Ce que le Venezuela nous apprend sur le rôle stratégique du bitcoin

Eliézer Ndinga, 21shares

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La crise vénézuélienne démontre que le bitcoin peut devenir un actif stratégique face aux tensions géopolitiques.

 

La récente intervention militaire américaine et la capture de Nicolás Maduro ont provoqué des réactions immédiates, mais contrastées, sur les marchés mondiaux. Au fond, cet épisode met en lumière un contraste croissant entre les actifs façonnés par le contrôle politique, comme l’énergie, et ceux qui bénéficient de plus en plus de la fragmentation géopolitique, au premier rang desquels le bitcoin.

Au-delà de sa dimension de politique étrangère, l’événement est également interprété par les acteurs de marché à travers un prisme macroéconomique domestique, notamment le rôle de l’offre énergétique comme levier clé de la gestion de l’inflation aux États-Unis et, par extension, de la flexibilité de la politique monétaire. Parallèlement, cet épisode attire l’attention sur un réalignement structurel plus large, dans lequel les allocataires d’actifs considèrent de plus en plus le bitcoin comme une couverture neutre, internationale et non souveraine contre l’inflation et la dépréciation des monnaies.

Actifs numériques: réserves stratégiques souveraines et neutralité

Alors que les marchés de l’énergie réagissent directement aux signaux d’intervention et de contrôle étatiques, l’attrait du bitcoin dans l’environnement actuel semble reposer sur une dynamique opposée: sa résistance au contrôle unilatéral et sa neutralité perçue en tant que réserve de valeur. Dans ce contexte, le bitcoin a fait preuve d’une résilience notable, en hausse d’environ 7% depuis le début de l’année, se maintenant au-dessus de 94'000 dollars et testant à plusieurs reprises le seuil de résistance des 95'000 dollars, malgré une incertitude géopolitique accrue.
L’attention du marché s’est également portée sur des informations, non confirmées à ce stade mais relayées par plusieurs médias, évoquant la saisie d’un stock de bitcoins vénézuélien jusque-là non divulgué. Certaines estimations évaluent cette réserve à jusqu’à 600'000 BTC (environ 60 milliards de dollars). Si l’existence et l’ampleur de ces avoirs restent spéculatives, le simple récit a influencé le positionnement des investisseurs en renforçant l’idée du bitcoin comme classe d’actifs pertinente au niveau souverain.

  • Capitalisation totale du marché crypto: le marché des actifs numériques dans son ensemble a reflété ce changement de sentiment, avec une capitalisation totale en hausse d’environ 5%, passant de 3 040 milliards à 3 200 milliards de dollars, et plus de la moitié des 100 principaux tokens enregistrant des gains à deux chiffres.
  • Implications pour la Réserve stratégique de bitcoin (SBR): si de tels actifs étaient confirmés puis intégrés à la «Strategic Bitcoin Reserve» américaine, cela modifierait sensiblement le paysage de la détention souveraine. Dans l’hypothèse haute, cela ferait plus que doubler les avoirs actuels des États-Unis en bitcoins (environ 328'000 BTC, soit 30 milliards de dollars), positionnant le pays parmi les plus grands détenteurs connus au monde. Bien que spéculatif, ce scénario illustre la manière dont le bitcoin est de plus en plus abordé sous l’angle des réserves stratégiques.

Vent géopolitique porteur: dédollarisation et outils stratégiques

L’intervention a suscité une opposition explicite du forum BRICS+, le Brésil, la Russie et la Chine dénonçant un «comportement hégémonique». Cette montée des tensions renforce les pressions en faveur de la dédollarisation, les États cherchant des alternatives au dollar américain afin de réduire leur exposition aux sanctions et aux saisies de réserves.

  • Instrumentalisation des réserves: ces dynamiques ont été catalysées par la saisie, en 2022, d’environ 300 milliards de dollars d’actifs souverains russes, principalement détenus en Europe, à la suite de l’invasion de l’Ukraine. Cet épisode a accéléré les efforts des pays des BRICS pour se détourner des devises du G7 et explorer des systèmes de paiement et de règlement non occidentaux, notamment des initiatives telles que BRICS Pay.
  • La crypto comme outil de politique étrangère: en novembre 2020, le gouvernement américain a établi un précédent notable en utilisant le stablecoin USDC pour distribuer une aide liée à la pandémie à plus de 60'000 travailleurs de la santé vénézuéliens. En coordination avec Circle et Airtm, les autorités américaines ont facilité la redistribution d’actifs saisis au gouvernement intérimaire de Juan Guaidó, convertis en USDC afin de contourner les contrôles financiers du régime Maduro et l’hyperinflation vénézuélienne. Contrairement aux marchés de l’énergie, où l’offre peut être contrainte ou redirigée par le contrôle étatique, les actifs numériques opèrent en dehors des goulets d’étranglement financiers et logistiques traditionnels, renforçant leur utilité tant pour les acteurs sanctionnant que pour les acteurs sanctionnés.
  • Valeur refuge neutre: alors que l’or et l’argent ont fortement progressé au second semestre 2025, la résilience relative du bitcoin au cours de cet épisode renforce son rôle émergent de réserve «neutre» dans un contexte d’économie mondiale de plus en plus polarisée.
    L’usage des cryptomonnaies demeure exceptionnellement élevé dans les régions marquées par une instabilité systémique. En Iran, la part des utilisateurs recourant aux cryptos est récemment montée à 46%, comme outil de protection contre une inflation élevée. Au Venezuela, près de 92,5% de l’activité crypto est motivée par un besoin critique de transferts de fonds et de préservation de la valeur via les stablecoins.

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