Alliance centriste pour la réforme»: leur succès sera surveillé, même si les chances que l’opposition l’emporte restent minces.

«Il n’y a pas de différences politiques significatives entre les partis. Ces élections se présentent comme un référendum sur Takaichi», indique à l’AFP Hideo Kumano, économiste de l’Institut de recherche Dai-ichi Life, redoutant que tous les partis évitent les réformes douloureuses au profit de cadeaux fiscaux.

«Le PLD étant déjà un parti minoritaire, la perte d’un seul siège serait une catastrophe. Takaichi semble miser sur le fait que le PLD perdra quelques sièges dans les circonscriptions, mais remportera une victoire écrasante au scrutin proportionnel», les deux modes de désignation du scrutin législatif nippon, juge Michael Cucek.

Taxe sur la consommation

Alors que l’archipel est confronté depuis trois ans et demi à la flambée du coût de la vie, le mécontentement sur l’inflation a contribué à faire tomber Shigeru Ishiba, prédécesseur de Sanae Takaichi.

Celle-ci a dévoilé en novembre un colossal plan de relance avec subventions énergétiques, et promet désormais d’exempter de taxe sur la consommation les produits alimentaires pendant deux ans... sans clarifier les sources de financement.

Au risque de gonfler l’endettement pharaonique du pays: la promesse a affolé les marchés obligataires et rappelé le souvenir de l’éphémère dirigeante britannique Liz Truss, démissionnaire après avoir alarmé les investisseurs.

L’électorat, lui, n’est pas convaincu: selon le sondage du Nikkei, 56% des Japonais jugent que l’exemption fiscale promise ne serait pas efficace contre l’inflation.

Sous pression, Mme Takaichi s’est défendu lundi, assurant vouloir convoquer «une conférence publique» avant un projet législatif «d’ici l’été», et affirmant «accorder une attention à la viabilité budgétaire». L’opposition défend également un rabais fiscal semblable.

Place des étrangers, diplomatie

Autre préoccupation des électeurs: la place des étrangers au Japon, malgré leur faible proportion. Sanseito, formation populiste anti-immigration, avait fait une percée remarquée lors d’élections sénatoriales mi-2025.

Vendredi, une réunion ministérielle a planifié un durcissement de la lutte contre les étrangers en situation irrégulière, un contrôle accru des acheteurs immobiliers, un enseignement renforcé de la langue japonaise.

Les questions internationales pourraient aussi s’inviter dans la campagne: Mme Takaichi, qui a accueilli en fanfare Donald Trump, participé à des sommets et joué de la batterie avec le président sud-coréen Lee Jae Myung, s’est distinguée par son activisme diplomatique.

Mais les relations avec Pékin se sont détériorées depuis qu’elle a suggéré en novembre que Tokyo pourrait intervenir militairement si la Chine lançait une attaque contre Taïwan.

Pékin a annoncé en représailles durcir ses contrôles à l’exportation vers le Japon, et le coût économique de cette crise diplomatique inquiète les Japonais.

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