Le marché des convertibles, incubateur financier de l’innovation

Brice Perin, LBP AM

2 minutes de lecture

De plus en plus d’acteurs de l’innovation émettent des obligations convertibles.

 

Un nouveau gisement d’opportunités pour les investisseurs.  

L’année 2025 est un millésime exceptionnel. Le marché primaire des obligations convertibles n’a jamais été aussi dynamique depuis 25 ans, en témoigne un volume d’émissions record à l’échelle mondiale, proche de 180 milliards USD soit 40% de plus qu’en 20241. Au-delà de cette effervescence, une tendance récente mais structurelle, émerge avec vigueur: le recours de plus en plus important aux convertibles dans les secteurs de l’innovation, avec comme dénominateur commun le financement des capacités de R&D des entreprises. Motivé par des conditions de financement globalement plus attractives que sur les marchés obligataires traditionnels, l’engouement des émetteurs est tout particulièrement marqué aux Etats-Unis et en Asie – avec l’arrivée massive d’entreprises technologiques chinoises sur le marché convertible au cours des 18 derniers mois.

Outil de financement nouvellement prisé par les acteurs de l’innovation, la classe d’actifs peut aussi présenter un profil séduisant aux yeux des investisseurs souhaitant exposer plus prudemment leur portefeuille aux thématiques technologiques. D’une part, le gisement est désormais suffisamment profond et diversifié en leaders globaux, dans l’ensemble des secteurs à la pointe de l’innovation : intelligence artificielle, cloud et néo-cloud, cybersécurité, semi-conducteurs, satellites, stockage de données, écosystème des plateformes de crypto-monnaies et de blockchain, batteries, production d’énergie… Un spectre large facilitant la diversification des risques. 

D’autre part, on constate que les entreprises émettant des obligations convertibles sont globalement celles dont les fondamentaux sont les plus qualitatifs au sein des secteurs technologiques. Ces émetteurs sont durablement bien positionnés dans leur industrie et relativement moins exposés aux risques de bulles ou aux séquences de volatilité que l’ensemble des valeurs technologiques cotées en Bourse. Ajoutons à cela la caractéristique intrinsèque d’une obligation convertible, en tant qu’instrument : sa convexité, en raison d’une sensibilité aux marchés actions sous-jacents et d’un plancher obligataire apportant une protection contre les chocs baissiers. Ce mécanisme d’asymétrie est donc un atout en termes de profil de risque et permet d’aborder le thème de l’innovation à tout moment du cycle, en atténuant les variations de marché.

Choix d’investissement 

L’identification des opportunités d’investissement nécessite une discipline rigoureuse en matière d’analyse crédit, afin de s’assurer de la solidité du plancher obligataire des émetteurs choisis. 

Il s’agit également d’adopter une approche hautement sélective des titres, d’autant que quelques segments technologiques sont susceptibles de comporter des acteurs dont la rentabilité n’est pas encore prouvée et dont les capex2 sont colossaux.

Fidèle à cette philosophie, nous n’hésitons pas à procéder à des choix d’investissement marqués et potentiellement éloignés des indices convertibles de référence, lorsque cela nous semble bénéfique en matière de gestion des risques. En matière de «bond-picking», nous avons investi dans certains titres des secteurs des semi-conducteurs, tels que SK Hynix et STMicroelectronics, du stockage de données, de la cybersécurité et du cloud avec Akamai, des énergies renouvelables avec Iberdrola ou, encore, dans le domaine de la digitalisation de l’économie.

En revanche, nous restons actuellement à l’écart de l’industrie des satellites et, par ailleurs, des détenteurs de bitcoins qui émettent des convertibles pour acheter la cryptomonnaie reine, dans des proportions massives. Notre réflexion est plus constructive – tout en restant très prudent et sélectif – à l’égard de certaines plateformes d’échange de cryptomonnaies et d’anciens mineurs de bitcoins. Ces derniers sont en train d’opérer un virage stratégique en réorientant leurs capacités du hardware vers les activités de néo-cloud, axées sur l’intelligence artificielle. 

Enfin, une telle démarche d’investissement requiert des ressources cruciales: une équipe de gestion chevronnée avec une connaissance historique du marché, des compétences d’analyse fondamentale, quantitative et extra-financière, ainsi que des outils performants en matière d’aide à la décision et de pilotage des risques.

 

1 LSEG au 31/12/2025

2 Capital expenditure ou dépenses d’investissement d’une entreprise. 

A lire aussi...