Les bourses mondiales cèdent du terrain mardi, plombées par les vives tensions entre Bruxelles et Washington et les menaces douanières de Donald Trump contre les Etats européens opposés à son projet d’annexion du Groenland.
En Europe, Paris a perdu 0,61%, Londres 0,67% et Francfort 1,03%. Milan a cédé 1,07%. A Zurich, le SMI a bouclé en repli de 0,81%.
A New York, vers 17h50 (heure suisse), le S&P 500 cédait 1,14%, le Nasdaq 1,36% et le Dow Jones 1,06%.
Les tensions entre Américains et Européens sont montées d’un cran au cours du week-end après que Donald Trump a menacé huit pays européens de nouvelles surtaxes douanières en raison de leurs prises de position sur le Groenland, un territoire autonome appartenant au Danemark
«La nervosité demeure clairement présente sur le marché, car la boîte de Pandore des sanctions douanières a de nouveau été ouverte» et «il est difficile de prévoir les conséquences supplémentaires et la suite des événements», note Andreas Lipkow, analyste indépendant.
«C’est une baisse qui reste pour le moment mesurée, après un début d’année de forte hausse partout sur les Bourses» explique Vincent Juvyns, de ING, interrogé par l’AFP. «La situation peut faire +pshitt+ ou peut totalement dégénérer. Ce qui est sûr c’est que l’incertitude va rester sur les marchés dans les prochains jours», ajoute-t-il.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a promis mardi à Davos une réponse «ferme» face aux menaces de Donald Trump. Le chef de l’Etat français Emmanuel Macron a lui dit mardi préférer «le respect plutôt que les brutes», «l’Etat de droit plutôt que la brutalité» et appelé à ne pas «perdre son temps avec des idées folles», lors de son discours au Forum économique mondial.
Première conséquence des menaces de Donald Trump: le Parlement européen a suspendu le processus de ratification de l’accord commercial entre l’Union européenne et les Etats-Unis, conclu l’été dernier par Bruxelles et Washington.
Signe de la nervosité, la hausse des cours des métaux précieux, valeurs refuges, propulsant l’or à un niveau record de 4750,94 dollars, tout comme l’argent, à 95,51 dollars l’once.
«Nouvel engrenage»
L’indice de volatilité Vix, qui mesure la nervosité des investisseurs, évoluait autour de niveaux plus vus depuis fin novembre.
Ces menaces «font ressurgir la crainte d’un nouvel engrenage que l’on pensait derrière nous», et «ravive la tendance +sell America+ (vente des actifs américain, NDLR), relèvent les analystes de Natixis.
Après l’annonce par Donald Trump début avril de surtaxes douanières massives contre les partenaires des Etats-Unis, les marchés avaient connu des mouvements de ventes d’actifs américains, comme les Bons du Trésor ou le dollar, pourtant longtemps considérés comme valeurs refuges.
De même, mardi, le billet vert reculait de 0,74% face à la monnaie unique européenne, à 1,1732 dollar pour un euro.
Le taux d’intérêt de l’emprunt à dix ans des Etats-Unis grimpait, signe d’une plus faible demande: vers 17h50, à 4,28%, contre 4,22% vendredi lors de la dernière clôture.
Son équivalent à trente ans, baromètre de la confiance à long terme envers la signature américaine, atteignait 4,90%, contre 4,84%.
C’est le «signe que les investisseurs ont décidé d’adopter une posture plus prudente face aux actifs américains alors qu’aucun signe réel de désescalade n’est encore visible», relève Alexandre Baradez.
L’emprunt allemand, référence en Europe, a atteint 2,86%, contre 2,84% à la clôture lundi.
Les taux sont aussi poussés à la hausse par l’envolée des rendements japonais dans la nuit, ce qui les rend plus attractifs et réduit la demande pour leurs équivalents européens et américains.
Le luxe et l’automobile européen cèdent
Les valeurs européennes du luxe, pour qui les Etats-Unis sont un marché crucial, ont encore reculé mardi, après une séance en net recul lundi.
A Paris, LVMH a perdu 2,20%, Hermès 1,18% et Kering 2,60%. A Londres, Burberry a reculé de 1,17%, Richemont 0,82% à Zurich, Moncler 0,86% à Milan.
Même mouvement du côté des entreprises du secteur automobile exportant beaucoup sur le marché américain. A Francfort, Porsche a perdu 1,30%, Volkswagen 1,26% et Mercedes 1,20%. A Paris, Stellantis a cédé 1,86%